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Indiens du Paraguay ne faisaient point de quartier aux hommes, ils n’épargnaient que les femmes et les enfants.
Leurs maisons, si l’on peut les appeler ainsi, étaient des plus simples : ils coupaient trois ou quatre branches d’arbre, les plantaient par les deux bouts dans le sol, et les couvraient d’une peau de vache. Leur lit consistait en une autre peau ; ils n’avaient ni chaises, ni tables, ni meubles d’aucune espèce. Les hommes portaient rarement des vêtements; le costume des femmes consistait d’ordinaire en un poncho, bien que chez certaines tribus, telles que les Nalicuégas, ce vêtement même ne fôt pas usité. Il semble qu’ils aient complètement ignoré l’usage de se laver, quoique Azara reconnaisse que, dans les temps de grande chaleur, ils se baignaient quelquefois, mais plutôt, à ce qu’il parait, pour la fraîcheur que pour la propreté. Il est donc inutile de dire qu’ils étaient excessivement sales, et fort incommodés par les poux, si toutefois on peut dire qu’ils fussent incommodés par ce qui leur procurait une de leurs plus grandes distractions; car, quoique beaucoup de tribus ne connussent ni danses, ni jeux, ni musique, il n’en était pas qui ne prit un plaisir extrême à chercher et à manger la vermine dont leur personne, leurs cheveux et leurs vêtements fourmillaient.
Ils n’avaient ni animaux domestiques, ni idée de l’agriculture. Leurs médecins ne possédaient qu’un remède, qu’ils appliquaient à toutes les maladies, et qui avait au moins le grand mérite d’être inofTensif, puisqu'il consistait « à sucer avec beaucoup de force l’estomac du patient, pour en tirer le mal » (1).
Beaucoup de tribus se peignaient le corps de différentes manières, et ils avaient l’habitude de se percer la lèvre inférieure, pour y introduire un morceau de bois, long d’environ h à 5 pouces, qu’ils n’enlevaient jamais.
Ils n’avaient ni forme de gouvernement déterminée, ni idées religieuses. Azara fait cette dernière remarque pour tous les
(1) Azara, /oc. cil., p. 25.
LKS S.UVAGES MODERNES.
Indiens en général, et il la répète en particulier en ce qui concerne les tribus suivantes, savoir : les Charmas, les Minuanas, les Aucas, les Guaranys, les Guayanas, les Nalicuégas, les Guasarapos, les Guatos, les Ninaquiguilas, les Guanas, les Lenguas, les Aguilots, les Mocobys, les Abissons et les Paraguas.
Àzara nous donne la langue des Guaranys comme la plus riche, et pourtant elle était à beaucoup d’égards très-pauvre. Ainsi ils ne pouvaient compter que jusqu’à quatre, et au delà de ce nombre n’avaient plus de mots, pas même pour dire cinq ou six. II va sans dire (pic le lien conjugal était peu respecté parmi eux : ils se mariaient quand cela leur plaisait, et se séparaient à leur fantaisie.
L’infanticide, chez plusieurs tribus, était plutôt la règle que l’exception; les femmes n’élevaient chacune qu’un enfant, et comme elles n’épargnaient (pie celui quelles présumaient devoir être le dernier, il leur arrivait souvent de rester absolument sans enfants.
LKS PATAGONS.
Les habitants des parties méridionales de l’Amérique du Sud, quoique divisés en un grand nombre de tribus différentes, peuvent être considérés comme appartenant à deux groupes principaux : les Patagons, ou Indiens Chevaux, à l’est, qui ont des chevaux, mais point de canots, et les Chonos, ainsi que les habitants de la Terre de Feu, ou Indiens Canots, qui ont- des canots, mais point de chevaux, et qui habitent les îles orageuses du sud et de l’ouest.
Les Yacana-kunuy, situés dans la partie nord-est de la Terre de Feu, sont moins, à proprement parler, des naturels de ce pays que des Patagons; ils leur ressemblent par le teint, la taille et les vêtements, sauf la particularité des bottes. Ils vivent maintenant à peu près comme vivait sans doute le peuple du continent avant l’introduction des chevaux. Leur nourriture
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se compose surtout de guanacos, d’autruches, d’oiseaux et de veaux marins. Pour chasser ces animaux, ils se servent de chiens, d’arcs et de flèches, de bolas, de frondes, de lances et de massues (1). Les habitudes des Patagons doivent s’ètre beaucoup modifiées par suite de l’introduction du cheval, mais nous ne pouvons nous occuper d'eux qu’au point de vue de leur état actuel.
11 y a un contraste frappant, sous le rapport de la taille, entre les Indiens Chevaux et les Indiens Canots : tandis que ceux-ci sont petits, de mauvaise mine, et mal proportionnés, ceux-là dépassent de beaucoup la taille moyenne, et sont dépeints par les premiers voyageurs comme de véritables géants. Magellan, qui les visita le premier en 1519, nous assure que beaucoup d'entre eux avaient plus de 7 pieds (français) de haut. Garcia de Loaisa les vit en 15*25, et mentionne leur haute stature, mais il ne parait pas les avoir mesurés. Des observations semblables ont été faites par Cavendish, Knevett, Sibald de Veert, Van N’oort, Spilbergen et Lemaire. Bref, sur les quinze premiers voyageurs qui franchirent le détroit de Magellan, il n’y en a pas moins de neuf pour attester le fait de la taille gigantesque des Patagons, et leur témoignage est confirmé par celui de plusieurs voyageurs subséquents. Ealkner, en particulier, assure avoir vu beaucoup d’hommes qui dépassaient 7 pieds.
Il est difficile de rejeter tout h fait ces renseignements, 'et comme, à coup sûr, ils ne s’appliquent point à la race actuelle, on peut croire qu’il s’est produit une diminution de taille due à l’introduction et à l’usage général du cheval.
Les huttes ou « toldos » des Patagons « airectent la forme rectangulaire. Elles ont environ 10 ou 12 pieds de long, 10 de profondeur, 7 de hauteur sur le devant et li sur le derrière. La bâtisse se réduit à des perches plantées en terre et fourchues à l’extrémité pour recevoir des traverses sur lesquelles on place
(1) Filzroj', loc. cil., vol. Il, p. 137.
l.ES SAUVAGES MODERNES.
les solives destinées à supporter la toiture. Celle-ci consiste en peaux de bêtes, cousues ensemble de manière à être presque à l'épreuve du vent et de la pluie. Comme les pieux et les solives ne sont pas faciles à trouver, ils les emportent d’un lieu à l’autre dans toutes leurs migrations. Quand ils ont atteint leur bivouac, et choisi un emplacement, en ayant soin qu'il soit à l’abri du vent, ils creusent avec un morceau de bois dur et pointu les trous qui recevront les poteaux, et tout étant prêt, charpente et toiture, il ne leur faut que peu de temps pour construire une habitation (1). »
Ils n’ont point de poterie, et le transport de l’eau ne se fait qu’au moyen de vessies. Leur costume se compose surtout de peaux cousues avec des nerfs d’autruche, et offrant souvent sur un côté des peintures curieuses; mais, d'après Falkner (*2), plusieurs tribus « se fabriquent ou tissent de beaux manteaux de laine, brillamment teints de couleurs variées » . Ils portent aussi un petit tablier do forme triangulaire, dont deux pointes se rejoignent autour de la taille, tandis que la troisième passe entre les jambes et se rattache par derrière. A cheval, ils ont une sorte de manteau ou poncho, fendu au milieu pour laisser passer la tête. En fait de bottes, ils portent « la dépouille enlevée aux cuisses et aux jambes des juments et des pouliches » ; ils lavent les peaux, puis, après les avoir fait sécher, les assouplissent avec dé la graisse, et les mettent ensuite, sans les façonner ni les coudre (S). Ils font des brosses avec de l’herbe, des baguettes et des joncs, et emploient, en guise de peigne, une mâchoire de marsouin (ft). Les femmes portent un manteau attaché sur la poitrine par une brochette de bois ou une épingle, et serré autour de la
(1) Fitzroy, loc. cil., vol. I, p. 93.
(2) Falkner, Patagonie, p. 128.
(3) (Juand on les visita la première fois, ils se servaient pour cet usage de la peau du guanaco, et ce fut cause de ces souliers que Magellan les appela Patagons.
('0 Fil/.rov, vol. I, p. 75.
LES SAUVAGES MODERNES
taille. Elles ont aussi une espace de tablier qui descend jusqu’aux genoux, mais qui ne les couvre (pic par devant. Leurs bottes sont faites de la même manière que celles des hommes. Comme d’autres sauvages, ils aiment les colliers, les plumes et les ornements de tout genre. Ils se peignent aussi en rouge, en noir et en blanc, ce qui toutefois, aux yeux d’un Européen, n’est rien moins qu’un agrément de plus. Leurs armes défensives consistent en un casque et un bouclier, faits tous deux d’un cuir épais, et assez fort pour résister à la flèche et à la lance.
Leurs arcs sont petits, et les flèches, terminées par une pointe de pierre ou d’os, sont, dit-on, quelquefois empoisonnées. Ils ont en même temps des massues et de longues lances de roseau, dont la plupart sont maintenant armées d’une pointe de fer. Mais l’arme la plus caractéristique des Patagons, celle qui leur appartient presque en propre, c’est la bola (1), dont on compte deux ou trois sortes. Celle qu’on emploie à la guerre se compose d’une seule pierre arrondie, ou d’une boule d’argile durcie, pesant environ une livre, et attachée il une courte courroie de nerf ou de peau. Quelquefois ils lancent à leur adversaire la corde et le reste, mais le plus souvent ils préfèrent le frapper à la tête avec la balle. A la chasse, ils se servent de deux pierres semblables reliées par une corde qui a généralement de 3 à l\ mètres de longueur. Ils prennent en main une de ces pierres, et alors, faisant tournoyer l’autre autour de leur tête, ils les jettent toutes deux à l’objet qu’ils veulent embarrasser. Parfois on fait usage d’un plus grand nombre de pierres, mais deux semblent être le nombre ordinaire. Ce n'est pas avec les balles elles-mêmes qu’ils cherchent à frapper leur victime, mais avec la corde, « et alors naturellement les balles se meuvent circulairemcnt dans des directions différentes, et la courroie s'applique et s’enroule si bien autour du corps, que tous les efforts du captif ne font que le garrotter davantage » (2). On dit qu’un homme à
(1) Falkner, loc. cil., p. 130.
(ü) Filzroy, loc. cil., vol. Il, p. 1/(8.
LES SAUVAGES MODERNES
cheval peut se servir avec succès de la bola à une distance de 80 mètres (1). Ils emploient aussi le lasso.
Sur la cèle, le fond de leur alimentation consiste en poisson qu’ils tuent, soit en plongeant, soit à coups de javelots. Pour les guauacos et les autruches, ils les prennent avec la bola. Us mangent aussi de la viande de jument, ainsi que diverses espèces de petit gibier, et au moins deux sortes de racines sauvages. Us n’ont point de liqueur fermentée, et la seule boisson préparée dont ils fassent usage est une décoction de c/iti/as, ou le jus du fruit de l'épine-vinette mélangé d’eau.
La mort d’un indigène est suivie de cérémonies particulières. Quand la chair a été, aussi bien que .possible, détachée des os, ceux-ci sont suspendus « en l’air, sur un lit de roseaux ou de jeunes branches entrelacées, pour sécher et blanchir au soleil et à la pluie » . C’est une des femmes les plus distinguées qu’on choisit pour accomplir la tâche rebutante de faire le squelette. Tant que dure l’opération, « les Indiens, couverts de longs manteaux de peau et le visage noirci à la suie, se promènent autour de la tente, avec de longues perches ou des lances dans les mains, chantant sur un ton lugubre, et frappant la terre pour mettre en fuite les Validais ou êtres méchants.... Les chevaux du mort sont tués, afin qu’il puisse s’en servir pour chevaucher dans l’Alhue Mapu, ou le pays des morts. » Au bout d’un an, on rassemble les os dans une peau, et on les charge sur h; dos d’un îles chevaux favoris du défunt, qu’on a laissé vivre pour ce motif. C est ainsi que les naturels portent ces restes, quelquefois très-loin, jusqu’à ce qu'ils arrivent au cimetière particulier oit gisent les ancêtres de la personne décédée. Les os sont replacés dans leur position naturelle et rajustés avec do la ficelle. Puis le squelette est déposé, au milieu des autres, dans une fosse carrée, revêtu des plus beaux habits du défunt, orné de colliers, de plumes, etc. Les armes du mort sont enterrées avec lui, et autour du tombeau sont rangés plusieurs chevaux morts, dressés
(I) Journal de Darwin, p. 129.