ACTE I, SCENE VI
et louchantes d'une femme qui se plaignait du vide de son âme, car jeune encore, elle n'avait ni une amie, ni un mari pour la comprendre; je promenais avec dépit mes yeux humides sur cette foule de spectateurs qui écoulaient sans émotion les douleurs de l'héroïne... lorsque mon regard s'arrêta sur une femme mise avec élégance , et qui seule, de tout ce monde, venait furtivement d'essuyer une larme... c'était mon inconnue.
m'"^ de verrière, à fart.
Oh ! oui, je m'en souviens !.,.
VICTOR
Ce fut un nouveau coup pour mon cœur... mais, docile à la voix de la raison, je ne cherchai point à la connaître, je ne la suivis pas... Il était trop facile de deviner quelle distance nous séparait...
M™« DE VERRIÈRE
Et vous n'y avez plus songé?
VICTOR
Il n'est pas une minute de ma vie où elle ne m'apparaisse... Je vous le demande, madame, qui ne serait louché d'un secret comme celui auquel j'ai été initié... Car c'est dans son cœur que j'ai lu... ce que le hasard m'a fait découvrir, personne qu'elle et moi ne le sait ; deux fois son âme triste et généreuse s'est dévoilé à moi, à moi seul.
M™^ DE VERRIÈRE
C'est vrai, monsieur, voilà qui est bizarre !
VICTOR
Jugez, madame, ce que j'ai dû éprouver ce matin ,
24 L'HOMMt ET LA MODE.
Jûrs(]ue je me suis trouvé devant... elle ! oh ! ditesmoï ce que je dois croire et esj érer... Hue femme est au monde qui occupe toutes mes pensées. . la raison me dit de la fuir, quoique ma famille et mon cœur me poussent sans cesse \ers elle... Je veux obéir à la raison, et c'est elle-même qui m'arrache à mes études... C'est elle qui emploie presque la force pour me faire venir à elle... n'y aurait-il pas sacrilège et ingratitude envers le ciel à vouloir lésisler encore ?..,
M""^ DE VEBRIÈKE, à part.
(Ju'il ne voie pas mon émotion... {Haut.) Je n'ai
pas de conseil à vous donner.
VICTOR
Vous avez raison, madame; je n'ai songé qu'à moi et non à elle... n'( slelle pas l'idole que le monde encense... et ne règne-telle pas sur une cour où je ne puis êire admis... ii.ais ne craignez pas mes importunilés.
Air d Jristippc.
De moi vous n'avez rien à craindre, Vous le savez, je suis placé si bas Que mon amour ne peu! pas vous alteindie : Si je gémis, vous ne m'entendrez pas, IS'on, de si haut vous ne m'entendrez pas. Dans ma douleur, par bonheur, il me reste Un bien qu'on ne peut retirer...
Comme créature céleste, J'ai le droit de vous adorer 1 Tout bas je puis vous adorer !
m"^*' de verrière, à part.
Je n'ose lever les veux sur lui...