SCÈNE XV
Les Mêmes, pIus CATINOIS.
CATINOIS.
Bonsoir... bonsoir... Je suis bien en retard, n'estce pas?
BOUCHONXÛT.
Mais pas du tout, montieir, pas du tout. Monsieur est le bienvenu, au conlraire. (a part.) Mon cœur bat... Je ne leux y croire... la invité qui vient sans avoir été iuvité ! (D'un air important.) Teucz, Patouillard, débarrassez donc monsiei r de son pardessus.
PATOUII-LARD, se procipilaut.
Voilà. (A part.) C'est prodigieux.
BOUCHONNCT, retirant le chapeau de Catinois.
Si monsieurveut me donner son bouquet, sa canne...
Le monsieur tend les objets dont lîoucl.oniiot veut ralléfc'or, tandis que Patouillard prête la main à Catinois pour cnle\er son pardessus.
GATINOIS, regardant Houclioiuiol do livs près, cl, avec cITureuieril.
.Mais ce n'est plus le niêiDe domestique, ici?... Vous êtes militaire?
BOUGUOXNOT.
Oui m'sieu, on est même de la classe!... Patouillard, donnez un numéro à monsieur.
P.\TOUILLAUD, ironi<iiie.
Je crois que c'est inutile, on ne se trompera pas à la sortie des invités.
BOUGHONNOT.
Donnez toutdemêmeun numéro, Palouillard, c'est
plus réj^Uller. .. (Patouillard iirosenle un petit carton à Catinois.)
Maintenant, Patouillard, demandez le nom à monsieur et annoncez, (ii tape dans ses mains.) Voyons, voyons, vous avez l'air de dormir...
PATOUILLARD, à part.
Voilà qu'il crâne maintenant, (v Cattuois.) Monsieur s'appelle ?...
GATINOIS, qui ne cesse de regarder autour de lui.
Mais voyons, il y a erreur... Où suis-je, ici?
BOUGHONNOT, siniuLint l'enjouement.
.Vh ! monsieur, dans une bonne maison, allez... des liqueurs assorties... de première qualité...
PATOUILLARD, coniplotaiil.
(Jui, y en a pour vingt-sept francs... C'est pas un sou... L'entrée est libre... Monsieur veut-il me donnez son nom ?
GATINOIS, assujeUissant son pince-nez.
Excusez, mais je ne m'y reconuais plus... Où suisje, encore une fois?... Je ne suis pas chez M. et madame Jaspinot, c'est certain?
BOUGHONXOT, à part.
Quelle déception! Un visiteur qui s'est trompé d'étage... (a Catinois.) Jaspinot, ça n'existe pas,..
GATIKOIS.
Comment, ça n'existe pas!
BOUGHONNOT, haussant les épaules et sur un ton de mépris.
Ah ! là là, onestautrementtraitéici qu'au-dessus...
PATOUILLARD, à part.
J'en sais quelque chose !... Surtout par le patron.
GATINOIS, se dirigeant vers la table où sont posés son chapeau, son pardessus et son bouquet.
Si je ne suis pas chez mes amis, je me relire. Qu'est-ce que vous voulez que je fasse ici?
BOUGHONNOT, l'empêchant de prendre son chapeau.
Restez donc, voyons, restez donc, je vous dis que vous ne le regretterez pas...
GATINOIS.
Mon chapeau, mon chapeau, vite, et mon bouquet.
BOUGHONNOT, se plaçant devant Catiuois, et à Patouillanl.
Cache le chapeau, toi, cache le chapeau.
Patouillard fait disparaître vivement le chapeau derrière lui. GATINOIS.
Enfin, où est mon chapeau ?... Voulez-vous me donner mon chapeau.
•^'8 L'HOMME UK LA Pl'.OVlDENCE
BOUCHON NOT, siipi)liatil.
Je VOUS dis que les rafraîchissemeuls sont de toule preinière qualité... El puis vous aile/ connaître le patron, la patronne, leur fille, tous des gens charmants... Il faut bien élargir le cercle de ses connaissances, que diable.
Mon chapeau !
BOUCMONNOT.
l'n bon mouvement !
GAÏINOIS, commenraul à se fùclier.
Ah! mais ça devient intolérable... (n cne :) Une fois pour toutes, voulez-vous me rendre mon chapeau.
BOUCMONNOT.
Pas si fort, bon sang, vous aile/, réveiller la maison... Vous ire/ chez les Jaspinot une autre fois... Je vous dis qu'ici, c'est de tout cœur... Vous y êtes tout le temps fourré chez les Jaspinot.
GATINOIS, ropoussaiit I)i'us(iuement lioucliontiot.
Ah! mais, ah ! mais, eu voilà des cncrgumènes... Après mon accident de sapin, c'est le bouquet! (n se
dirife'e vers la table) EuCOre UnC folS OÙ SOnt mCS cfïels?
no UGÎIONNO'J', lenacc.
Monsieur, je vous eu prie, ne criez pas si fort... on dirait qu'on vous assassine... aile/, reste/; faites-le pour moi... Ça me fera laiit plaisir.
CATINOIS.
-Mais il est fnu, ce lascar-là.
patouillard.
Oa n'atlend plus que vous pour commencer.
G ATI NO IS.
Je suis tombé dans une maison d'aliénés... (n prend Bouchonnotà la gorge.) Me rcndrcz-vous mes effets, dites, me rendrez-vous mes effets?...
Il le secoue crimporlance.
BOUGHONXOT.
Va, Patouillard, ne fais pas pleurer monsieur, rends-lui sa pelure, son tube et son chou-fleur, puisque monsieur est un récalcitrant.
PATOUILLARD.
Voilà !
Il présente à Catiiiois son pardessus que le visileur endosse avee humeur.
CATINOIS.
Vraimenl, la farce a assez duré, et je me plaindrai à qui de droit... Mon chapeau, mon bouquet, ma canne.
PATOUILLARD, lui prosentant les objets demandes.
Voici... (a part ) Je parie qu'il va oublier le pourboire.
Catinois se dirige vers la porte, mais soudain BouchoniK.I so jette derrière lui et l'empoigne par son pardessus. BOUCHOXNOT.
Monsieur, je vais vous dire une bonne chose : Sachez que le thj ici est de la première qualité, tandis que là-haut il est éventé, et les petits fours, monsieur, de toute première fraîcheur; là- haut, ou les achète au rabais!
gaïinois.
Ah ! mais voilà que ça recommence, (ii lâche son bou-
qunt et sa caiino puis se rue sur liouclionnot qu'il bouscule énergi-
(luemoni ) Eiifii), me laisscrez-vous tranquille?... Mais c'est abominable !
BOUCHONNOT, (jue l'autre a refoule dans un coin, et qui se cramijonne désespérément, à Catinois.
Patouillar.l, mets-toi devant la porte.
PATOU ILLARD.
Jamais de la via!
CATINOIS, exaspéré, cl engageant avec liouchonnot une lulle au cours de la(iuelle son chapeau tombe.
Nous verrons bien lequel de nous deux aura le dessus, morbleu!... Cest de la séquestration arbitraire! Ni plus ni moins!
PATOUILLARD, à part.
Pauvre Bouchonnot, il aura son compte aujourd'hui... Tiens, je vais faire quelque chose pour lui.
Il piétine le chapeau et le bouquet.
CATINOIS.
Mais làchez-moi donc, lâchez-moi donc, espèce d'enragé! Tonnerre de tonnerre!
PATOUILLARD.
Je dirai qu'ils ont marché dessus en chahutant !
(Entrée soudaine de Flivolin.) l'ixC !