HERMANN , FRANTZ
HERMANN (à part).—Frantz fut jadis attaché u comte Gérald. Il peut faire cesser mon inertitude, il faut l’interroger.
FRANTZ (à part).—Que me veut-il ?
HERMANN.—Nous sommes seuls; approchez antz, et répondez-moi sans déguisement.
ous avez été au service du comte Gérald ?
FRANTZ. — Vingt ans, monsieur le comte.
A part). Où veut-il en venir ?
ERMANN. — À quelle époque l’avez-vous uitté ?
FRANTZ.—A l'instant où d’infâmes calomdateurs parvinrent à perdre cet homme resectable dans l'esprit du prince, et firent prosrire sa tête.
- HERMANN.—D'infâmes calomniateurs, ditesous ?.. Vous pensez donc qu'il était innoent ?
FRANTzZ.—J’en répondrais sur ma vie.
HERMANN.—Cependant, il y eut des preuves !
FRanTz.—Elles avaient été forgées par sespnnemis.
HERMANN.—<$es ennemis !
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© FRAnTz. —Sans doute ; quel est l’homme puissant qui n’en a point?
HERMANN.—Maiïis... quelle raison ?..
FRANTz.—I] était honnête homme ; ‘les mé chants craignaient sa justice; ne pouvant lu faire partager leurs crimes, ils jurèrent S perte ; c’est l’usage.
Hermann.—Je m'étonne que d’après votr attiächement pour sa personne, vous ne l’aye point accompagné lorsqu'il s’expatria.
FRANTZ ez qu il prit la fuite pou se dérober au supplice qu’on lui destinait j'ignorais et j'ignore encore en quel lieu il fix son séjour.
HERMANN.—Quoi! vous n’avez rien appri sur lui depuis ce temps ?
FRraAnTz.—Rien absolument, seigneur.
HERMANN.—On m'a cependant assuré qu’i était de retour, et même qu’il n’était pas loin d'ici.
FRANTz.—On vous a trompé! Ses ennemi existent encore ; il sait trop bien que sa mort serait certaine s’il tombait entre leurs mains:
HERMANN.— Laissons cela. Avez-vous entendu parler d’un homme qui, depuis un mois, rôde dans les environs de la Forêt Noire, dont le visage sinistre et les vêtements en lambeaux inspirent la terreur à tous ceux qui le rencontrent ?
FRaANTz.—Oui, monsieur le comte ; : les habitants de ce village et des lieux circonvoisins l’appellent l’homme de la Forêt Noire. Il été déjà Rlusieurs fois ones et sur le point d’être arrêté à l'entrée du hameau de Rheïnstald ; mais il 'a toujours su échapper à ceux qui l'ont poursuivi.
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HerMaAnx.—Est-il seul ?
FRaAnTz.—Depuis peu de temps on prétend l’avoir rencontré avec un autre malheureux comme lui: du reste, il ne fait de mal à qui que ce soit ; plusieurs villageois ont été arrêtés par lui, mais il n’a exigé d’eux que quelques aliments grossiers pour apaiser la faim qui le dévorait.
HERMANN.—C'est un brigand ! trois de mes gens ont été assassinés par lui et ses complices ; mais ils ne tarderont pas à recevoir le prix de leurs crimes. Mais, dites-moi, Frantz, lors de sa proscription, le comte Gérald avait un en-
fant en bas âge. l’avez-vous connu ?
FRanrz.—Oui, monsieur le comte.
HERMANN.—Qu'est devenu cet enfant ?
FRANTzZ.—dJe l’ignore.
HERMANN.—Quel âge aurait-il ?
FranTz.—Vingt-deux ou vingt-trois ans. NN enee pas aussi l’âge de votre
FRANTZ.—Oh ! non, monseigneur ; Péters a vingt-cinq ans passés.
: HErmanN.—C’est de Jules que je vous parle.
Franz (avec embarras).—Jules !.… Oui, monsieur le comte, oui, il a à peu près cet âge-là. Mais M. le duc ne peut tarder à arriver : veuillez me permettre de tout préparer pour le recevoir. Pardon, si je vous quitte, j'ai bien des choses à faire, et. |
HERMANN.—Allez.
FRA:"Trz (à part).—Quel peut être son proje’ ? Je tremble pour Jules! (1 rentre dans la maison.)
PAS D Qu SCÈNE VIIL HERMANN, DUis FRITZEN.
HERMANN.—Oui, toutes mes conjectures sont vraies! Le trouble de Frantz m’a révélé le secret de la naissance de Jules. C’est le fils de Gérald ; et comme son père, il a tout à craindre de moi... Ah ! te voilà, Fritzen, eh bien !
F'RITZEN.— Vos ordres sont exécutés, seigneur.'
HERMANN.—Tu as trouvé les hommes qu'il.
me fallait ?
FRITZEN.—Précisément; ce sont ces mêmes bohémiens que vous avez employés il y a peu de temps, contre Zimmeraff, votre ancien écuyer. ”
HERMANN.—J’ai perdu un peu de la confiance que j'avais en leur talent ; ils n’ont pu me défaire de ce misérable, et cependant sa mort est nécessaire à ma tranquillité. C’est lui qui jadis m’aida à perdre Gérald. J’avais charbé ces bohémiens de lui donner la mort. Trois d’entre eux sont tombés sous ses coups ; un seul a échappé, il a été trouvé expirant sur la lisière de ce boïs, et l’on a su de lui que Zimmeraff avait été sauvé par l’homme de la Forêt Noire.
Frirzen.—Cette fois, leur nombre sera plus considérable, et le succès en sera plus certain. J’ai conseillé au chef de la bande de mettre dans sa confiance quelques-uns de ses gens Les plus déterminés. .
HERMANN.—Y songes-tu, Fritzen ? La moindre indiscrétion pourrait nous perdre !
+ Frirzen.—Votre secret sera bien gardé; il
n’v a parmi ces bohémiens, que ceux qui doivent agir, qui en aient connaissance ; et ce sont des gens auxquels on peut se fier. Je les ai engagés à se rendre à la fête, afin que leur séjour dans ce voisinage ne puisse donner aucun soupçon. Toute la troupe y sera. Maintenant, veuillez me désigner la victime.
HERMANN.—C'est.. (regardant de tous côtés.) C’est l'électeur !
FRITZEN.—Je le soupçonnais !
HERMANN.—Pendant la chasse, au sein des uines, près du torrent !…. si je réussis, j’ai ssez de partisans pour placer la couronne lectorale sur ma tête. Si j’échoue, il me sera acile de détourner les soupçons en rejetant ce rime sur l’homme de la Forêt Noire. Va rerouver tes gens. En attendant mon arrivée, w'ils fassent tous leurs efforts pour saisir Zimeraff, et que cette fois il n’échappe point à a vengeance ! Que ce jour soit le dernier de es ennemis et le premier de ma gloire! Je ais au devant de l'électeur. (Hermann sort ar le bas de la colline, Fritzen par le chemin qui onduit à la forêt, Frantz entre en scène ct observe
eur départ.)