‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 1Chapitre 126 sur 338 · TRAVAUX MÉTALLURGIQUES · texte numérisé non relu

TRAVAUX MÉTALLURGIQUES

une proie pour la percer de ses flèches, ou qu'il rampait à travers les herbes et les branches pour surprendre le gibier au repos, que de fois il dut voir des tableaux saisissants qui se gravèrent fortement dans sa mémoire : le puissant félin avançant prudemment la griffe et montrant ses crocs prêts à la morsure ; le pachyderme entourant un arbre de sa

D'après une photographie {Muséum d'Histoire naturelle). FORGERONS NÈGRES DU SÉNÉGAL

trompe et le déracinant du sol ; le cerf dressant orgueilleusement sa haute ramure dans les clairières de la forêt, Quand il rêvait le soir, auprès des tisons aux lueurs soudaines, ces fortes impressions apparaissaient de nouveau, et, pour se les remémorer ou pour les figurer à d'autres, il les reproduisait par le dessin.

Un fragment de silex lui servait à graver la scène sur le manche ou la poignée de son arme, dont le prix se trouvait ainsi augmenté infiniment. Mais ce prix était tout moral à cette époque. L'art, sincère et désintéressé, était par cela même le grand art. L'artiste n'avait appris à travailler que pour sa propre joie et pour celle des proches : il sculptait des figurines pour la femme qu'il aimait et suspendait au

poteau de la cabane l'effigie de l'aïeul ou de l'animal tutélaires. Ainsi, l'art était issu des conditions mêmes de la vie et n'avait point des « surhommes » pour créateurs, comme se l'imaginent volontiers des artistes contemporains, un peu trop gonflés eux-mêmes de leur propre valeur et désireux de rester à l'écart d'une foule méprisée. Les initiateurs furent des initiés de la nature, non des mortels d'origine distincte, appartenant à un monde « supraterrestre » 1 .

Tout changement de faune ou de climat avait pour conséquence un changement dans l'industrie : ainsi, la civilisation éburnéenne fut vraiment artistique, les défenses de mammouth fournissaient au sculpteur une matière incomparable (Piette).

Dans les moments de loisir que lui donnaient la recherche du gibier et la satisfaction de la faim, l'homme dut chercher aussi d'autres manifestations de l'art que la sculpture ou la gravure de la corne, de l'os, du bois ou de la pierre : des couleurs, l'ocre rouge ou jaune, le jus épais de certains fruits se trouvaient à sa disposition et il sut en profiter également pour peindre sur les parois unies des rocs les objets qu'il voyait ou les formes qui plaisaient à ses yeux.

Il n'est guère de peuples primitifs qui n'aient eu recours à la peinture pour satisfaire leur penchant de l'art ou bien — utilitairement — pour faire savoir à des alliés ou à des frères les faits qu'il était nécessaire de connaître pour l'avantage commun. Toutefois, la plupart de ces peintures, exposées aux influences destructives des météores, à la pluie, au vent, au soleil, au gel et au dégel du roc, n'ont pu se maintenir pendant la durée des âges, et presque toutes se sont effacées ou écaillées, tandis que les objets sculptés ou gravés se conservaient comme en un écrin sous les amas de terre ou de pierrailles. Il est des contrées où le manque de rochers offrant des pages nettes au pinceau de l'homme et l'extrême humidité empêchèrent les naturels de pratiquer l'art de la peinture, et, dans ce cas, ils perpétuaient leurs pensées ou transmettaient leurs messages aux passants par l'entaille de marques sur les arbres ou par l'entremêlement des branches, mais, de toutes manières, l'art et le besoin de parler à distance se donnaient satisfaction.

Dans la période rapprochée de nous, des tribus, que d'ordinaire

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