CONSIDÉRATION
L'auteur de l'Œuvre Imparfait estime que le signe, du Fils de l'homme sera son propre corps marqué de ses plaies. Saint Jérôme dit que ce sera quelque trophée qui servira d'ornement à son triomphe. Mais la commune opinion est que ce sera le signe de la croix , d'où vient que l'É glise chante dans l'office qu'elle en fait :
«Le signe de la croix sera placé dans le ciel, lorsque » le Seigneur viendra pour juger (1).»
Et parmi les vers des Svbilles, ceux-ci se trouvent à la fin du sixième livre :
« Bois glorieux , auquel a été suspendue la Divinité
» môme! la terre ne te possède plus. Tu paraîtras au » plus haut des cieux, lorsque le Fils de l'homme se » montrera au monde avec tout l'éclat de sa majesté » divine (2). »
(1) Hoc signum crucis erit in cœlo, cùm Dominusad judicaadum venerit.
(2) 0 lignum felix, in quo Deus ipse pependitî Née te terra capit, sed cœli tecla videbis, Cùm renovata Dei faciès ignita micahit.
LECTURES SP- lTuÉLLfig# ^
Thomas ValdensiV' , , . . ,
toutes les par»' - aent que ce S,eura ^T1*16 Cr0lX> dont dues e- -*ies, qui sont aujourd'hui divisées et répan- -, .u tant de lieux , seront reunies par un miracle -<* la puissance divine ; les autres disent que ce sera seulement une lumière brillante en forme de croix, qui marquera la venue prochaine du juge.
Quoi qu'il en soit , et de quelque manière que Jésus- Christ fasse paraître sa croix et les instruments de sa passion au jour de son dernier avènement, il le fera pour cinq raisons considérables :
La première , pour déclarer le juste pouvoir qu'il s'est acquis sur les vivants et sur les morts. Car il est mort, comme dit saint Paul , pour régner sur les uns et sur les autres, et par conséquent nous ayant acquis par sa mort, il ne jugera quo ceux qui sont à lui. Les anges sont à lui aussi bien que les hommes par le litro de leur création , car il les a tirés du néant; et par celui de l'union hypostatique de son humanité avec sa divinité , qui lui donne un droit souverain sur toutes choses , le plus éminentqui puisse être; et par le mérite de sa mort, car s'étant humilié jusqu'au néant, il a mérité d'être exalté sur toutes choses : aussi est-ce par sa mort qu'il est entré en possession actuelle de son empire , et que toutes les créatures l 'ont reconnu pour leur Seigneur absolu. Mais outre ces droits si légitimes, il en a un autre de rédempteur, qui lui donne un pouvoir particulier sur tous les hommes , puisqu'il est mort pour tous, afin de les délivrer de la mort éternelle; et voilà le premier tourment des réprouvés à la vue de la croix, car elle leur fera sentir le pouvoir qu'il a sur eux , dont ils ne peuvent pas l'affranchir. Ils son:, à lui, il en peut faire ce qu'il voudra, et en tirer 1 pumiitn qu'il lui plaira. Un v.ce roi, un gouverneur, 110 parlement , juge les sujets du prince , qui peuvent avoir fa alul pour obtenir leur grûce; mais Je
Cl" ijeti qui lui appartiennent par ton
S0li trej, romme étant leur Seigle u ;
et, alin de rendre son pouvoir plus augttfto, il fera
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cesser alors toutes les justices ?l tou,s les triD«na«x delà terre; il supprimera toutes les u, Jai^s de rois» de princes, de monarques , de gouverneurs., Hun^Qu0 toute la puissance de juge réside en lui seul. Le tC?Q môme ne jugera pas, parce qu'il a donné à ce cher Fils tout pouvoir de juger : lui seul prononcera en dernier ressort (1).
La seconde, pour faire voir les obligations que les hommes lui ont , et les trésors qu'il a mis dans la croix , qui est la source de tous les biens de la grâce et delà gloire, ce qui donnera une joie incroyable aux élus à la vue de ce signe salutaire, auquel ils se sentiront redevables de tout le bonheur dont ils jouiront dans l'éternité. Mais ce sera pour les réprouvés un étrange sujet de regret et de désespoir : de regret , d'en avoir mal usé; de désespoir, de ne pouvoir plus s'en prévaloir, et d'avoir tout perdu sans ressource. Chose effroyable , que dans le débris du monde, dans le désordre et le renversement général de l'univers, la croix étant la seule ressource des criminels, l'ancre de leur salut, le fondement de leur espérance, et l'unique gage des miséricordes divines, néanmoins elle ne paraîtra que pour les remplir de confusion et de douleur ! Lorsque les ïsraél/les furent emmenés captifs hors delà Palestine;, saint Chrysostome remarque qu'ils emportèrent avec eux, par un trait merveilleux de providence , quelques instruments de musique, dont ils se servaient dans le temple pour célébrer les louanges de Dieu, afin qu'à la vue de ces marques de leur félicité passée, qu'ils attachaient quelquefois aux branches des saules le long des fleuves de Babylone , le souvenir de leur chère patrie rendît leur exil plus sensible. Ainsi lorsque ce juge sévère bannira les réprouvés de son royaume , il leur fera voir les instruments de sa passion , qui sont les marques de son amour et les signes rs-
(1) Pater non judicat qucmquam, sed omne judioiura dédit Filio. Joan. 5. 22.
sures de sa miséricorde, qu'ils ont eue à mépris, afin que ce spectacle redouble le sentiment de leur malheur. Ah! chrétien, quel regret pour toi, voyant que cette croix, qui a ouvert la porte du ciel à tant de pécheurs ; cette croix, qui a fait tomber des mains du chérubin le glaive de feu avec lequel il empêchait l'entrée du naradis; cette croix, avec laquelle tu pouvais mettre en fuuv? t°utes les puissances de l'enfer, et t'acquérir une couronne .'.^mortelle, ne sert maintenant que de reproche ù ta lâcheté, q»i t'a fait négliger un moyen si sûr et si puissant pdi?r te rendre heureux ? Alors le Fils de Dieu, te montrant" ce glorieux étendard , et découvrant ses plaies, te dira *{l f°nd de ton coeur, d'une voix intime plus pénétrant <lue mille flèches acérées : Voilà ce que j'ai voulu so^iïlir Pour toi : Que ne devais lu pas faite pour celui qui1 s'est assujetti à ces tourmenta pour le délivrer de la mo*^ Ne t'avaisje pas averti que, pour venir avec moi, il pliait porter cette croix ? N'avais-tu paa appris que, pour être du nombre de mes élus , il fallait crucifier la chair? Combien de fois t'ai-je fait dire que la croix était l'uniqi?0 chemin du paradis? pourquoi l'en es-tu écarté? Regarde tous mes prédestinés que je mène avec moi dans mon royaume : n'ont-ils pas tous la croix sur le front ? pourquoi ne les as-lu pas suivis? Hélas? que dironsnous, à ces reproches? lâches déserteurs que nous sommes, avec quel front paraîtrons-nous devant ce chef juc nous avons si lâchement abandonné ? Comment oserons-nous nous plaindre de notre perte éternelle , ayant eu si long- temps en main le prix de notre salut? comment oserons-nous implorer sa bonté , puisque le mépris que nous en avons fait, sera le premier article do notre condamnation (l) ?
I Quo lune animo Itabit descrlor anlc ducem *uum, perdltus anto preliam nnun ? qui Cranta miaericordiam peu i, pi imam de mitericordlfl couicuqiiu juiJieanduj ? £mcb. £mia, kotnil* de sjrmoolo»
La troisième, pour faire voir le, mauvais traitement qu'il a reçu des pécheurs , qui ont été la cause de sa mort, et le sujet qu'il a de s'en ressentir. Il viendra avec sa croix, disentlesPères, afin de faire sentir à ceux qui l'ont crucifié, l'excès1 do 1©q? folie et fia leur aveuglement (1). Si bien que la passfon de Jésus-Christ , qui a été l'effet d'une miséricorde infinie, sera pour lors la^ marque d'une souveraine justice, que le pr°P*^j'te jgaYe exprime en des termes tout-à-fait étran^€S ; ]}s>est revêtu d'un habillement de vengeance : il ne paraît rien sur son visage et autour de sa personne s qui ne respire la colère qu'il a conçue contre ses ,^emis (2). Il traitera les pécheurs comme ils l'ont 'tTailé eux-mêmes : il leur rendra avec indignation ( un rjieil iadigne | j. n Ieur rendraî dis. je, l'échange de to/0s jes maUx qu'ils lui ont fait souffrir. On la mené à ^ croix comme un agneau destiné à la mort ; et tu s<^ra^ 5 miserable pécheur , la victime éternelle de sa justiCe : il a été bafoué, chargé d'injures et d ignoir^ujgg . ju seras]e j0Uet des démons pour jamais : l\ a. été déchiré de coups de fouet, percé de clous et Vèpînes ; tu seras dévoré des flammes , qui pénétreront jusqu'à la moelle de tes os : il a été crucifié entre deux larrons; et tu n'auras jamais d'autre compagnie que celle de Satan et de ses suppôts , qui sont des hommes enragés et désespérés : il a été abreuvé de fiel et de vinaigre ; et tu seras tourmenté d'une soif perpétuelle, sans que tu puisses obtenir une goutte d'eau pour ton rafraîchissement : son cœur fut percé du fer de la lance ; et ton méchant cœur sera rongé d'un ver qui nemour-
tl) Cum eruce Christus veniet , ut hi qui eurn crucifixerunt, «use sentiantdemeiitiae caecitatem.S. Chrysost. homil.de cruce et la trône, tom. 2. tribuitur S. Aug. et est serm. 130. de tempore,
(2) Indutus est justitiàut loricà, et galea salulis inc2piteejus. Indutus est vestimentis ultionis, et opertus est quasi pallio zeli, quasi ad relribulioncm indignalionis hostibus suis, et vicissitudinem inimicis suis : insulis vicem reddet. U. 50.
ra point, et qui te causera à chaque moment de nouvelles douleurs.
La quatrième, pourôter toute excuse aux réprouvés, en leur montrant qu'il ne leur a rien commandé qu'il n'ait essayé lui-môme, pour en connaître le poids par sa propre expérience. 11 s'est mis à répreuve de toutes les difficultés qui nous empêchent de pratiquer les vertus, pour savoir par lui-même, si ce qu'il désirait de nous était si pénible ; il s'est abandonné
ux amertumes, aux angoisses, aux tristesses, aux agonies mortelles, dont sa divinité et la béatitude essentielle de son âme se devait exempter (1), Il a appris ce que c'est que d'être pauvre, d'endurer la faim et la soif, d'avoir une famille à pourvoir , et n'avoir rien pour l'entretenir; de coucher sur la terre, de veiller et passer les nuils en prières , d'être dépendant d'autrui, de travailler sans récompense, d'obliger tout le monde, et de n'être payé que dingratitude. Il a appris ce que c'est que de pardonner une injure, de souffrir un mépris, un rebut, un outrage, une calomnie injuste, une tentation violente. Enfin il a éprouvé toutes les faiblesses de sa nature et toutes les infirmités du corps (2). Sa crois; dira (out cela. Si c'était un ange qui jugeât les pécheurs , ils auraient quelque sujet de lui dire : Vous nous condamnez bien à votre aise : si vous aviez ressenti la pesanteur et l'importunité de nos corps, qui rabat la vigueur de l'esprit, vous nous traiteriez plus doucement. Mais celte réplique n'aura point de lieu pour lors: c'est un homme qui jugera les hommes; c'est un homme qui a souffert la croix ; c'est un homme qui
ait parexpérienee ce que pèsent les persécutions extérieures et intérieures, les peines d'esprit et les incommodités du corps ; c'est un homme qui prendra pour
es assesseurs des hommes comme eux , qui ont eu les mei ipèehements du salut, et qui les ont sur-
(1, Tenta l , assimilais per omnia fralrihus.
P) TenUKui par omnia*
montés avec courage, qui ont été fidèles jusque dans l'extrémité de toutes îes souffrances et de la mort même. Quelle excuse pourrait-il» Coûc apporter pour leur défense, se voyant condamnés par des hommes sera» blables à eux , qui savent la force de la grâce qu'ils ont méprisée, et la lâcheté avec laquelle ils ont succombé aux tentations de la chair, du monde et de l'enfer.
La dernière, pour effacer toute la gloire du monde, et pour dire aux réprouvés qu'il n'y a plus d'honneur^ de biens, de richesses, de félicité, que pour ceux qui ont suivi Jésus-Cbrist crucifié. Saint Éphrem dit que la croix éclairera toute la terre depuis un bout jusqu'à l'autre. Eulhyme et Théophilacte disent qu'elle sera plus lumineuse que le soleil. Saint Gbrysoslome tient qu'elle l'offusquera de sa clarté. Tostat estime qu'il sera déjà éclipsé, et qu'elle paraîtra au milieu des ténèbres du monde: mais si cela est véritable, ce ne sera pas pour consoler les réprouvés par sa lumière; les ténèbres de l'enfer et l'horreur de ses cachots obscurs ne leur seront plus supportables; ce sera pour les confondre, ce sera pour les désespérer par la perle générale de tous les biens dont ils ont abusé sur la terre, et de tous ceux qu'elle leur avait acquis dans le ciel.
Alors toutes les tribus de la terre éclateront en soupirs et en regrets (1). Les juifs se lamenteront, les gentils s'affligeront, les chrétiens pleureront, parce qu'ils ont plus aimé le monde que Jésus-Christ (2). Ils pleureront les fautes qu'ils ont commises, les folies qu'ils ont faites et qu'ils n'ont pas corrigées, la gloire qu'ils ont perdue, et la peine qu'ils ont encourue (3).
(1) Tune plangent omnes tribus terrée.
(2) Plangeutjudœi, plangent genliles, plangent christiani , qui magis dilexerunt mundumquàm Chrislum.
(3) Plangent culpam quain commiserunt, stulliliam quana non conexcruiit, gloriamqiiam ainiserunt, pœnaai quam incurrerunt.
lis pleureront, parce qu'ils n'auront ni la force de résister > letr juge , ni le moyen de le fuir, ni le lieu de faire ;énilence; et ainsi il ne lenr restera rien que les pleurs (1). Alors ils pleureront (2) ; alors ( ce mot a une force admirable), alors ils ouvriront £?s yeux, et verront la laideur effroyable des péchés dont ils faisaient vanité. Alors ils pleureront, mais en vain ; il ne sera plus temps. Une seule larme duray t la vie était capable de les laver ; mais pour lors ils verseront un océan de larmes , qui ne leur servira de rien. Alors ils verront que le monde les a trompés, et s'étonneront de leur folie et de leur aveuglement, d'avoir perdu le ciel pour un peu de poussière, et l'éternité pour un moment. Alors pleureront toutes les tribus de la terre (3) : tous ces hommes de terre qui n'ont point de demeure dans le ciel; ces hommes dont les noms sont écrits sur la poussière; ces hommes qui n'ont point eu de religion, qui n'ont point eu de Dieu, qui ont méprisé Jésus-Christ. Tel sera le sort des tribus de la terre , mais non pas des tribus du Seigneur; les serviteurs du Fils de Dieu seront traités tout autrement : ils seront élevés de la terre, ils iront au devant de leur maître, pour prendre part à son bonheur, pour jouir de la possession de tous ses biens, et pour le béuir dans toute l'éternité (4).
(1) Plangent, quia ncc rcsislou li viilns COTllrà euffi , ncc fugiendi facilitai aote faciem ejus, ncc pœnitendi lonis, ci omnium remm nihil eis reman«t pMBter luctum. LwtolphUë Haxo% in Vilà Ckfiêtl, p. 2. c. 43. v. 181. col. 2.
(2) Tune plongent.
(3; Tune plang<nt omnes tribus lerrx. S \ ,ic tribal l' mini, illuc eaim as*., inl< i nul trili jS, '.rili'-; DomiOi id cunfilemluui loin un bouiini.
ENTRETIEN