ORGANES RUDIMENTAIRES
ont, outre leurs branchies, un ou deux poumons rudimentaires et conduisent ainsi aux Batraciens. La seule contradiction avec la doctrine, c’est que l’ontogénie montre le cloisonnement des ventricules avant celui des oreillettes, tandis que la philogénie le montre lui succédant.
Organes rudimentaires. — Plus encore que les anomalies régressives, ils prouvent que l’Homme n’est pas isolé dans la création, qu’il n’est qu’une des manifestations morphologiques d’un ensemble d’appareils, d’organes et de tissus existant indépendamment de lui et que la nature utilise, tantôt d’une façon, tantôt d’une autre, pour remplir les indications que comporte tel ou tel genre d’animal. A tout instant, en effet, dans l’histoire anatomique des animaux, on observe de simples détails sans valeur, dormant pendant de nombreuses générations d’espèces et ne disparaissant pas parce qu’ils ne gênent aucune des fonctions voisines, qui se réveillent tout à coup pour être mis à profit, grandissent, s’individualisent, s’approprient une fonction nouvelle nécessaire et deviennent des organes de premier ordre. Tels sont les insignifiants culs-de-sac aériens des fosses nasales et du pharynx qui ont fini par engendrer les poumons ; tels sont aussi les premières traces d’hémisphères cérébraux que nous avons vues chez la larve des Cyclostomes. Inversement on rencontre des organes ou des dispositions d’organes qui tombent en désuétude, ne répondant plus aux besoins, diminuent, mais se maintiennent sans objet, par la seule force de l’habitude, c’est-à-dire de l’hérédité, d’autant plus puissante qu’elle s’est exercée plus longtemps au profit d’un caractère ou d'un organe quelconque. Ils donnent l’explication de ce fait, si curieux
— en dehors de foutes les conséquences qu’on en peut tirer,
— de la reproduction dans les premières phases du développement, avant que le sujet n’ait acquis son individualité typique, des caractères que ses ancêtres phylogéniques auraient possédés.
En effet, les étapes rudimentaires que traversent l’embryon et, sous une forme moins saisissante, le fœtus, sont le premieret peut-être leplus remarquable exemple desorganes rudimentaires.
Les exemples les plus fréquents chez l’Homme adulte s’observent ensuite dans le système musculaire. Le livre de M. Tesful en fourmille. Citons d’après lui : le muscle pyra-
ANOMALIES PROGRESSIVES
mitlal de l’abdomen, sans usage chez l’Homme, qui serait le reste d’un muscle ayant pour fonction d’entrouvrir la poche des Marsupiaux; — les muscles de l’oreille ; - le peaucier du cou, dont la partie faciale s est Lransfoimcc en muscles de la physionomie.
Parmi les organes rudimentaires se rangent encore les organes suivanls:
1° L’appendice vermiculaire du cæcum, qui a 8 ou 9 millimètres de diamètre sur 10 à 12 centimètres de longueur; il est absolument sans usage et peut cependant donner lieu à des accidents mortels; il est très développé chez les Mammifères herbivores inférieurs, et atteint d’après Owen, trois fois la longueur du corps chez l’un des Marsupiaux, le Phascolarctos.
2° La membrane clignotante : placée verticalement à l’angle interne de l’œil, elle conslilue la troisième paupière des Oiseaux, de quelques Reptiles et Batraciens et de quelques Poissons, comme le Requin; elle est encore assez développée chez les Monotrèmes et Marsupiaux et disparaît chez les Primates, où son vestige devient le repli semilunaire.
3° Le coccyx: non seulement cet organe est superflu pour l’Homme, mais il peut être le point de départ d’accidents graves, se propageant à la moelle, etc.
Anomalies progressives. - — - Pour terminer nous dirons un mot de ce genre d’anomalies en prenant comme exemple les dents.
Le nombre des dents, avons-nous dit, diminue lorsqu’elles se spécialisent en trois sortes chez les Mammifères ; il est grand encore chez eux au début. Chez les Singes Cébicns, dont la formule est fixe dans tous les groupes, une incisive et une petite molaire ont disparu de chaque côté, à chaque mâchoire. Chez les Pithéciens, les Anthropoïdes et l’Homme, une autre petite molaire manque. Dans les cas d’anomalies régressives du nombre des dénis chez l’Homme, ce sont ces dernières, incisive et petite molaire, qui se montrent de préférence. Mais, parfois, une grosse molaire, la troisième ou dent de sagesse, ou une incisive, l’externe, fait défaut. On en conclut que c’est la tendance â une réduction nouvelle du nombre de dents, dans le sens qui s’était manifesté jusque là, c’est-àdire une anomalie progressive.
ANOMALIES PROGRESSIVES
Il y a, du rcsle, des raisons physiologiques qui appuient cette façon de voir. Los mâchoires sont d’autant plus courtes et les dents par conséquent d’autant plus serrées qu’on s’élève dans la série des races humaines. Les dents sont trop serrées chez l’Européen, ce qui les expose à la carie, à en juger en particulier par les crânes Basques. Les dents sont plus belles dans les races prognathes, comme les Néo-Calédoniens, parce qu’elles sont plus à l’aise. 11 y a donc avantage pour l’organisme à ce que certaines dénis disparaissent pour faire de la place aux autres. Quant aux dents les plus prédisposées, c’est une question de fait. M. Mantegazza et Darwin mettent en première ligne, comme condamnée, la dent de sagesse. Cette réduction ne saurait du reste aller bien loin ; car d’une part les trois sortes de dents, en nombre suffisant, sont nécessaires pour les trois sortes d’opérations qu’exige une bonne mastication ; de l’autre la mâchoire est déjà presque orthognathe et ne saurait diminuer encore. La formule de l’Homme de l’avenir serait en somme l’une des deux suivantes, d’après M. Cope :