MÉTHODES EN GÉNÉRAL
gique, c'est-à-dire n'existant que dans les seuls types de rhumanité.
Voici quelques applications de ces expressions. L'angle facial est un bon caractère zoologique, parce qu'il distingue parfaitement l'Homme des animaux et un grand nombre de ceuxci entre eux, et un mauvais caractère anthropologique, parce qu'il distingue mal les races entre elles; il est très sériaire dans l'échelle zoologique et l'est à peine chez les races humaines. L'indice nasal pris sur le vivant donne un caractère de premier ordre, anthropologique et sériaire chez l'Homme, mais il n'est pas zoologique. Le prognathisme fournit à ses différents degrés un caractère à la fois zoologique et anthropologique, et sériaire chez l'Homme comme chez les animaux; ses degrés faibles chez l'Homme sont des caractères de supériorité et ses degrés forts des caractères d'infériorité appelés encore simiens.
Au point de vue de leur origine, il y a des caractères héréditaires d'espèce, de race, de famille et de caractères accidentels chez l'individu, les uns remontant à la naissance ou congénitaux, les autres apparus dans le courant de la vie ou acquis. Le^ caraciëves tératologiques, comme l'albinisme, sont une variété de caractères congénitaux. Les caractères variant suivant l'âge et le sexe, il en résulte quelques dénominations encore, telles que celles de fœtaux, enfantins, sexuels, séniles.
Au point de vue de leurs relations mutuelles il y a des caractères dominateurs, subordonnés, corrélatifs, par balancementou compensation, harmoniques, indépendants ou encore primaires, secondaires, etc.
EnGn, au point de vue des procédés d'étude, il y a des caractères qu'on constate par la vue ou descriptifs et des caractères qu'on mesure ou anthropométnqueSy les uns et les autres sur le cadavre, le squelette ou le vivant.
Méthodes. — Toutc étude Complète d'un caractère comprend les phases suivantes : P leur récolte et leur enregistrement; 2° la détermination de leurs types secondaires et des variations de ceux-ci ; 3° l'échelonnement de ces types dans les collectivités ethniques et dans les groupes zoologiques en une série graduée, lorsqu'ils y aboutissent; 4'* l'appréciation générale de la valeur du caractère en prévision des problèmes ultérieurs dans lesquels il interviendra.
La récolte et l'enregistrement est le point de départ de
tout. Il est indispensable dose remettre en mémoire les f'ails, le jour où Ton est en mesure d'en commencer la récapitulation et de les étudier comparativement. L'esprit n'envisage pas en tout temps les choses de même ; tous les travailleurs savent que lorsqu'on a relevé un caractère avec soin pendant des mois ou des années sur des sujets ou des crânes, les vues changent parfois sans qu'on s'en aperçoive. Combien de fois Broca et nous-même, n'avons-nous pas recommencé de longues recherches parce que, insensiblement, notre compréhension des faits avait changé et que par conséquent le commencement et la fin manquaient d'unité.
Les méthodes employées dans la récolte et la transcription des caractères, qui ont une influence décisive sur toutes les opérations ultérieures, sont réductibles à deux : l'une où l'on procède par la vue et aboutit à des types au juge, l'autre où l'on mesure et aboutit à des moyennes. La première est la méthode descriptive, la seconde est la méthode anthropométrique. Toutes deux ont leur défaut, toutes deux leur valeur. Mais autant la seconde est facile et pour ce motif en faveur, autant la première est difficile et par cela même négligée. Nous insisterons séparément sur les deux en commençant par la méthode descriptive.
La méthode deseriptiYe est naturellement la plus ancienne. En voici quelques échantillons empruntés à la fin du siècle dernier, à Blumenbach. Le premier porte sur un caractère, le second sur un type de visage, le troisième sur un crâne, les trois genres d'application qu'elle comporte.
« La couleur de la peau, la plus répandue chez les nations mongoles, est le jaune ou la teinte olive, une sorte de couleur intermédiaire à celle îdu grain de blé, des oranges cuites, ou du zeste desséché de citron. »
« Le visage caucasique se résume ainsi : face ovale, droite, les traits modérément marqués; front arrondi, nez étroit, légèrement recourbé, en tout cas assez haut ; os des pommettes non proéminentes; bouche petite; lèvres particulièrement l'inférieure, agréablement accentuées; menton plein, rond. »
« Crâne kalmouck : face aplatie, vertex déprimé, ses os saillants de chaque côté. Os du nez très petits, inclinés presque verticalement. Arcades sourcilières à peine marquées; racine du nez si peu déprimée que la ligne du front se continue avec la ligne du nez sur la glabelle aplatie en
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présentant une courbe à peine sensible. Ouverture des narines très petite. Fosse malaire très plate. »
Ces exemples, qui cependant sont des modèles de précision scientiQque, montrent de suite le défaut de la méthode.
Cette description de la couleur jaune est certainement un cas particulier qui a frappé l'auteur et est resté dans sa mémoire, et non une résultante. Pour convaincre, il faudrait qu'il y eût à côté l'indication des variations typiques principales, sinon des écarts particuliers extrêmes. Mais comment exprimer ces nuances graduées en deux sens? Les ressources du langage seraient vite épuisées. La description du visage caucasique est une approximation très réservée comme l'attestent les adverbes modérément, légèrement^ agréablement^ assez. Les adjectifs étroit, petit, rond, ont un sens élastique. Les traits, dit Blumenbach, sont modérément marqués dans la race caucasique. Par rapport à quel terme de comparaison? Les peuples jaunes prétendent que nous avons au contraire des traits anguleux, heurtés, saillants, qu'ils comparent dans les annales de Han à « une figure de cheval ». Des remarques analogues s'adressent au crâne kalmouck qui cependant a été merveilleusement choisi pour représenter le type jaune dominant, et dans lequel certains des traits sont très heureusement décrits.
Au début de la science, lorsqu'on n'en était encore qu'aux aperçus généraux sur les caractères et les formes s'opposant le plus, la méthode descriptive pouvait suffire. Mais aujourd'hui que l'on va au fond des choses, que l'on veut être convaincu et pouvoir tout contrôler par soi-même, et que de tous côtés surgissent des milliers de descriptions particulières qu'il s'agit de rapprocher, de distinguer par catégorie et de classer, les approximations ne satisfont plus. Elles sont trop subordonnées à la personnalité de leur auteur, à son expérience, à sa mémoire, à ses dispositions d'esprit au moment de l'observation, à son coup d'œil et au choix heureux de ses expressions. Le même crâne, le même sujet, le même caractère, la couleur des yeux par exemple, peuvent être vus, compris et décrits autrement par le même observateur à des époques éloignées ou par plusieurs observateurs. Les ditférences sur lesquelles reposent le type humain ne sont le plus souvent que des questions de degré ou de proportion.
Pour que la méthode par la vue et la description donne ce qu'on est en droit d'en attendre, il faut donc qu'elle soit
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réglementée, que chacun se soumette à ses règles et qu'il soit bien compris que Ton ne peut être anthropologiste, ou rendre des services à Tanthropologie, d'emblée, sans préparation. Peut-être y a-t-il des exceptions. Le médecin ou le naturaliste ayant acquis par Tanalomie ou la morphologie l'habitude de voir et la précision de langage qu'elle donne, est apte promptement; il sait qu'en présence d'un objet, d'un crâne, d'un sujet vivant, il doit prendre telle surface d'une certaine façon et en décrire successivement et minutieusement chaque détail, puis telle autre et, lorsque chaque description est terminée, la résumer d'un trait qui sera le jugement qu'un autre eût porté d'emblée et dont le lecteur pourra contrôler l'exactitude en reprenant les détails.
11 en est de même de quelques personnes privilégiées qui, sans avoir fait de sciences naturelles, ont le don soit de l'observation analytique, soit de l'observation synthétique ou des deux à la fois. Mais, quand même, les uns et les autres doivent s'être préparés par la lecture d'ouvrages et la méditation d'Instructions anthropologiques, sinon par un séjour dans un laboratoire spécial. 11 n'est pas admissible qu'un voyageur, désireux de faire des observations sur les habitants des pays où il se rend, en agisse autrement.
La réglementation de la méthode d'observation par les yeux porte: 1" sur les conditions de lumière, de distance et de position réciproque dans lesquelles doivent être placés le sujet ou le crâne et l'observateur ; 2° sur les termes exacts à employer dans chaque cas ; 3" sur l'emploi de schémas numérotés répondant aux différents typesde caractères; 4«sur la reproduction des caractères ou des sujets en entier par divers procédés graphiques.
C'est au premier ordre d'idées que se rattache la célèbre méthode craniologique de Blumenbach, dite de la norma verticalis. Elle consiste à placer en ligne sur le plancher, et reposant sur leur base, une dizaine de crânes, plus ou moins, et à les considérer d'en haut, Tœil placé verticalement au-dessus du bregma. D'autres ont ajouté à celte méthode la vue latérale ou de proiil du crâne, sa vue de face, sa vue d'en bas et celle d'arrière, en tenant le crâne à bout de bras et regardant successivement chacune de ses faces. Pour opérer plus correctement il faudrait que, par un système de craniophore, d'oculaire et de transposition mathématique du crâne, les faces examinées soient rigoureusement perpendiculaires l'une