CARACTÈRES DESCRIPTIFS. — EXEMPLE : LES CHEVEUX
Les cheveux sont des poils longs ayant atteint leur entier développement et dont le type se rencontre à la tête ; de même que les poils follets ou duvet sont des poils rudimentaires tins, souples, courts, perçant à peine l’épiderme et dont le type s’observe partout le corps, excepté à la paume des mains et à la plante des pieds. Entre les deux existent tous les intermédiaires : au bas et sur les côtés du visage, aux aisselles et aux organes génitaux ce sont plutôt des cheveux; à la face dorsale du tronc et des membres ils se rapprochent davantage des poils follets. Les poils follets passent du reste aisément à l’état de cheveux, suivant les individus, ou par le progrès de l’âge. La réciproque est rare. Les auteurs noient une autre sorte de poils : courts, raides et gros, ils s’observent aux sourcils, aux cils et à l’entrée de l’oreille et des narines. L’ensemble des poils constitue le système pileux.
Les cheveux et poils diffèrent à l’œil nu, par leur disposition, leur couleur, leur quantité, leur longueur, leur grosseur et leur enroulement en spirale.
Les poils s’insèrent toujours obliquement dans la peau, généralement par séries doubles divergentes ou convergeant vers des centres en croix ou en tourbillons. Les plus remarquables de ces derniers se trouvent au sommet de la tête, à l’obelion, au sommet du coccyx, à l’angle interne de l’œil, aux aisselles, aux coudes. Cette distribution ne fournit aucun caractère à la distinction des types humains et que des caractères douteux à la séparation de l’Homme et de l’animal.
Leur couleur varie du noir absolu — avec reflets bleuâtres comme la plume de corbeau, ou brunâtre comme la suie au blanc d’argent, qui ne se rencon tre que chez les vieillards, ou au blanc feuille morte qui s’observe chez les albinos. Entre ces extrêmes les chevelures peuvent être disposées
LES CHEVEUX
on une longue série dans laquelle on ne peut distinguer deux échantillons voisins, mais que l’on sépare aisément en types divers en prenant des échantillons écartés. A la rigueur on pourrait décomposer cette série en deux, l’une rougeâtre, l’autre jaunâtre, se distinguant dans les tons clairs, ne se distinguant que très difficilement dans les tons foncés. Les types fondamentaux sont le noir, le brun, le châtain, le blond et le roux. Cela nous paraît suffisant pour les besoins de l’anthropologie; cependant le D1' Arbo, qui a dressé la statistique de la couleur en Norwège, d’après notre méthode, nous écrit que, dans son pays, il est nécessaire de distinguer^ parmi les blonds, le fauve, le filasse, le paille, le cendré, etc.
Les races noires, jaunes et rouges, formant la majorité de la population du globe, ont les cheveux foncés, c’està-dire noirs ou bruns. Les races blanches seules se prêtent à une division d’après ce caractère; ce sont: les Anglo- Germano-Scandinaves blonds, les Méditerranéens, Berbers et Sémites bruns et les Cello Slaves châtains foncés. Les cheveux roux dont l’histoire n’est pas encore faite, sont peut-être le caractère typique de l’un des deux éléments constituants de la population finnoise.
De fait on rencontre partout en Europe des blonds, des bruns et des châtains, et il n’y est question réellement que de proportions plus ou moins prédominantes des uns ou des autres, revêtant géographiquement l’aspect d’une mosaïque bigarrée dont les tons brunissent graduellement en se portant vers le midi. Ce mélange en proportions diverses et cette disposition en mosaïque sont du reste la règle pour tous les caractères, comme pour tous les types de races. Je reviendrai sur la valeurde la couleur des cheveux.
La quantité des cheveux varie à la tête, comme celle des poils follets passant ou non à l’état de cheveux sur le corps. On les a comptés par centimètre ou pouce carré sur diverses régions, mais c’est par la vue que cette quantité s’apprécie habituellement. La nomenclature de ce caractère ne porte que sur les mots plus, moins, pas ou beaucoup; c’est l’enfance de l’art. Aussi y a-t-il peu de conclusions à en tirer. Les Aïnos sont célèbres par leur pilosité sur le corps comme à la tête; les Australiens viennent après; les Todas ensuite, ainsi qu’un certain élément ethnique ancien, aujourd’hui rare, dont on retrouve des traces en Russie et (pii pourrait bien avoir été Congénère des Aïnos. En Europe occidentale
CARACTÈRES DESCRIPTIFS
on entrevoit aussi un élément de race ancien qui a dû être très pileux et qui, aujourd’hui fondu dans la masse de la population, ne se soupçonne que par les variations individuelles. Les Américains ont un jour dressé une statistique sur 2129 Nègres : les plus ou moins pileux se répartissaient de façon qu’il n’y avait aucune déduction à en tirer. Quant à la rareté elle fournit un bon caractère, dans deux cas au moins. Tout ce que l’on désigne sous le nom de races jaunes, dans lesquelles on englobe les Américains, ne sont pas glabres sur le corps, comme on le dit, mais n’y ont qu’un duvet peu apparent et manquent de barbe. Dans un groupe particulier de Nègres, à chevelures dites en grains de poivre, les cheveux sont très clairsemés.
La longueur des poils semble, à la tête, être d’une manière générale en raison inverse de ce qu’elle est sur le corps. La femme européenne, qui a peu de poils passant à l’état de cheveux sur le corps, a les cheveux de la tôle plus longs que l’homme. Les races jaunes, entre autres les Peaux-Bouges, qui ont le corps presque glabre, ont les cheveux très longs. Les Nègres ont les cheveux relativement courts et peuvent se partager en trois catégories sous ce rapport : ceux d’Océanie, les Négritos mis à part, les Nègres d’Afrique en général et les Nègres Boshimans ; ils sont relativement longs chez les premiers et très courts chez les seconds. Il est vrai que l’on ne tient pas compte dans ces estimations de l’habitude de se couper les cheveux plus ou moins souvent.
La grosseur se mesure au microscope, mais le nombre des observations n’est pas suffisant. Toutefois il est certain que les races jaunes ont les cheveux gros et les races blondes les cheveux plutôt fins. Celle grosseur dans les premiers cas confirme la règle d’un développement inverse en général au corps et à la tête. Parmi les Nègres, les chevelures en grains de poivre, surtout des Boshimans, sont remarquables par la finesse du cheveu. A en juger par certaines descriptions de Stanley, les Négritos de l’Aruwimi seraient dans le même cas.
L’enroulement en spirale du cheveu fournit les meilleurs caractères à la distinction des types de races. Disons de suite qu’on en admet quatre degrés auxquels répondent les termes de droit , d ’ondé ou ondulé, de frisé et de crépu ou laineux. Les races jaunes et américaines sont toutes et les seules comprises sous le premier terme; toulclois le cheveu
LES CHEVEUX
n’y est pas rectiligne et en crin, comme on le dit, il présente toujours des traces d’ondulation. Dans le type onde ou ondulé l’enroulement est déjà sensible, il décrit Irois ou quatre spires et davantage dans les cheveux bouclés ; tels son t les peuples européens, sémites et berbers. Dans le type frisé, propre aux Australiens et à la masse des métis de Nègres avec des jaunes ou des blancs, les tours des spires sont plus rapprochés, se touchent, mais sans se mêler sensiblement les uns aux aulres. Dans le type crépu ou laineux enfin, caractéristique de toutes les races nègres, les tours des spires sont si rapprochés qu’ils rentrent les uns dans les autres et donnent lieu à des anneaux ou cylindres de 8 à 2 millimètres de diamètre, lesquels se ramassant sur eux-mêmes, se présentent à la surface de la tête sous forme d’îlots, de paquets ou de touffes plus ou moins gros et distincts. La gradation de ce caractère donne lieu à une véritable échelle dont les Nègres les plus favorisés par les autres caractères occupent le sommet et les Nègres les moins favorisés le bas. Parmi ces derniers se remarquent les Boshimans dont nous avons parlé, à la chevelure en grains de poivre.
Tels sont les caractères que fournissent à l’œil nu les cheveux. En en réunissant certains se rencontrant dans les mêmes groupes de l’humanité, on arrive à détacher plusieurs types d’ensemble de chevelure très remarquables.
Le premier est celui des races blondes les plus typiques, dans lequel les cheveux sont blonds, longs, ondés ou ondulés, fins, souples et soyeux. Le second est celui des races jaunes, les Américains compris, dans lequel les cheveux sont noirs, longs, droits, gros, durs et lourds ; par compensation, le corps semble glabre et il n’y a à la lèvre supérieure que quelques pinceaux et au menton quelques poils maigres et courts. Les trois autres rentrent dans la série des Nègres, quoique dans deux il y ait quelque chose d’artificiel dû au peigne. Le premier des trois, répandu chez les Papous et les Néo-Calédoniens, est dit en vadrouille : les cheveux y sont plus longs que dans les deux types suivants, entremêlés, ébouriffés en tous sens, et forment aùtour de la tête une vaste boule à surface régulière et élastique. Le second est dit en toison. C’est celui des Nègres d’Afrique en général^ il diffère du précédent en ce que les cheveux sont moins longs, la masse infiniment moins épaisse et que, dans son sein et à sa surface, se dessinent des mèches ou touffes très visibles, plus ou moins enroulées et séparées les
CARACTÈRES DESCRIPTIFS
unes des au 1res. Le li oisienie est la chevelure en c/rains de poivre, caractérisée par la rareté des cheveux, leur brièveté, leur finesse et leur enroulement en cylindres très étroits! ramasses en petites boules douces au Loucher, entre lesquelles se voit la peau. On a dit que dans ces intervalles la peau était glabre; c’est une erreur, les cheveux sont uniformément insérés partout, mais ils sont clairsemés, ils s’accrochent les uns aux autres comme de l’astrakan et ne s’agglomèrent que par leurs extrémités. Dans les deux types en vadrouille et en toison, le peigne avait agi en désagrégeant les spirales des cheveux et les entremêlant; dans le premier, le cheveu étant long et élastique, tout se maintenait ; dans le second, le cheveu étant plus court, l’emmêlement était moindre, les rouleaux ou touffes se reconstituaient vite ou restaient visibles ; dans la troisième forme le peigne n’a qu’une action passagère, les grains de poivre se reforment de suite.
L’examen au microscope confirme tout ce qui a trait à l’enroulement en spirale: presque nul, intermédiaire ou poussé à son maximum. Il montre une coupe ronde du cheveu dans la race jaune, une coupe elliptique dans la race nègre, et une coupe intermédiaire ovalaire dans les races aux cheveux ondés ou frisés. Ces différences sont exprimées par le rapport de la largeur à la longueur, c’est-à-dire par l’indice du cheveu; il varie de 28 à 100 dans les examens de Pruner-Bcy.
Ce qui précède suffit pour montrer que le cheveu donne de bons caractères qui séparent merveilleusement trois pour le moins des grands types de races : la race blonde, la race jaune et la race nègre, et que, dans celle-ci, il en distingue deux ou trois types encore. Poursuivons. Pour connaître tout à fait la valeur du cheveu il faut le considérer aux points de vue anatomique, physiologique et pathologique, puis le comparer avec le poil chez les animaux.
Le poil est une sécrétion épithéliale de la peau analogue à l’épiderme, qui se produit à la surface du derme déprimé en un follicule tubuleux au fond duquel s’élève une papille vasculaire qui est l’organe sécrétant. La forme du follicule détermine la forme du poil. A la peau, la première couche en profondeur de l’épiderme est formée de cellules cylindriques ou jeunes; la seconde, de cellules devenues polyédriques par la pression, ou adultes; et la troisième, ou couche cornée, de cellules ayant perdu leur noyau, aplaties,
LES CHEVEUX
les plus superficielles s’exfoliant, ou séniles. Dans le follicule les mêmes éléments se retrouvent; dans le poil également, sauf que les cellules sécrétées par la papille s’allongent en cellules médullaires, corticales et cuticulaircs.
Les premiers follicules paraissent chez le fœtus à 3 mois; les premiers poils fins et blonds sortent à 5 mois; tout le fœtus, y compris la face, est couvert de poils à 7 mois (lanugo). De la naissance à la fin de la première année il y
1, 2, 3 cheveux laineux (de Nègre); 4, 5, G, cheveux droits des races jaunes; 7, 8, 9 cheveuX intermédiaires d’Australien, de Lapon et d’Européen; 10, 11, 12, cheveux altérés.
a une mue générale, les poils nouveaux sont plus foncés ; dans tout le cours de la vie ils tombent et se renouvellent encore, mais insensiblement. A la puberté, certains poils du visage, des aisselles et des organes génitaux, jusque-là follets, passent à l’état de cheveux. Après la puberté, d’autres poils follets, ainsi que les poils de la catégorie courte et raide, s’allongent de même. Le cheveu s’use par son extrémité, mais croît plus vite par sa base. Au delà d’une pelile hauteur où ses cellules sont vivantes, il s’entretient par imbibition de proche en proche des liquides, lesquels s’évaporent à la surface. Il contient de l’air qui, dans certaines conditions pathologiques, notamment à la suite d’impressions nerveuses, peut changer rapidement sa couleur; les
CARACTÈRES DESCRIPTIFS
pommades, en diminuant l’évaporation, conservent le cheveu. Par les progrès de l’âge, la sécrétion de la papille sc ralentit et cesse, le follicule s’atrophie, le poil végète, sc décolore et tombe.
Les cheveux croissent davantage le jour que la nuit (Berthold), en été surtout au printemps qu’en hiver, dans les pays chauds que dans les pays froids, sous l’influence d’une alimentation azotée, en bon état de santé. Certains médicaments, tels que 1 arsenic, favorisent cette croissance. Les poils deviennent ternes, friables et perdent de leur souplesse dans les maladies, ce dont les vétérinaires tirent parti pour le diagnostic; toute excitation locale les fait pousser et leur donne du brillant, de la couleur, telle que l’emploi fréquent des ciseaux ou du rasoir, les poudres dites épilatoires, les pommades et lotions excitantes : cantharides, essences, alcools, iodure de potassium, quinine. La vésication superficielle, certains anévrismes, certaines lésions des nerfs voisins agissent de même. A la suite de maladie, une pousse nouvelle de cheveux disparus ou un changement de couleur peut se produire. L’action des milieux sur les cheveux se réduit à peu de chose : le soleil les jaunit ou les rougit. Diverses lotions agissent de même ou les décolorent, notamment la chaux, l’eau oxygénée. Dans les croisements, les caractères tirés des cheveux se comportent suivant la règle générale; tantôt ils se dissocient et se dispersent, les métis ayant les uns un caractère de l’une des deux souches, les autres un autre; tantôt une moyenne s’établit entre des caractères opposés. Les Cafusos à la chevelure en vadrouille, mais frisée, qui sont des métis de jaunes et de nègres, sont dans ce dernier cas.
Parmi les cas tératologiques, trois surtout nous intéressent : l’albinisme, qui est une décoloration congénitale des cheveux, générale, complète ou non ; le vililigo, qui est une décoloration partielle, tantôt congénitale, tantôt survenue pendant la vie, progressive et donnant, chez le Nègre, ce qu’on appelle le nègre pie ; et l’homme-chien, qui est le passage à l’état de cheveux des poils follets de la totalité du visage dès l’enfance. D’Orbigny a signalé des populations habitant de grandes forêts humides où le soleil ne pénètre jamais, dans lesquelles l’albinisme et le vililigo atteignaient presque tous les habitants.
Il ne nous reste qu’à comparer le cheveu chezl’IIomme et l’animal. Le poil est l’analogue des ongles, des sabots, de
LES CHEVEUX
la corne du rhinocéros, de celles des bœufs et des chèvres, des piquants du porc-épic, des plaques de certains Édentés et plus loin des plumes des Oiseaux et des écailles des Reptiles. Tous ces organes sont des sécrétions épithéliales de la peau, tous sont chimiquement caractérisés par une même substance, la kératine.
Les Mammifères, seuls parmi les Vertébrés, ont des poils, d’où le synonyme de pilifères qui leur a été donné. Les poils sont les uns à follicules temporaires, leur renouvellement se produisantunefois l’an, les autres à follicules permanents avec croissance annuelle (Owen). Un grand nombre de Mammifères ont deux sortes de poils, l’un plus apparent, à poils longs, gros et durs appelés la jarre, l’autre cachée par celle-ci, courte, fine, plus ou moins frisée, appelée la laine ou la bourre. C’est cette dernière qui se développe davantage en hiver et chez les animaux arctiques, qui forme essentiellement la fourrure chez ceux où ce mot est employé et que l’on perfectionne, en éliminant tout d’abord la jarre, chez le mouton. Chez celui-ci elle est enroulée en spirale (Sanson) ou infléchie en zigzags dans le même plan.
Entre les Singes et l’Homme une première différence existe, que l’on exprime ainsi : l’Homme seul parmi les Mammifères terrestres est nu ( Nuchis et inermis ). Nous en ajouterons une seconde : l’Homme seul a une chevelure, c’est-à-dire une localisation principale des cheveux à la tête. L’Homme a des cheveux, les animaux ont des poils, pourrait-on dire encore. Les Singes en effet, et avec eux les Anthropoïdes, ont une véritable fourrure générale comme la plupart des Mammifères, plus épaisse et plus longue, comme eux, à la face postérieure du tronc, des membres et des extrémités; tandis que l’Homme a des cheveux longs à la tête et des poils follets, dans les conditions que nous avons dites, sur le corps, principalement à la face ventrale du tronc.
Mais une autre différence, renversant l’ordre habituel de nos idées, se présente. La forme laineuse du cheveu ne s’observe pas chez les Singes et Anthropoïdes, c’est au contraire la forme droite ou peu ondée; les poils du Gorille examinés au microscope ont une coupe ronde ovalaire. Par conséquent la forme laineuse du Nègre, que l’on a tant de motifs de considérer comme un type humain inférieur, ne serait pas simienne, tandis que c’est la forme que nous attribuons aux races jaunes et un peu à nous-mêmes qui est le véritable type simien.
CA H ACT ÈRES DESCRIPTI FS.
Si l’Homme s’écarte du Singe par les deux premiers caractères : nu et avec chevelure, il rentre dans l’animalité par le lanugo constaté chez le fœtus. Il est admis en effet par les transformistes que les caractères initiaux de la vie inlrautérine sont la reproduction de ceux des ancêtres zoologiques. Cette généralisation abondante des poils chez le fœtus prouverait donc que l’Homme descend d’un animal à fourrure.
En résumé, les cheveux fournissent des caractères variés, les uns n’intéressant que la distinction des races, les autres intéressant la comparaison de l’Homme et des animaux.
Le plus remarquable parmi les premiers est l’enroulement en spirale du cheveu, confirmé par sa coupe au microscope. Il constitue un caractère anthropologique excellent et en même temps sériaire chez l’Homme, puisqu’il établit une gradation allant des races jaunes aux races nègres et que parmi celles-ci il donne lieu à une sous-gradation. Toutefois cette gradation ne répond qu’à moitié aux idées reçues; elle place les jaunes au-dessus des blancs, fait que nous nous bornons à constater ici, mais qui montre tout au moins qu’il ne faut pas confondre la gradation d’un caractère avec la gradation des types de race. Celte autre singularité que les Nègres sont plus différents des Singes que les jaunes et les blancs vient à l’appui encore de celte remarque.
Les cheveux fournissent d’autre part, deux caractères zoologiques qui nous reportent à un autre ordre d’idées. L’examen du poil et de ses analogues chez les Vertébrés, spécialement chez les Mammifères, puis chez l’Homme dans ses divers modes, phases et données physiologiques, est conforme au grand principe de l’unité de composition. Partout c’est le même organe se modifiant dans ses formes générales, puis chacune de celles-ci dans scs formes particulières. La structure anatomique est fondamentalement la même. Chez l’Homme c’est la jarre dans certaines races, la laine dans d’autres, qui a pris le dessus et éliminé son concurrent sans que la sélection artificielle ait intervenu; la différenciation s’est faite simplement, à un moment donné, sans qu’on sache comment. Ces deux caractères si opposés, cheveux droits et cheveux laineux, creuseraient un abîme entre les races jaunes et nègres, si le hasard des circonstances n'avait laissé des intermédiaires. Sont-ils de nature spécifique ou de nature de race? Question grave et qui jugerait de suite celle de l’unité ou de la pluralité d’origine de l’Homme, que
LES CHEVEUX
nous réservons. Partout, disons-nous, le cheveu se présente dans la série animale avec les mômes attributs. Les phénomènes physiologiques se bornent à des variations ; les poils temporaires et les poils permanents se retrouvent chez l’Homme comme chez les animaux; un arrêt de développement sur le corps compensé par un excès de développement sur la tète est la différence principale entre eux. Les poils sont des produits de sécrétion obéissant aux lois générales de nutrition, qui font que tout ce qui excite de loin ou de près l’organe ou au contraire le déprime, exagère ou atténue le développement de leurs attributs essentiels. En sorte que rien ne semble plus simple d’admettre que, dans des circonstances quelconques, des modifications profondes de leurs caractères ne puissent se produire. Les considérations pathologiques conduisent aux mêmes réflexions. Les caractères tirés du cheveu pourraient n’avoir qu’une stabilité relative, celle que nous leur constatons dans l’horizon de notre observation.
Très bien; mais tous les caractères en sont là et le raisonnement doit plier devant les faits. Or ceux-ci nous montrent les caractères tirés des cheveux, non influencés par les milieux, solides dans leur constitution, bref possédant toutes les garanties nécessaires de stabilité et de certitude qui permettent de s’appuyer sur eux pour la détermination des types de races. Les croisements seuls les allèrent, les désorganisent, comme tout autre caractère.
Concluons donc que le caractère descriptif que nous avons choisi mérite parfaitement le rang qui lui a été donné dans les classifications systématiques.
Topinard.