CHAPITRE III
faute ils étaient renvoyés, et de fait, on nous a montré le portrait d'un enfant renvoyé l'année précédente à la: suite d'un vol; eh bien! il avait tous les caractères décrits plus haut: oreilles grosses et écartées, oxycéphalie, front petit, pommettes trés-saillantes.
Finalement, une étude sur 35 aveugles-nés et 50 sourds-muets nous a révélé que toutes ces altérations physiques se rencontrent dans une proportion qui dépasse 75 0[0, même chez les adultes, même chez les individus soumis à une certaine sélection (sourd-muets riches).
Et maintenant la conclusion est facile. Les anomalies morales qui dans un adulte constitueraient la criminalité, se manifestent chez les enfants dans des proportions bien plus grandes et avec les mêmes signes, grâce surtout aux causes héréditaires; ces mêmes anomalies sont sujettes plus tard à disparaître, en partie grâce aux secours d'une éducation convenable, sans quoi on ne s'expliquerait pas la petite proportion des types criminels chez les adultes, même si l'on tient compte des différences résultant de la mortalité et du nombre de ceux qui échappent à l'action des lois.
Les anomalies physiques se trouvent en proportion double, et atteindraient même un chiffre plus élevé chez ces jeunes gens entachés d'immoralité (rappelez-vous la comparaison de 69 à 30 0(0 prise parmi les normaux), et l'hérédité, chez les mêmes, s'élèverait à plus du triple (52 à 15). — Mais il est un fait bien établi; c'est que les anomalies physiques et l'hérédité peuvent se rencontrer, bien qu'en proportion moindre, chez les plus intacts, comme nous avons pu bien des fois remarquer des jeunes gens très-honnêtes issus de parents mauvais. En outre, elles se manifestent moins encore
chez les criminels que dans certaines autres affections probablement connexes avec l'arrêt de développement, par exemple chez les aveugles-nés et les sourds-muets.
4. — Cela nous a été confirmé par des recherches qui, naturellement, devaient rester fort restreintes, sur le cours de la vie de quelques enfants (29) suivi jusqu'à l'âge adulte. — Je vais les résumer tout de suite:
11 enfants ne présentaient aucune anomalie physique; o entr'eux furent méchants dès leur jeune âge, paresseux, violents et cruels, mais s'amendèrent dans la suite ; 8 bons dès l'enfance, se maintinrent tels dans l'âge adulte.
18 offraient les différents caractères physiques des criminels. — Sur ce nombre, 4, bons dès l'enfance, se conservèrent tels encore dans l'âge adulte; 2, au contraire, en prenant de l'âge, devinrent immoraux.
12 présentaient à la fois des anomalies physiques et morales: 4 étaient violents, 3 jaloux, 1 vindicatif, 2 voleurs, 3 se livraient à la masturbation; 6 de ceux-ci s'amendèrent avec le temps.
Ici encore on voit que si l'anomalie physique coïncide la plupart du temps avec les tendances immorales, elle n'exclut pas pour cela la possibilité d'une transformation heureuse, que nous avons vu se produire en 6 sujets sur 12. — Néanmoins, quand elle est absente, le caractère a plus de facilité à se réformer, quelle que soit sa perversité première.
On pourra, il est vrai, m'objecter qu'une hypocrisie raffinée, se couvrant du masque de la vertu, peut m'avoir fait enregistrer des réformes qui n'étaient qu'apparentes: je ne vois pas la possibilité d'écarter absolument cette hypothèse.