TYPES PRIMITIFS DE L^HOMME ACTUEL
réduisant dans le présent, comme à Torigine, à trois types : l'Européo-Sémite, TAsiatico-Américain et le Nègre, sinon à deux : le Blanc qui s'est différencié en faces plates et faces anguleuses, et le Nègre. Plus loin la réduction devient hasardeuse. Cependant, en se perdant dans la profondeur des temps, on peut concevoir le Nègre, né le premier, donnant naissance successivement à TAustraloïde aux cheveux frisés, à Tune des formes du Brun aux cheveux droils ou ondes et finalement à TEuropéen blond.
Dès lors, le système monogéniste ou de Tunité de type et d'origine, et le système polygéniste ou de pluralité de type et d'origine, peuvent être également soutenus.
Mais, nous dira-t-on, les crânes et ossements préhistoriques doivent aider à cette tâche. Bien peu ! A une seule exception, le Neanderthal, qui a un type propre, avec des caractères d'infériorité, toutes les pièces, en si petit nombre, que nous livrent les préhistoriens, plus amateurs d'objets que de crânes, sont sensiblement la reproduction des types actuels. En Europe, en Amérique, ils se rapportent plus ou moins aux types d'aujourd'hui. Du Nègre ancien, en Afrique et en Océanie, la terre promise pour l'anthropologie primitive, nous n'avons rien. L'Homme le plus ancien, connu par ses os, est celui de Spy, qui date de l'époque Moustérienne ou du mammouth. Cependant les instruments en silex prouvent qu'il existait auparavant dans les deux hémisphères. A mesure que les grands glaciers quaternaires de l'Europe et de l'Amérique reculaient, on le voit remonter vers le nord. L'Europe auparavant n'était qu'un étroit promontoire que l'Homme dut longer en venant d'Asie. C'est là tout ce que nous savons de nos ancêtres éloignés. Au delà aucune trace certaine, aucun silex. Ceux de Thenav sont du domaine du roman. Pour hasarder quelques conjectures sur l'Homme ou son précurseur miocène, — l'un ou l'autre certain quoique les preuves directes en fassent défaut, — il faut en revenir aux probabilités générales données par l'histoire naturelle.
Nous l'avons vu, elle prouve de la façon la plus indiscutable] que l'Homme est issu d'un Primate; elle est opposée à l'idée que nous descendons d'un Anthropoïde ayant de l'analogie avec ceux d'aujourd'hui, quoique l'un d'eux, le Chimpanzé, présente moins d'objections peut-être que les autres. Elle a des arguments très favorables à l'idée que notre souche vient d'un Singe miocène ; elle n'est pas con-
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traire à celle d'une descendance directe des Lémuriens, issus eux-mêmes des Marsupiaux. Mais nulle part elle ne laisse entrevoir si THomme est venu d'une seule ou de deux souches, à une môme époque ou à deux époques éloignées. La question même de l'origine une ou multiple des Singes n'est pas résolue. Suivant MM. Vogt et Schmidt, les Singes du Nouveau Monde n'auraient pas la môme provenance que ceux de l'ancien monde: ce qui appuierait la thèse donnant à l'Homme deux berceaux, un commun à l'Asie et à l'Amérique pour le Blanc et le Jaune, l'autrodans quelque continent austral unissant l'Afrique à l'Océanie pour le Nègre.
Quel que soit le moment de cette origine, une ou double, deux périodes sont à distinguer : Tune avant l'acquisition du langage, qui concerne le précurseur de l'Homme; l'autre après, pendant laquelle s'est constitué l'Homme proprement dit.
A partir de cette acquisition commence une vie nouvelle : l'Homme, plus à môme de s'associer avec ses semblables, de s'entendre avec eux, dut se répandre, devenir cosmopolite, aflfronter des climats de toutes sortes, rencontrer des nécessités d'existence variées, dès lors se dilTérencier. Cette dilTérenciation était d'autant plus aisée que son espèce était de formation plus réconte et moins fixée, et que les milieux agissent sûrement dans ces conditions, tandis que plus tard, aujourd'hui, ils n'agissent peut-être plus ou du moins que fort peu.
Dès lors le cerveau grandit davantage, le crâne se transforme tout à fait, le prognathisme diminue, l'angle facial s'ouvre.
Mais en même temps intervient un nouveau facteur. Jusquelà, la lutte pour l'existence s'opérait par la force physique, à présent elle s'opère par l'intelligence, les mieux doués par le cerveau remportent la victoire. S'il est douteux, en effet, que la sélection naturelle de Darwin puisse, dans les conditions actuelles du globe, engendrer des espèces nouvelles séparées par des barrières physiologiques, il est certain qu'elle est très efficace pour perfectionner les types au sein de l'espèce et qu'elle y constitue l'un des agents les plus puissants du progrès. A des types médiocres ont ainsi succédé des types de plus en plus favorisés, soit par la conformité générale des formes au but à remplir, soit par
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le développement du cerveau en rapport avec les besoins croissants de THomme et des variélés de vie qu'il s'est faites. L'adaptation, — cette merveilleuse force de la nature qui régit le monde organique comme l'attraction universelle régit le monde inorganique, — a rempli son rôle vis-à-vis de lui, comme de tous les animaux, chacun en vue de sa vie propre. Chez THomme, cette vie propre, c'est la vie intellectuelle, celle qui, d'étape en étape, s'est glorieusement incarnée dans les Raphaël, les Newton, les Edison, les Eiffel.
Pour nous résumer sur l'Homme, les Anthropoïdes et les Singes, nous prendrons la comparaison de l'ordre des Primates à un arbre. Les Lémuriens en sont les racines donnant naissance à une ou plusieurs souches. L'une de celles-ci est la souche des Singes, dont l'une des branches émet un rameau plus élevé, celui des Anlhropoïdes. Une autre, dont le point d'origine ou de contact avec la précédente nous échappe, donne le rameau humain actuel, qui s'élève parallèlement à celui des Anthropoïdes, sans relation avec lui, et le dépasse.
L'Homme a-t-il atteint son point culminant? Est-il à bout d'évolution ou peu s'en faut? Aura-t-ii le sort de ces espèces paléontologiques qui, parvenues au maximum dans leur voie, s'immobilisent et périssent? Ou bien continuera-t-il à progresser ? Ses sens acquerront ils plus de finesse, sa main plus d'habileté? Son cerveau gagnera-t-il, soit en volume, soit en circonvolutions, soit en nombre de cellules, soit en qualité de ces cellules?
Pour notre part, nous doutons que le volume du cerveau gagne notablement, pour des raisons d'équilibre de la tête et d'harmonie de ses parties. Ses lobes antérieurs peuvent grossir cependant, jusqu'à ce que l'axe de gravité passe au milieu môme de la base du crâne ou un peu en avant. Il est certain que la dolicocéphalie sera remplacée par une brachycéphalie universelle. Ce qui se perfectionnera sûrement, ce sont les qualités mêmes des cellules. De ce côté on n'entrevoit pas de limites, et, par elles, l'Homme peut espérer atteindre l'idéal bouddhique.
Lorsque l'Homme se sera ainsi élevé par la moyenne de ses facultés intellectuelles, ses derniers types inférieurs auront disparu, les animaux les plus voisins de lui au-