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DES CIRCONVOLUTIONS EN GÉNÉRAL

conséquence c’esl qu’indirectement la taille exerce une influence sur le plissement. Les petits animaux ont généralement le cerveau lisse, les grands le cerveau plissé. Il en résulte parfois, dans les ordres ou familles, des exceptions qui paraissent fort étranges. Ainsi les Rongeurs ont habituellement le cerveau lisse, le plus grand d’entre eux, le Cabiai, l’a plissé. Les Ruminants ont le cerveau plissé, le

Fig. 44. — Coupe transversale du lobe antérieur du cerveau de l’Homme, montrant les circonvolutions, l’épaisseur de leur couche de substance grise et là substance blanche centrale.

plus petit d’entre eux, le Chevrotain de Java, l’a lisse. Les Primates ont le cerveau très plissé, un seul, le Ouistiti l’a lisse. On comprend très bien ce fait si l’on remarque, avec Owen, que le volume du cerveau chez le Ouistiti est relativement à celui du corps comme l est à 20, tandis que chez le Gorille, d’après le même auteur, il serait comme 1 est à 200.

Yoici donc deux causes déjà de différences dans la production des plissements : la grosseur relaLive du cerveau et la taille de l’animal, deux termes qui ne se lient pas forcément. Les autres causes de différences sont inhérentes, soit au crâne, soit au cerveau lui-même. Le crâne n’ayant pas

la même configuration ni les mêmes sutures, ne résiste ni de même, ni sur les mêmes points. D’une manière générale c’est par la voûte qu’il résiste le plus, en exerçant par conséquent une pression verticale, suivant M. Turner. De là les deux genres de plis primitifs : les longitudinaux répondant à l’accroissement transversal de la surface cérébrale, les transversaux répondant à son accroissement en longueur. Plus tard, le développement de celte surface se continuant, de nouveaux plis dans le mêmes sens s’ajoutent et, l’espace se resserrant, tous ces plis primitifs et secondaires se pressent, se contournent, fuient et engendrent des dispositions diverses qui sont les types des circonvolutions les uns très généraux, propres à des ordres, les autres particuliers, propres à des familles, ou à tel ou tel animal spécialement.

Les résistances intrinsèques du cerveau lui-même ne sont pas moins importantes. Sur le bord convexe de l’hémisphère, les plis se forment plus naturellement et conservent plus volontiers leur direction. A sa base, au contraire, il y a un obstacle : la place est plus étroite. Le grand lobe limbique des Mammifères osmatiques étant un organe d’infériorité n’a pas de tendance à croître ; il forme une sorte de barre rigide dont les deux extrémités retiennent les parties antérieure et postérieure par les deux plis constants que Broca appelle le pli prélimbique ou fronlo-limbique et le pli rélrolimbique ou pariéto-limbique. Tandis que la voûte est à l’aise, le hile intermédiaire à ces deux points d’attache résiste. Les plis de la face interne s’incurvent donc autour du corps calleux, ceux de la face externe autour du centre de la base, là où apparaît en général la première inflexion, la scissure de Sylvius. Ainsi s’établit à la face externe, dont nous nous occupons de préférence, tout un système d’arcs formés secondairement aux dépens des circonvolutions longitudinales les plus inférieures.

Les sillons transverses, d’autre part, retenus par en bas, plus mobiles par en haut, sont à leur extrémité supérieure entraînés dans le sens où le développement de la surface rencontre le moins de résistance. C’est le cas de la scissure de Itolando qui, d’oblique de bas en haut et d’arrière en avant, devient oblique d’avant en arrière le jour où le lobe qui est en avant de lui, rudimentaire dans la généralité des Mammifères, se met à croître pour engendrer le type des Primates.

Mais où les différences deviennent nombreuses, c’est dans les développements ultérieurs. Dans tout type reconnu, c’est-

LISSENCÉPIIALES.

à-dire présentant un ensemble de plis fondamentaux constants, il s’ajoute des variations de détail qui rendent très dilflciles parfois la constatation du type lui-même : cest la qu il faut, à l’anatomiste, beaucoup d’expérience et de coup d œil.

Les circonvolutions chez l’adulte sont la conséquence non seulement du type légué par l’hérédité accumulée, mais aussi des acquisitions propres de l’individu.

En outre du développement général propre à chaque animal et correspondant à ses mœurs, à son genre de vie, à ses besoins, il y a des développements individuels,

Fig. 45. — Encéphale lisse de l'Opossum, Marsupial (Owen).

Fig. 46. — Encéphale lisse Fig. 47. — Encéphale de l’Écureuil Rongeur lisse du Rat sur- (Leuret). mulot, Rongeur

(Leuret).

commençant à la naissance : c’est grâce à ceux-ci qu’à l’âge adulte un cerveau est riche ou pauvre en circonvolutions. Chez l’Homme, nous ne dirons pas l’intelligence, — c’est là une idée subjective que ne connaît pas la nature, — mais l’activité de la substance corticale quelle qu’en soit le produit (un homme de génie, un criminel ou un aliéné) amène des différences individuelles secondaires véritablement étonnantes. Du cerveau de Gambetta par exemple à celui de certains Australiens il y a plus de différence quantitative de circonvolutions qu’entre certains ordres de Mammifères, quoique le type fondamental subsiste tout de même.

Les plissements cérébraux sont donc la résultante d’un grand nombre de conditions différant d’un animal à un autre, souvent même contradictoires; elles expliquent les

190 LE cerveau dans la série animale.

exceptions et les singularités que l’on rencontre çà et là et qui semblent contrarier les idées générales.

31. Owen a paitagé les 31ammifères en Lissencéphciles ou à cerveau lisse et Gyrencéphales ou à cerveau plissé. Il est évident que cette distinction est purement anatomique. Il y a tous les intermédiaires entre les deux, et l’on est parfois fort embarrassé pour choisir la dénomination. Les petits animaux sont le plus ordinairement lissencéphales comme l’a soutenu 31. Daresle, et les grands animaux gyrencéphales. On admet généralement, depuis Gratiolet, que, toutes choses égales, les animaux les plus intelligents après l’Homme ont

Fig. 48. — Hémisphère gyrencéphale de l’Éléphant.

le plus de circonvolutions; or cette intelligence est bien capricieusement répartie. Ce qui est plus certain, c’est que les animaux les derniers apparus dans le temps, — les extrémités des branches, dirait-on dans la doctrine de l’évolution, — sont les plus gyrencéphales : les opérations de plissement que nous avons décrites ne se font qu’à la longue, les différences ne se fixent que par une répétition incessante, c’est-à-dire par l’hérédité accumulée. Chez les premiers Primates les autres traits du type cérébral sont acquis déjà et ceux des circonvolutions sont à peine esquissés; leur gyrencéphalie caractéristique ne se confirme et n’atteint sa perfection que chez les derniers. Mais que de motifs pour que la progression s’interrompe ou même fasse fausse route !

La distinction de 31. Owen ne saurait donc fournir une base de classification. Les plissements compliqués sont si bien une résultante que l’Homme n’est pas du tout le plus gyrencéphale des animaux. Il est dépassé par l’Éléphant, et plus

GYRENCÉPHALES. 191

encore par les Cétacés, sans que nous ayons à nous en offenser. Dans ces deux groupes, le cerveau est petit relativement au corps et par compensation très plissé; chez l’Homme il est tout à la fois gros et plissé, la nature a mis en œuvre en sa faveur les deux moyens. Elle 1 a encore

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Fig. 49. — Hémisphères gyrencéphales de l’Homme.

favorisé de deux autres façons. Suivant Broca, il y a un rapport inverse dans le développement du grand lobe limbique et des circonvolutions ; or l’Eléphant a le premier, l’Homme ne l’a pas. Mais, dira-t-on, parmi les Cétacés, supérieurs à l’Homme par les circonvolutions, les uns n’ont pas plus de lobe limbique que l’Homme et les autres n’en ont pas du tout. Celte remarque nous amène au quatrième caractère de supériorité de l’Homme, à la qualité des circonvolutions, c’est-à-dire à la question des lobes des hémisphères.

Lobes cérébraux. — Il y a chez les Mammifères deux sortes

de lobes cérébraux, les uns naturels, les autres géographiques, déterminés par les circonvolutions.

Les premiers sont : 1° le grand lobe ambiguë des osmatiques dont il ne reste chez les Primates, comme lobe indépendant, que le lobe du corps calleux; 2° le lobe central ou de l'insula situé à l’extrémité de l’axe de l’hémisphère passant par le pédoncule cérébral et le corps strié. Les seconds sont : 1° le lobe 'pariétal constituant la plus grande partie de l’hémisphère des non-Primates et la moitié ou les deux tiers chez les Primates ; 2° le lobe frontal qui en est le complément de part et d’autre; 3° les divisions du lobe pariétal appelées lobe occipital et lobe temporal n’existant que chez les Primates.

Ce qui caractérise le lobe pariétal des Mammifères gyrencéphales placentaires, y compris l’Homme, c’est un système de circonvolutions concentriques, en arcs plus ou moins tendus, compliqués ou non secondairement, gravitant autour du tiers moyen de la base de l’hémisphère, généralement autour de la scissure de Sylvius. Entre ce système et le pôle postérieur de l’hémisphère il n’y a aucun sillon qui ne puisse lui être rattaché. En avant il est terminé par une circonvolution marginale verticale ou pariétale antérieure qui borde la scissure de Rolando.

Le lobe frontal est la partie située en avant de celte scissure de Rolando. Simplement indiqué chez la plupart des non- Primates, comme le Renard, il ne comprend qu’une petite surface qui constitue le pôle antérieur de l’hémisphère et est lisse, sauf un ou deux plis verticaux par exception comme chez le Cheval. Chez l’Homme, le seul qui le possède développé en épaisseur aussi bien qu’en surface, il est caractérisé à sa face externe par tout un système de circonvolutions antéro-postérieures et parallèles autres que celles du lobe pariétal ; à sa face interne, sa séparation du lobe pariétal se reconnaît de suite et s’opère suivant deux types décrits par Broca.

Les lobes occipital et temporal ne sont que des parties amplifiées du lobe pariétal des non-Primates. Le premier n’existe que chez les Primates et y est déterminé à son intérieur par un prolongement des ventricules latéraux appelé corne postérieure et par un reliel de la paroi appelé petit hippocampe, qui n’est qu’une circonvolution interne dont la contre-partie au dehors, à la face externe de 1 hémisphère, est la scissure calcarine. Le lobe Occipital est séparé du reste du grand lobe pariétal par les scissures perpendiculaires interne et externe, masquées chez les Primates

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