CHAPITRE IX
D'autres, comme chez les sauvages, sont forgées par onomatopée; on a ainsi: tap, marche; tujf, pistolet; lie, montre. Chez nous, une onomatopée de sympathie donne guangana, amante; iaf, défiance; fric-frac, extraction. Dans le français (Lorédan-Larcher) flopper — battre; 6oii6om7Ze = pauvre cuisine, bruit du bouillon; tambouille = id. ; popote = id. ; pulanot (faire le) = fuir; schproum (faire du) =z faire du bruit; flou = rien; puff chûte; flafla = étalage. A Parme: buf = décharge; gnif = giffle; lapa = chemin de fer.
On trouve aussi des automatismes: papà, chef de justice; nona, sentinelle; pipet, château; babi, hôpital; pipetti, pièces de monnaie; et, dans l'argot français: bibi, Bicêtre; baba, assourdir; pipa, baiser (d'origine vénitienne); bibi, fausses clés; loulou, bibi, coco, bébé, ami; bibine, taverne.
D'autres transformations consistent en automatismes résultant d'un redoublement de syllabes, combinés avec des suppressions, des métathèses, etc. (i).
3. — Détournements. — Une autre source de ce lexique est constituée par un détournement des mots, le plus souvent grâce à un de ces procédés que mon ami Marzolo traitait de fausses réductions étymologiques; p. ex., orfèvre pour orphelin; philanthrope pour filou; chez nous alberto, œuf, d'albume; cristiana, le bonnet, de cresta; andare a Legnano, recevoir des coups de bâton, de legno ; à Parme, on dit ramengo pour bâton, de ramo et ramengare.
(1) Toc-toc = toqué; ty-ty = typographe; gaga = gâteux; bobonne = bonne; soussouille = souillon; Bibi = Bicétre, hospice d'aliénés. Envoyer à Bibi; baba = abasourdi.
Evidemment, on rencontre ici un double jeu étymologique et phonétique, c'est-à-dire qu'on voit deux noms ou deux attributs se rappeler l'un l'autre et comme se fondre en un seul, p. ex. Martin Rouant, gendarme; de Roveau, Rouen, officier de gendarmerie et de roue, instrument de supplice. Dans Erdmann , homme-terre, pour marmite; dans Darkmann, hommenoir, pour nuit (v. Ascoli), dans Père noir, bouteille; Bernarde, la nuit; Martin, le couteau, Père frappart, le marteau, on voit apparaître le procédé qui fait vivre les objets inanimés et leur donne une forme humaine; c'est le propre des enfants et des peuples sauvages; c'est de là qu'est sortie presque en entier la mythologie.
11 arrive moins souvent que le changement du mot s'opère par l'intercalation d'une syllabe. C'est, paraîtil, le procédé exclusivement employé par les bohémiens qui vagabondent dans les Pyrénées Basques, et par quelques peuplades russes ou circassiennes. On le rencontre aussi dans ces argots apocryphes que M, Biondelli a si bien nommés « argots récréatifs; y> mais il se voit également dans nos argots véritables ; exemple : dorancher pour dorer; pitancher pour pinter, boire.
Le renversement des syllabes est un peu plus fréquent; ainsi taplo, dans l'argot espagnol, pour le plat ou l'assiette; malas chez les maçons piémontais, pour salam ; lorcefè pour la force. Mais cette manière est moins usitée chez nous que chez les brocateurs de Londres et les chefs d'une tribu nomade de l'Inde, celle des Bazegur; leurs sujets se contentent de changer une lettre.
On trouve plus souvent le changement d'une voyelle, p. ex., boutoque, pour boutique, etc.