CHAPITRE PREMIER
7. — Analogie entre le sauvage et l'homme normal. — L'étude de ces anomalies rapproche le délinquant encore plus au fou qu'au sauvage, surtout en ce qui concerne l'os frontal, le développement de la mâchoire , la saillie de l'arcade sourciliaire, et en particulier la fosse occipitale médiane, qui n'est très-développée que chez les Américains.
Cette fossette je l'ai trouvée, chez 1320 Européens sains, dans la proportion de 4,1 Oiq.
Sur 126 crânes antiques (Egyptiens et Etrusques) 10 Oio
Id. 16 id. de Nègres 6 »
Id. 40 id. Américains (Aymara) .... 26 »
Id. 9 id. Sémites 22 »
Id. 28 id. Papouas (Virchow) 1 »
Id. 11 id. Péruviens 18 »
Les os wormiens du ptérion qui chez les délinquants, les fous et les hommes normaux de l'Europe sont dans le rapport de 23 à 18 à 16, sont en Australie, d'après Anutchine, dans le rapport de 28 OjO, dans les Finnes de 66, dans la Mélanesie de 25, dans la Malaisie de 10, au Pérou de 6 Oiq.
L'apophyse temporale du frontal serait normalement, d'après Sommer, de 1,4 0[0. D'après Anutchine chez les Européens on trouve 1,6, tandisque chez les Nègres 12 0|0, chez les Mongols 3,7, chez les Américains 1,9. Quant à nous, sur 58 délinquants nous avons trouvé la proportion de 3,4 OfQ.
Ici une sérieuse critique de Calucci (Jure pénale e frenatria, Venezia, 1876) m'oblige à faire une digression. S'appuyant sur les assertions de quelques anthropologues qui attribuent aux hommes sauvages une grande .capacité crânienne, l'illustre juriste nie l'existence des
SECONDE PARTIE
caractères de véritable infériorité dans les crânes pi'éhistoriques et chez ceux des sauvages. Cet argument lui semble ruiner toute ma doctrine. Or, les preuves qui la soutiennent sont peut-être au contraire trop nombreuses.
Les races humaines primitives, écrit Darwin, présentent des structures qui les rapprochent plus des animaux que non les modernes. (Darwin, Orig. de l'homme, p. 23). La perforation de l'olecrane fut trouvé par Broca de 4 0(0 dans les cimetières de Paris, par Dupont de 30 0|0 pendant la période du Renne, de 25 0[0 dans les dolmens d'Argenteuil. La capacité crânienne n'est nullement supérieure chez le sauvage ou chez l'homme de couleur; règle générale, elle est même toujours inférieure.
Mantegazza sur 3 crânes de Néo-Zélandais trouve un reste de l'os intermaxillaire qui persiste constamment chez les mammifères. (Arch. per l'antrop., 1872, p. 177). Les nombreuses anomalies de la fosse occipitale moyenne fréquentes chez les criminels le sont aussi chez les sauvages. — Mais il y a des anomahes qu'on rencontre plus fréquemment chez certaines races que chez d'autres, sans qu'il soit possible de dire que l'une ou l'autre soit pour cela vraiment inférieure. Il en est ainsi pour la fosse occipitale moyenne et pour les os épactals trèsabondants dans les Américains et très-rares dans les Papouas, qui ont, à leur tour, un nombre bien plus grand d'apophises temporelles du frontal.
Un grand nombre de crânes préhistoriques sont, il est vrai, tout-à-fait semblables aux modernes; mais crâne préhistorique n'est pas complètement synonyme de crâne de sauvage. Le crâne de Gibilteira, du reste, est dolichocéphale, avec d'énormes arcades sourciliaires, un front petit et fuyant, et comme chez les pithéciens il manque de fosse canine. (Broca, Mémoires, ii, p. 150).