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Protestants à Mangalore et Madura

Tamil et Cinghalais, mariages par les fleurs.

représentent pas, sans le savoir, les gens armés qui, de part et d'autre, I 13

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combattaient jadis pour conquérir ou garder la proie d'amour. Mais les institutions, comme les peuples, ont de multiples origines : des survivances de haine et des survivances d'amitié s'entremêlent en un même drame où les acteurs ne voient plus que du plaisir. De tout temps, quoi qu'on en dise, des attractions mutuelles ont dû faire naître directement l'union entre l'homme et la femme. Un chapitre du Mahâbhârata contient la description de tous les modes légaux du mariage, au nombre de huit, et répondant évidemment aux coutumes de nations distinctes qui se sont fondues, à des âges différents, dans le grand creuset de l'Hindustan.

Les diverses formes d'union sexuelle, du régime de la promiscuité à celui du libre contrat par consentement mutuel, resteraient incomprises si l'on oubliait que, dans le mariage, FenfaDt est le troisième terme de la trinité familiale. C'est lui qui, dans l'ensemble social, eut la part d'action la plus importante, lui qui modela l'homme à son image 1 . Il donna sa cohésion première au groupe d'individus des deux sexes vivant à l'aventure, de même que plus tard il donna sa raison d'être à la famille monogamique. Sans l'influence prépondérante de l'enfant, on ne pourrait s'expliquer la période du matriarcat, dont l'existence était encore ignorée naguère et que tant de documents, récemment étudiés, tant de faits d'observation prouvent avoir prévalu pendant de longs siècles chez un très grand nombre de peuples. Des auteurs 2 ont même voulu établir que l'humanité tout entière, dans une évolution primitive, aurait passé par cette phase: le gouvernement des mères. Ce qui rend cette hypothèse plus que douteuse est que l'on ne trouve point l'institution du matriarcat chez les peuples primilifs très inférieurs, tels que les tribus les plus arriérées du Brésil et les Indiens de la côte californienne : c'est chez des peuplades ayant déjà derrière elles un long passé de civilisation qu'il faut chercher les formes de la famille matriarcale 3 .

L'état le plus barbare de la société est celui durant lequel l'homme domine, non parce qu'il est le père, mais parce qu'il est le plus fort, qu'il apporte la plus grosse part de nourriture et distribue les coups, soit aux ennemis, soit aux faibles de la horde. D'ailleurs, les enfants

1. Guyau, Morale cPEpicure, page 160. — 2. Bachofen, Mutterreckt. — 3. Heinrich Cunow, Bases économiques du Matriarcat, Devenir social, janvier 1898.

peuvent être laissés à la mère pour quelle en garde complètement la charge et la direction, sans que le père se croie tenu de la respecter et de la traiter en égale : elle est génitrice, nourrice, servante, mais lui reste absolument le maître.

N° 34. Pays des " Amazones ".

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D'après Coudreau, ce sont les femmes uaupés qui ont donné lieu à la légende de laquelle le grand fleuve de l'Amérique du Sud tire son nom.

Le matriarcat proprement dit,, impliquant déjà un certain raffinement de mœurs, est de beaucoup supérieur aux. âges de la force brutale et de la promiscuité, s'ils existèrent jamais, de même qu'a la période de la propriété possédée en commun par tous les ayants droit d'un groupe familial. Même à l'époque où la horde traînait avec elle tout le troupeau des enfants, ceux-ci devaient naturellement se grouper I 13*

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derrière leur génitrice et contribuer ainsi à lui donner peu à peu la direction de la famille, que des circonstances heureuses développaient en pouvoir social et même politique. Le père étant inconnu, ou du moins négligé comme un être d'aventure, la mère réunissait autour de son foyer ceux qu'elle avait allaités et dressés à la vie. La mater-

iMusce du Louvre.

COMBAT DES AMAZONES Bas-Relief antique. — Fragment d'un bouclier.

nilé se développait ainsi au milieu de la barbarie primitive et donnait La première impulsion à la civilisation future 1 . Sur les côtes de l'Amérique méridionale, où les liens de la famille sont très relâchés pour la plupart des hommes, et où prévaut une semi-promiscuité, le matriarcat s'organise naturellement ~.

L'influence capitale de l'enfant sur la constitution du matriarcat restant hors de doute, il est certain que l'action du milieu géographique doit avoir eu aussi quelque part dans cette évolution sociale. Ainsi dans les pays où la cueillette des fruits et la recherche des racines furent le principal moyen de trouver la nourriture, les femmes, que leurs fonctions de mères et de nourrices indiquaient déjà pour occuper le premier rang, avaient aussi d'autres chances en leur fa-

I. Elie Reclus, République Française, 23 fév. 1877. — 2. Liard- Courtois, Après le Bagne, p. 117.

veur comme dispensatrices de la vie matérielle. Ces chances étaient encore accrues dans les régions peu menacées de guerre, où l'homme ne s'élevait pas du coup à la première place en qualité de défenseur ou de conquérant 1 . Cependant il n'est pas certain que la guerre même ait toujours donné la suprématie aux hommes, car la légende relative aux amazones, dans l'Ancien Monde et le Nouveau, est trop générale pour qu'on n'admette pas le fait d'une antique domination politique de tribus guerrières commandées par des femmes. D'ailleurs, il n'y a pas que la légende, les exemples de femmes qui furent de véritables chefs ne manquent point dans l'histoire.

Mais que des amazones aient ou non existé en tribus politiques distinctes , il est incontestable que diverses peuplades ont absolument reconnu le pouvoir des femmes, et que chez d'autres, les hommes, tout en

exerçant la domination,' se réclamaient toujours delà famille maternelle. Hérodote, en un passage célèbre 2 , dit que les Lyciens portaient le nom

AMAZONE DAHOMEENNE

D'après une pliotograplùfi.

1. Ernst Grosse, Die Anfdnge der Kunst, p. 36. — 2. Livre I, 173.

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de la mère au lieu de celui du père, et que leur état se réglait d'après celui de leur génitrice. Les inscriptions lyciennes, confirmant le dire du grand voyageur historien, ne mentionnent que les noms de la mère \ Aux exemples de matriarcat dans l'antiquité recueillis par Bachofen, Mac Lellan et de nombreux voyageurs ont ajouté les faits appartenant au monde contemporain parmi les populations non policées.

Pour ne choisir qu'une forme typique de cet état social, on peut citer des montagnards de l'Assam, au sud du Brahmaputra, les Garro et les Khasia. Même de nos jours, malgré l'influence des Indous et d'autres populations à type patriarcal, ces tribus se divisent en clans ayant conservé le nom de mahari, c'est-à-dire « matries > . Apparentés aux Tibétains, qui ont aussi des restes de gynécocratie, ces peuples voient toujours dans la femme le chef de la famille. C'est la vierge garro ou khasia qui fait au jeune homme la proposition de le prendre pour mari; c'est elle aussi qui procède à l'enlèvement de l'époux choisi, accompagnée de ses amis et des servants du clan maternel. Le divorce appartient à la femme : à elle de jeter, quand il lui plaît, cinq coquillages en l'air pour que la séparation soit prononcée et que le mari rentre dans sa mairie première, en abandonnant les enfants à la dominatrice. Même quand l'homme a été toléré pendant toute sa vie, il lui faut divorcer le jour de sa mort : ses cendres sont renvoyées vers le lieu de son origine, tandis que la femme est brûlée avec honneur dans sa matrie; plus tard, les urnes des enfants seront placées à côté de l'urne maternelle 2 .

Dans le Nouveau Monde, on peut citer des exemples analogues, notamment celui des Hopi de TArizona. Ce sont les femmes qui possèdent les demeures et y reçoivent les maris en qualité d'hôtes. Les enfants appartiennent à leur clan et pendant toute la période de labeur, les pères doivent apporter le produit de leur travail comme tribut : ce sont eux qui tissent et cousent les vêtements de femmes 3 .

En classant tous les faits relatifs à la constitution de la famille primitive chez les diverses contrées du monde, Cunow a pu démontrer nettement qu'il existe une dépendance étroite entre la constitution familiale et les conditions économiques. Ainsi n'a-t-on jamais ren-

1. Bachofen, Mutterrecht; M. Kovalevsky, Tableau des Origines et des Evolutions de la Famille. — 2. Dalton, Ethnology of Bengal. — 3. George Wharton James.

contré d'institutions franchement matriarcales chez les peuples pasteurs. Même dans les hordes errantes où la descendance était réglée par la famille maternelle, comme chez les Ova-Herrero de l'Afrique méridionale, avant que la conquête — peut-être même la destruction par une armée coloniale d'Europe — n'ait modifié leurs mœurs, la

N° 35. Pays du Matriarcat.

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femme était loin de porter le sceptre : elle obéissait, parce que la fortune vient presque en entier du travail de l'homme. C'est lui qui mène les bêtes au pâturage, qui les soigne et les protège contre l'ennemi, animaux féroces et maraudeurs; c'est lui qui trait les vaches et fabrique les fromages; il possède en même temps la force et la supériorité dans le groupement économique : les survivances matriarcales du passé n'empêchent pas la domination effective de l'homme.

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Mais là où l'agriculture devient le travail exclusif des femmes, lu où les maris et les fils sont presque toujours occupés au dehors, à la chasse, à la pêche, à la guerre, la situation est absolument différente, là c'est à la femme qu'appartient le rôle utile par excellence dans l'économie générale de la tribu. L'agriculture lui fournit des récoltes de quantité à peu près constante, tandis que les produits apportés par l'homme varient suivant les aventures, les hasards et le temps. La prospérité commune dépend absolument de la bonne gestion des mères, de leur esprit d'ordre, de la paix et de la concorde qu'elles introduisent dans la maisonnée. L'affection naturelle que leur portent les enfants groupés autour d'elles se développe en une sorte de religion. Nulle décision ne peut être prise sans qu'on les ait d'abord consultées : dispensatrices absolues de la fortune familiale, elles finissent même par devenir les régulatrices de toutes les affaires sociales et politiques ; quoique les plus forts, les maies s'inclinent devant la souveraineté morale.

Chez les W yandot de l'Amérique du Nord 1 , le grand conseil de la nation se composait de quarante-quatre femmes et de quatre hommes, lesquels n'étaient en réalité que les agents exécutifs de la volonté féminine ~. Mais dans les sociétés plus développées, où l'agriculture a pris une telle importance relative que l'homme |abandonne presque complètement la chasse et la pêche pour labourer avec force le sillon, le pivot social change dans le groupement des individus, et de la grande famille matriarcale évolue la grande famille patriarcale, comme nous la trouvons chez les anciens Chinois, chez les Japonais et les Romains (H. Cunow).

D'ailleurs, le mot de « matriarcat » prête à confusion. On s'imagine volontiers que l'autorité de la mère sur les enlants implique la domination dans la famille et du m nns l'égalité de la femme avec le père ; mais ce sont là choses très différentes.

La puissance maternelle n'empêche nullement la brutalité du mari : il n'y a. pour ainsi dire, que simplification du travail dans le gouvernement de la famille. Ainsi, chez les Orang-Laût, qui habitent la péninsule de Malaca, les enfants appartiennent à la mère seule, ce qui est bien le régime du matriarcat ; néanmoins la femme mène

1. Heinrich Cunow, Le Devenir social, avril 1898, pp. 335 à 341. — 2. J. W. Powell, Wyandot Government.

une existence des plus mal heureuses : le mari la bal cl ne lui permet pas de manger en sa présence \

De même en Béarn. ainsi qu'au Japon, le mari dune héritière, aînée des enfants, va demeurer chez elle et reçoit d'elle son nom, qui est en même temps celui de la terre et qui devient celui de loule

Dessin de George Roux, d'après une photographie. LE GEASD CONSEIL DES FEMMES, CHEZ LES WYAHDOT

la famille : on pourrait en conclure à l'existence d'un vérilablc matriarcal, mais le mari, quelle que soit sa déférence envers l'héritière qui lui donne la fortune cl le nom. n'en reste pas moins le chef, le maître incontesté 2 .

La polyandrie est une forme d'union qui dérive naturellement du matriarcat. Dans l'union de l'homme et de la femme, les deux éléments ont une tendance à maintenir quand même leur personnalité et par suite à prendre la prédominance suivant que l'un ou l'autre se trouve favorisé par le milieu. Or la femme, absolue maîtresse de ses enfants, subordonnant l'homme à son pouvoir et comptant seule

1. Laloy, Anthropologie, t. VIII, 1897, p. 110. — 2. Jacques Lourbet, Revue de Morale Sociale, 1899, p. 164.

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comme volonté dans la famille, n'avait point à combattre une opinion hostile en prenant successivement, ou à la fois, plusieurs favoris : reine, elle n'avait qu'à choisir. Mais son cœur étant volontiers fidèle conservateur des premières impressions, elle prenait d'ordinaire, même en pleine polyandrie, l'habitude de maintenir la cohésion familiale, en se donnant pour époux communs tous les fils d'une même mère. C'est la forme du mariage qui prévalait jadis au Tibet — le pays des Bod — et chez toutes les populations de même origine.

La polygynie est, dans le patriarcat, l'institution correspondante à celle de la polyandrie dans le matriarcat. Toutefois le contraste n'est pas toujours absolu entre les deux types de mariages que caractérisent la domination des mères et celle des pères. Ainsi l'exemple que les auteurs se plaisent à citer comme témoignage de l'ancien matriarcat indique pourtant la transition entre les deux systèmes : Draupâdi, l'épouse des cinq fils de Pandu, est bien la « reine », mais non la maîtresse de la famille ; tout en s'étant donné plusieurs maris, elle n'a point gardé le gouvernement de la maison : elle obéit. La forme patriarcale se mêle donc, en ce cas particulier, à la forme matriarcale.

Un autre exemple que l'on cite volontiers est celui des Naïr de la côte de Malayalam ou Malabar ; mais dans ce cas également, les deux régimes se sont entremêlés. Il est vrai : les femmes naïr, appartenant à l'ancienne nation guerrière et dominatrice, choisissent et varient leurs époux, mais elles sont tenues de les prendre parmi les brahmanes, la caste envahissante venue du nord, armée de science et de ruse, habile à gouverner en «'abritant sous les hommages rendus à une suzeraineté officielle.

Les types de ces unions varient suivant l'influence plus ou moins grande des éléments ethniques représentés, mais tous offrent le caractère d'un compromis entre des institutions diverses et s'agencent d'une manière bizarre et compliquée. L'exemple le plus original de pareils mariages est peut-être la « grande union » collective : époux brahmanes et femmes naïr se groupant en sociétés de plusieurs individus, même de douze par sexe, dont chaque membre, homme et femme, a droit sur les autres membres du sexe opposé 1 . Ce n'est ici ni

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