‹ L'homme d'oraisonChapitre 136 sur 217 · IV. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

IV. CONSIDÉRATION

Plusieurs ont estimé que si Adam n'eût pas violé le pacte que Dieu avait fait avec lui et le commandement qu'il lui avait donné, il n'y eût eu que des prédestinés dans toute sa postérité. Saint Grégoire semble être dans cette opinion; car il dit en termes exprès, que si Adam ne fût point tombé dans la corruption du péché, il n'eût point engendré de réprouvés, mais qu'il n'y eût eu que ceux qui doivent maintenant être sauvés par les mérites du Rédempteur, qui eussent été du nombre de ses enfants (2). Saint Anselme a suivi saint Grégoire en ce point; car il assure que dans le Paradis il ne fût né que des prédestinés (3) ; et il le prouve par deux raisons : la première , parce que l'injustice ne doit pas avoir plus de force que la justice. Or l'injustice d'Adam a engagé tous les enfants dans la servitude du péché ; donc sa justice et son obéissance les devaient établir et confirmer en grâce (4). La seconde, parce que toute la nature humaine a été vaincue en la personne de nos premiers parents: donc elle eût été toute victorieuse, s'ils n'eussent point été vaincus par le péché (5). L'autorité de ces deux grands saints estas^u-

(1) Iden disperliam ei plurimos , et fortium dividet spolia , pro eo quôd ti-Hliderit in mortem animam suam.

(2) Si paicntem primura nulla putredo peccati corrumperet, nequaquàra ex se filios gehennae generaret; sed ii qui nunc per Redemptorcra salvandi sunt, soli ab illo uasccrcntur clecti. S, Gregor. I. 4. Mer. c. 36. aliàs 28

(2, In l'aradiso aascercniur tantummodô electi. S. Ansclm. in Elucidario.

(4) Qui» enim audeat dicciv plus valcre injustitiam ad alliganilum in sci-vilutcm homincm , quàm valent justilil ad confirmandum ? Ibid. lib. I. cur JJcus homo , c. 18.

(5; Nain quemadmodum in primls parcntibus toiu natura vicia

rément considérable; néanmoins elle n'empêche pas que cette opinion ne soit contestée dans l'école , Mais il est indubitable qu'après le péché d'Adam il n'y eût eu que des réprouvés sur la terre , si Dieu n'eût pris le dessein de glorifier son Fils,' en nous le donnant pour Rédempteur de tous les hommes, et pour chef de tous les prédestinés qui doivent composer la cour du roi de gloire. J'ajoute qu'en sa considération il a augmenté le nombre des élus, et qu'il est plus grand maintenant qu'il n'eût été dans l'état d'innocence, supposé qu'il ne fût point venu dans le monde , ou qu'il n'eût point enduré la mort ; du moins il est certain qu'il n'y eût pas eu tant de martyrs , ni tant de vertus héroïques , ni de saints si élevés en grâce et en gloire. Je suis venu, dit-il lui-même, afin qu'ils aient la vie, et qu'ils l'aient plus abondamment (1). Or, s'il est vrai que Dieu, pour gratifier et glorifier son Fils unique, a augmenté la grâce et la gloire des saints, n'est-il pas bien croyable qu'il en a aussi augmenté le nombre? 0 Père des miséricordes ! qui avez envoyé votre Fils pour ramasser vos ouailles égarées et dispersées dans toutes les parties du monde, retirez-moi de mes égarements pour l'amour de lui ; faites-moi rentrer dans le bercail de cet aimable pasteur, afin que je le glorifie dans tous les siècles des siècles.

est ut peccaret, ilà in eisdem tota vicisset, si non peccàssent. S. Anselm. in Elucidario , lib. 1. cur Deus homo , c, 18.

(1) Ego vcni, ut vitam habeant, et abundanliùs haheact. Mattà. 5. 37.

pour le mardi de la quatrième semaine après l'épiphanie.

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