‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 1Chapitre 105 sur 338 · DEMEURES ET FORTERESSES · texte numérisé non relu

DEMEURES ET FORTERESSES

la sainteté de la pierre en abattant les saillies des blocs et en réalisant les surfaces '.

En toute contrée, la force de la défense était accrue par la position que l'on choisissait pour les lieux sacrés où la tribu avait recueilli ses trésors, où elle avait mis son « ùme ». Dans les pays très accidentés, couverts de rochers, parsemés de marais, ruisselants d'eaux,

BUPESTBES A GKAN-CANARIA D'après une photographie communiquée par la Société de Géographie.

rendus mystérieux par les forêts ou les brousses, les indigènes cherchaient à cacher le réduit central, à le placer loin des senliers. en sorte que l'ennemi passait à distance, sans le voir, mais guetté luimême, entraîné sur de fausses pistes. Là où il était impossible de se cacher, du moins pouvait-on rendre très difficile l'accès du lieu défendu. Des palissades, de fausses portes, des trous et des pièges, des chemins perfides retardent les assauts ou même les empêchent complètement. L'intérieur de l'Afrique est très riche en labyrinthes de celle nature 2 , et l'art moderne les imite encore dans les jardins.

1. De Gobineau, Histoire des Perses, tome I er , page 31. — 2. Voir Bull, de la Soc. de Géographie belge, 1905.

178 l'homme et la terre. — PEUPLES attardés

Dans les contrées découvertes, on perchait d'ordinaire les forts sur des rocs de difficile escalade; quoique nous vivions encore à une époque de combats et d'assauts, et que, dans chaque pays, des milliers et des milliers d'hommes s'enferment en des citadelles, sur des rochers abrupts, l'étonnement n'en fut pas moins général lorsque des voyageurs archéologues découvrirent en Amérique des tribus vivant absolument isolées sur d'énormes blocs de pierre, que limitent des falaises verticales, et qui communiquent avec la plaine seulement par des entailles pratiquées dans la roche. Et pourtant, quelle différence y a-t-il au fond entre ces « rupestres », qui montent à l'escalade de leurs rocs et en descendent avec l'adresse de véritables singes, entre les Zuni et les Moqui de l'Arizona, les Tunebos de la Colombie et les ingénieurs qui construisent des places de guerre? A cet égard, le présent se rattache étroitement au passé.

Il en est de même pour les cités lacustres, u palafittes » ou « ter ramare », que l'on a découvertes en tant de contrées du monde et, notamment, dans notre Europe occidentale. C'est pendant l'hiver de i853 à i854, lois d'une baisse extraordinaire des eaux du lac de Zurich, que, sur la rive droite, l'instituteur d'Obermeilen trouva dans le port du village les débris d'un ancien village construit sur pilotis, à une certaine distance de la rive. Depuis cette date, les chercheurs ont constaté en des centaines d'endroits les vestiges d'autres villages lacustres, renfermant par milliers et centaines de milliers des objets travaillés par nos ancêtres pendant les siècles de la préhistoire. Une seule bourgade aquatique, celle de Concise, sur les bords du lac de Neuchâtel. livra aux collections de la Suisse, dès la première année, plus de vingt-cinq mille échantillons de l'industrie passée, et cependant il restait encore à fouiller, au fond du lac, une couche vaseuse de plus d'un mètre d'épaisseur.

Si nombreuses ont été les trouvailles qu'il est facile de reconstruire par la pensée les groupes de ces cabanes lacustres avec leurs bateaux amarrés, leurs échelles pendant au-dessus de l'eau, les ameublements très simples de l'intérieur, les armes, les outils, les amulettes et les bijoux, les paniers et corbeilles, les grains et les fruits qui servaient à la nourriture, les animaux qui vivaient avec l'homme et ceux dont les lacustres mangeaient la chair. D'ailleurs, pour refaire ces cabanes, il

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