CHAPITRE V
arts(1) la rninulie exagérée, l'abus des symboles, des épigraphes ou des accessoires, la préférence pour une couleur donnée, la recherche effrénée du nouveau, peuvent fournir l'indice d'une sorte de matloïdisme ; de même dans les sciences et dans les lettres la fréquence des jeux de mots (2), rexagération des systèmes, la tendance à parler de soi, à substituer l'épigramme à la logique, la propension excessive aux vers ou aux assonances dans la prose, Toriginalité exagérée, peuvent être considérés comme des phénomènes morbides; il en est ainsi de la manie d'écrire sous une forme biblique, avec des petits versets et avec des termes spéciaux soulignés, ou répétés plusieurs fois et avec des symboles graphiques (2). Je dois, ici, avouer que bien de fois, je me sens pris de peur pour la génération naissante, en observant combien sont nombreux parmi les organes dirigeants de l'opinion publique, ceux qui sont entachés de ce travers, — combien souvent on y discute les graves problèmes sociaux avec les jeux de mots des fous et les phrases coupées des temps bibliques, comme si nos poumons robustes ne pouvaient point suffire aux fortes et viriles inspirations de la période latine.
D'autre part, l'analogie que les mattoïdes présentent avec les hommes de génie, dont ils gardent, seulement, les phénomènes morbides, et avec les hommes sains, dont ils ont rhabilelé et le sens pratique, doit conseiller la défiance contre certains systèmes, pullulant surtout dans les sciences abstraites ou incertaines, grâce à des hommes non compétents, ou étrangers au sujet qu'ils abordent: les déclamations, les assonances, les paradoxes, les conceptions, parfois originales mais toujours incomplètes et contradictoires, y tiennent lieu des raisonnements paisibles, basés sur l'étude minutieuse et calme des faits. — De tels livres sont presque
(l) V. plas haut pag. 84 à 305, et 350 à 353. <2) V. plus haut pag. 74 à 281, et 314 à 344.
toujours Tœuvre de ces véritables charlatans involontaires qui sont les mattoides, dont la diffusion dans le monde lii* téraire est beaucoup plus grande qu'on ne le croit généralement!
Et ce ne sont pas, seulement, les gens du monde qui doivent se mettre en garde contre les fous et les mattoîdes, mais encore et surtout les hommes d'État; et ce n'est même point parce que, dans ce déchaînement de la critique, ces prétendus réformateurs, qui n'ont d'autre aiguillon et d^autre lumière que leur maladie mentale peuvent être pris au sérieux; mais surtout parce que les obstacles mêmes qu^ils rencontrent peuvent, aiguiser, en l'irritant, et achever, leur folie et transformer un délire idéologique, inoffensif, comme Test le plus souvent celui des mattoïdes — ou sensoriel comme le délire des monomanes, — en une folie d'action, où la plus grande puissance intellectuelle, la conviction tenace et profonde, et le même altruisme exagéré qui les pousse i s*occuper des choses publiques et des hommes qui les dirigent, les rend plus dangereux et plus enclins que les autres aux rébellions et au régicide (1),
Quand nous songeons, d autre part, qu'un véritable aliéné peut offrir des preuves d'une génialité temporaire, phénomène qui engendre dans les foules de Tétonnement, et bien> tôt après de la vénération, — nous trouvons un argumenl solide contre ces juristes et ces juges, qui, de l'intégrité de l'esprit, concluent à la pleine responsabilité, à rexclusioa immédiate de la folie; et d'un autre côté nous voyons s'ouvrir une voie nouvelle pour l'interprétation du problême du génie, de ses contradictions et de celles de ses méprises qu'aurait évitées n'importe quel homme oi*dinaire; et nous nous expliquons (2) comment des fous« des mattoïdes, même avec très peu et point de génie (Passanante, Lazzaretti, Di*abi-
(1) V. pagf. 353 et mes Trois Tribuns. Tnrin, 1886, p. 97, 151 et iuir.
(2) V. p. 230 et 309. — Trois Tribuns, p. 143 et siiiv.