V. CONSIDÉRATION
Que dirai-je de la bonté du Fils de Dieu, qui ne s'unit pas seulement à nos âmes par la communion, mais aussi à nos corps, qu'il sanctifie et qu'il consacre à l'immortalité par sa présence ? il ne se contente pas d'être la vie de l'esprit dans l'adorable Sacrement , il est encore la vie des corps : Je suis , dit-il , la résurrection et la vie. Celui qui mange ma chair et boit mon sang , a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour (1). Il a la vie éternelle de l'âme, parce qu'il en a le principe. Car de même que si quelqu'un trempait sa main ou sa langue dans l'or fondu, elle deviendrait toute dorée : ainsi l'Eucharistie rend l'âme précieuse (2). C'est un fleuve plus ardent que le feu, mais il ne brûle point; son effet est de laver et de purifier nos âœs (3). II a la vie éternelle du corps, parce qu'il a droit à la résurrection. Le corps glorieux de Jésus-Christ que l'on prend dans l'Eucharistie , étant uni avec le nôtre, y laisse comme une certaine semence de la résurrection glorieuse (4). Les interprètes remarquent à
(1) Ego sum resurrectio et vita. Qui manducat meam carnem et bibit meum sanguinem habet vitam œternam , et ego resuscitaho eura in novissirao die. Joan, H. 25.
(2) Sicut auro liquescente, sive manum, sive linguam quis immitlal, eam statim aureara reddit: ità el Eucharistia pretiosam animam reddit.
(3) jiffervel quidem hic fluvius igné vehementiùs, sed nen comburit, sed tantiun banlizal.
(4; Corpus Christi gloriosum quod in sacra Eucharistia sumitur, nostro corpori junctum relmquit quasi quoddara sernen gloïiosœ resurrectionis. Balthasar, annot. in Dion. Areopag. ci» talus à Q tiares m io , tom. 4. c. 7. sert* 3,
ce propos que le Fils de Dieu ayant communié ses apôtres le jour de la cène , les conduisit sur la montagne des Olives; pour montrer qu'en vertu du très-saint Sacrement, on monte jusqu'au plus haut degré de la grâce, et de là au plus haut degré de la gloire, qui est représenté par la douceur de l'huile (1). C'est pourquoi l'abbé Guerric dit que la chair de Jésus-Christ est le viatique des prédestinés, et Jésus-Christ, le chariot d'Israël qui les porte en triomphe dans le ciel , et le cocher qui les conduit [2). Il ne faut donc pas s'étonner si le saint concile de Trente , < de toute son affection paternelle (ce o sont ses termes) , avertit, exhorte, prie , et conjure, » par les entrailles de notre Dieu, tous ceux en géné- » rai et en particulier qui portent le nom de chrétiens, » que, pour une fois enfin, ils tombent tous d'accord , » et se réunissent en ce signe d'union , en ce lien de » charité et en ce symbole de concorde , et que , dans » ie souvenir d'une si grande majesté, et de l'amour » si excessif (ie notre Seigneur Jésus-Christ, qui a livré » sa très chère vie pour le prix de notre salut, et nous » a donné sa chair à manger, ils croient ces sacrés » mystères de son corps et de son sang avec une telle » constance et fermeté de foi, et les révèrent d'un si • profond respect, d'une piété et d'une dévotion de » cœur telle, qu'ils soient en état de pouvoir souvent » recevoir ce pain qui est au-dessus de toute subs- » tance, et que véritablement il soit la vie de leur »» ame, et la santé perpétuelle de leur esprit; afin » qu'étant soutenus par sa vigueur et par sa force, ils 0 puissent passer du pèlerinage de cette misérable vie
l l'ost communioncm ascendit in montcm Olivcti, ut sic ostendcn.t qnod virlule Domini Sacramenti asccndilur ad culmcn gratiae, et in-IÔ ad culmcn glori<e , qiUB per oleum significatur. Bugù Cari //sis, in Luc. 22. 39.
Ciro Chnsii vialicum cl spiritus vcliiculum. IpM est cibus, l, i . . m t us Israël, et auriga cjus. Gucnïcus Abb. serin. I . de
Rcsurr.
» à la patrie céleste, pour y manger sans aucun voile » le même pain des anges qu'ils mangent maintenant , » couvert des voiles sacrés (1). »
(1) Demùm autem paterno aflfectu admonet sancta synodus, hortalur, rogat, et obsecrat per viscera misericordiae Dei noslri, utomneset singuliqui chrisliano nomine ccnsentur, in hoc unitatissigno, in hoc vinculo charitatis, in hoc concordise symbole jam tandem aliquandô conveniant et concordent; memores* que tantae majeslatis, et tàm eximii amoris Jesu Chrisli Domini nostri, qui dileclam animam suam in nostrae salutis pretium, et carnem meam noi)is dédit ad manducandum , haec sacra mysteriaeorporis et sanguinis ejus eà fidei constantià et firmitate,eà animi devotione, ac pietale et cultu credant et venerentur, ut panem illius supersubstantialem fréquenter suscipere possint , et is verè eis sit animie vita , et perpétua sanitas mentis ; cujusvigore confortali, ex hujus miserse peregrinationis itineread cœlestem palriam pervenire valeant, eumdem panem angelorum, quem modo sub sacris velaminibus edunt, absque ullo velu» mine niauducàtUri* Conc. Trld. sess, 13. c«y. 8.
ENTRETIEN