IV. CONSIDÉRATION
Je sais que saint Augustin dit plusieurs fois , dans un même endroit, que « la vue de ]Dieu face à face est ré- » servéo pour la résurrection à ceux qui sont délivrés; » que nos Pères ne l'ont point vu face à face , comme il » est en lui-même, et que cette vue est réservée pour la » résurrection ; que la vue de Dieu est réservée à l'ave- » nir pour le temps auquel Jésus-Christ, qui est notre » vie, apparaîtra, comme dit l'Apôtre, et que nous pa- » raîirons avec lui dans la gloire (1), » Mais, à mon sens il ne prétend autre chose , sinon que ni les Pères de l'ancien Testament, ni du nouveau, n'ont point vu Dieu face à face en celle vie ; et s'il ajoute que ce bonheur est réservé pour la résurrection, c'est parce qu'il n'y aura plus de purgatoire, ni d'autre lieu où les prédestinés soient détenus pour un temps ; mais il n'exclut pour cela du paradis ni les martyrs, ni les saints qui ont pleinement satisfait à la justice divine. Il serait contraire au concile de Florence (2), qui assure que les âmes de ceux qui n'ont contracté aucune tache depuis le baptême , et celles qui, en ayant contracté , en ont été purifiées, soit étant encore engagées dans leurs corps, soit en étant séparées, sont reçues sans
(t) S. Âug. in Psal. 43. post initium, (2) Concil Florent, in litlcris unionis»
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aucun délai dans le ciel pour y voir Die,, clairement dans l'unité de son essence et dans la (rinité de ses personnes. Il s'écarterait du sentiment commun de l'Eglise et des saints Pères , qui nous enseignent que Jésus-Christ mena avec lui dans l'empyrée les patriarches et les prophètes de l'ancienne loi, comme les dépouilles que ce triomphateur éternel avait enlevées sur l'ennemi du genre humain (l), et qu'il fit agrandir les portes du ciel , parce qu'il n'y entrerait pas tout seul, mats que tout le monde y entrait avec lui (2) ; que bientôt après qu'il eut pris possession du ciel, son bien-aimé Discipiey vit douze portes ouvertes, trois de l'Orient trois de l'Occident, trois du Septentrion , et trois du Midi , pour nous assurer qu'il n'y a plus de séraphin md'épée flamboyante qui en défende l'entrée, sinon au vice et à l'impiété ; en un mot , a que tous les sainls » vont jouir du repos éternel, dès que leur âme est » dégagée des liens de la chair, selon le témoignage » de saint Paul: Nous savons que si cette maison de » terre où nous habitons, vient à se dissoudre , Dieu
• nous donnera dans le ciel une autre maison, qui ne » sera point faite par la main des hommes, et qui du- » rera éternellement (3). »
Bien davantage il se contredirait lui-môme : « Car le
• Dieu des dieux, dit-il, apparaîtra dans Sion ; mais » quand sera-ce? après notre pèlerinage, lorsque nous » aurons fini notre voyage, si toutefois, à la On de » notre voyage, nous oe sommes point livrés au juge
» qui nous envoie m prison : mais si, le voyage étant » Oui, noirs arrivons à notre pays comme nous l'espé* » rons et le désirons , là nous contemplerons celui » qui sera le sujet de nos louanges : celte contempla-
• lion sera grande et merveilleuse (4). >, II ne diffère
(I) Triumphalorli Merci manabfct. s. Amh. 1. 1, ,/,. /it/r c <, "<"■• «on uaui bon», sed toluta OBuUum redemptore mûn'
dus inl.Mlul. '
- Gregor. m, \. \t<)r. r. 2T.
(4, AppawblteoiiiDeftdeoruiBlnSioojiedhoqqutodàrpa,!
••res-r.nai.on.iii, finiia via. S. Aug. in lUai. 103,
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point la claire vue de Dieu jusqu'à la résurrection ; 3a fin de notre voyage sera le commencement de notre béatitude, si le péché n'y met obstacle (1). Ne dit-il pas, en un autre lieu, que si nous offrons des sacrifices sur le tombeau des martyrs , ce n'est pas aux martyrs que nous les offrons , mais à Dieu qui les a faits et hommes et martyrs, et qui les a associés aux saints anges par la participation delà gloire céleste (2) ? Ne publie-t-il pas qu'ils sont dès à présent victorieux dans une vie plus heureuse (3) ? N'assure-t-il pas que leurs âmes victorieuses ont régné et régnent encore avec Jésus Christ, après avoir surmonté tous les tourments, mis fin à tous leurs travaux, et s'être dégagés de leurs corps (4) ? Enfin ne dit-il pas en termes formels que tous les martyrs et les saints jouissent du Verbe divin, sans qu'ils aient besoin de lecture ni de lettres , parce qu'ils voient dans le visage de Dieu ce qui est écrit dans les livres (5) ? Concluons donc, avec ce saint docteur, quu l'Église règne dès à présent avec Jésus-Christ dans les vivants et dans les morts, suivant ce que dit l'Apôtre, que Jésus-Christ est mort, afin d'avoir l'empire sur les vivants et sur les morts, avec cette différence, que la terre ert le séjour des vivants; mais pour les âmes de
(1) Si tamen post finita 1 viam non judici trariimur, ut judex millatin carcerem. S. Jug. I. 8. de C. Dei,c. 27.
(2) Qui eos et homines et martyres fecit, et sanctis suis angelis in cœlesli honore sociavit.
(3) Praedicamus jam in vilâ feliciore victores. Lib. 20. contra Faustum manichœum.
(4) Certè animée victrices gloriosissimorum martyrum omnibus doloribus et laboribus superatis atque finitis , postquàm mortalia membra posuerunt, cum Christo utiquè regnaverunt et régnant. Lib' 20. de C. D. c. 13. Fide et c. 9. ubi hœc habet de fidelibus def une lis.
(5) Fruuntur Verbo Dei sine leclione , sine litteris. Quod enim nobis per paginam scriptum esl, per faciein Dei illi cernunt. Quamvis cum eorporibus suis nondùm, ità tamen eorum animue regnaui cum îllo, undè et in hoc eodem libro et alibi legiiur ; Beati mur lui qui in Domino moriuntur. In Enchir. e. 109,
ceux qui meurent, elles somt reçues dans des demeures «ecrètes, chacune selon qu'elle est digne de récompense ou de peine. Le paradis est la demeure éternelle des âmes prédestinées ; le purgatoire est une prison temporelle, où elles sont arrêtées jusqu'à ce qu'elles aient payé leurs dettes ; l'enfer st pour les âmes réprouvées, qui n'en sortiront jamoift
ENTRETIEN