‹ L'homme dans la nature (volume 2)Chapitre 167 sur 176 · SINGES · texte numérisé non relu

SINGES

(le préhension. Pour nous THomme seul a deux mains véritables, comme seul parmi les Primates il a deux pieds faits pour supporter debout le poids entier du corps. Si Ton est parvenu à soutenir que TAnthropoîde est en progrès pour la station verticale, c'est que Ton a confondu chez lui les caraclères en rapport avec Tadaplation du bras el de Tavantbras à la fonction de préhension et les caractères en rapport avec Taltitude verticale. Supprimez les premiers et ce qui a trait au redressement du tronc dans la vie arboricole, redressement qui n'implique nullement la verticalité des membres inférieurs, il ne reste plus rien de sérieux au crédit des Anthropoïdes.

Les autres caractères distinctifs de THomme et des Anthropoïdes sont secondaires et aboutissent du reste aux mêmes conclusions. Il en résulte que les deux groupes doivent être séparés dans la classification, et que les Anthropoïdes restent des Singes.

Pour employer la formule de Daily, nous dirons, mais en sens inverse, que les Anthropoïdes diffèrent des Singes infiniment moins qu'ils ne diffèrent des Hommes. Nous ne spécifions môme pas de quels Singes, Pithéciensou Gébiens, car ce sont tantôt les uns, tantôt les autres, qui s'éloignent le plus de THomme. Par la forme générale du crâne, par une certaine adaptation à l'attitude droite de la tête, par le développement des hémisphères au-dessus du cervelet et par d'autres caractères encore, certains Gébiens sont plus avancés à la fois que les Pithéciens et les Anthropoïdes. Bref, en admettant que l'intervalle entre les Gébiens (Arctopithèques exceptés) et les Pithéciens soit de 1, celui entre les Pithéciens et les Anthropoïdes sera de 1, et celui entre les Anthropoïdes seuls ou les Gébiens, Pithéciens et Anthropoïdes réunis, d'un côté, et l'Homme, de l'autre, sera de 3.

Lémuriens. — Nous Ics avons réscrvés jusqu'ici. Doiventils ou non être maintenus parmi les Primates? Si l'on considère leur squelette, les proportions générales de leurs membres, la gracilité de leurs os, leurs extrémités pentadactyles à premier doigt ou premier orteil écarté, leurs ongles à tous les doigts et orteils, leur crâne un peu aplati de haut en bas comme celui de certains Singes, sa courbe en arrière, sa face postérieure déjà oblique en bas et en avant autant que chez les Hurleurs, — évidemment ce sont des Singes. Si l'on s'attache à leur type cérébral très élémen-

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laire, mais bien accusé, à. leurs lobes frontal, temporal et occipital, ce dernier avec sa scissure calcarine, à leur grand lobe limbique qui est celui des Singes, à leurs quelques sillons indiquant déjà les circonvolutions à venir, — évidemment encore ce sont des Singes. Mais, à côlé de cela, il y a des contradictions: les orbites regardant de face mais

Fio. 100. — Jeune GoriUe mfllc.

écartées et ouvertes en arrière, l'absence d'os planum, lu mandibule en deux moitiés, l'apophyse postérieure interne de cette mandibule semblable à celle des Marsupiaux, leur museau effilé comme celui du Renard, leur placenta non disposé en disque, leur utérus bicorne, quelquefois leurs mamelles inguinales supplémentaires. Par là ce sont des quadrupèdes ordinaires.

IjBS Lémuriens, du reste, comprennent trois groupes de différentes valeurs : 1" les Galéopithèques, qui tiennent des Chauves-souris et des Insectivores et auxquels manquent

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certains caractères nécessaires ; 2*^ les Cheiromys, qui tiennent des Rongeurs et auxquels manquent aussi certains caractères, moins cependant; 3** les Lémuriens proprement dits ou Makis, dont Cuvier a parfaitement compris les relations lorsqu'il les a rangés parmi les quadrumanes en les qualiGant de faux singes. Qu'on rejette les deux premiers, soit! mais il faut conserver les Makis. Ce sont assurément des animaux de transition comme on en trouve dans tous les ordres et familles, mais ils sont assez caractérisés pour qu*on les laisse avec les animaux dont ils se rapprochent le plus et dont ils donnent la clef. Les ordres ne peuvent pas contenir seulement les types complets et confirmés.

L'objection principale est leur placenta. Mais, d'une part, ce caractère, ainsi que le dit M. Yogt, n'a pas la valeur absolue qu'on lui attribue : et d'autre part, en admettant qu'il existe chez tous les Lémuriens, ce qui n'est pas établi, il n'a pas une portée aussi grande que les caractères tirés du cerveau, lesquels séparent le plus complètement l'Homme des Anthropoïdes. Si on laisse THomme avec les Primates, il faut y laisser de même les Lémuriens : l'un en est le couronnement, l'autre en est le début.

Le chiffre 3 séparerait les Lémuriens du groupe des Singes, comme il sépare l'Homme de ce môme groupe.

ArctopithéqueM. — Parmi Ics Singcs du Nouveau Monde, il est un autre groupe à considérer, celui des Arctopithèqucs ou Ouistitis. Ils ont le cerveau lisse; mais avec la petitesse de leur corps et la grosseur de leur cerveau lui-même, cela n'a rien d'étonnant ; leur lobe frontal n'en est pas moins accusé. Ils ont des griffes à tous les doigts sauf un, le pouce postérieur, qui seul a un ongle et est opposable, dans le sens couramment donné à ce mot. Leurs dents de lait sont celles des Cébiens; leurs dents permanentes ont des ressemblances avec celles des Insectivores (Vogt) et ont une grosse molaire de moins. Le Saimiri et le Nyctipithèque leur donnent la main parmi les Cébiens. La forme générale de leur crâne, les proportions générales des membres, leurs orbites, leurs extrémités, leur queue longue, leur genre de vie, en l'ont des Singes. Il faut donc les mettre à part, mais à côté des Cébiens.

Nous aboutissons ainsi à la classification suivante, qui résume les chapitres précédents. C'est celle de Cuvier, moins

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