‹ L'homme criminelChapitre 236 sur 315 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Noël, etc.

Sur les biens d'une autre vie, Laisse pi'êclier Massillon:

Vive la philosophie Du bon curé de Meudon !

Noël, etc.

Nous trouverons bien, par grâce, A nous caser aux Enfers:

Moi j'irai trouver Horace, Toi l'ouvrier de Nevers.

Ici il pose et pour poser même après sa mort, il avait composé sa complainte, dont voici deux couplets:

Plus tard enfin, voleur, escroc, faussaire. Tous les forfaits ne nie coûtent plus rien. Pour débuter on chippe une misère.

Et pour finir on devient assassin.

Ah! quand pour moi viendra l'heure dernière. Foulez aux pieds mon cadavre sanglant.

Maudissez-moi ! Qu'a besoin de prière L'arbre abattu par le souffle du vent ?

Dans son autobiographie trop vantée, je ne trouve de vraiment beau et digne de fixer l'attention du psychologue, que le morceau où il peint la vie morale du bagne:

« Qu'adviendra-t-il du jeune homme poussé dans cette misérable société (celle des prisons)? Pour la première fois il entendra résonner à ses oreilles la langue barbare des Cartouche et des Poulailler, l'ignoble argot. Malheur à ce jeune homme, s'il ne se met pas immédiatement à leur niveau , s'il n'adopte pas leurs principes et leur langage; on le déclarerait indigne de s'asseoir à côté des amis! Ses réclamations ne seraient pas écoutées de ses gardiens eux-mêmes, qui inclinent

toujours à protéger les chels ; elles n'auraient d'autre résultat que d'exciter contre lui la colère du geôlier, qui est d'habitude un ancien forçat. Au milieu de ces hontes, de ce cynisme de gestes et de paroles, l'infortuné rougit du reste de pudeur et d'innocence qu'il avait en entrant; il regrette de n'avoir pas été aussi criminel que ses confrères; il redoute leurs brocards, leur mépris; car, même sur les bancs des galères, on connaît l'estime et le mépris, et cela explique pourquoi certains forçats s'y trouvent mieux qu'au sein de la société où ils ne recueilleraient que le dédain. Qui donc consentirait à vivre méprisé? Ainsi le jeune homme, qui prend exemple sur ces beaux modèles...., en deux ou trois jours arrivera à parler leur langue, et alors il ne sera plus un pauvre niais; alors les amis pourront lui serrer la main, sans crainte de se compromettre. Remarquez bien que ce n'est encore là que gloriole de la part de ce pauvre garçon, qui rougit de passer pour un novice. Le changement s'est opéré dans la forme plutôt que dans le fond. Deux ou trois jours tout au plus, passés dans ce cloaque, n'ont pu le pervertir entièrement; mais soyez tranquille, le premier pas est fait; il ne s'arrêtera pas à mi-chemin ».

Cette prose est éloquente, parcequ'elle exprime un sentiment vrai. Les poésies tant vantées de M™« Lafarge sont de méchants vers, des morceaux à allures sentimentales, toujours vaporeux, farcis de ces commérages, de ces petites misères de la vie cellulaire, dont l'esprit du prisonnier est toujours plein.

Robert Bréohat est surpris ces jours derniers, dérobant un dictionnaire de rimes à l'étalage d'un bouquiniste. On le fouille; on trouve sur lui un las de petits

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