‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 1Chapitre 148 sur 338 · J. Lubbock, Origines de la Civilisation · texte numérisé non relu

J. Lubbock, Origines de la Civilisation

reconnaît souvent à la femme mariée sa part dans les produits de la culture. Dans l'antagonisme continu des régimes, le patriarcat est, ainsi que nous le montre l'histoire, celui qui prévalut le plus souvent, et la cause en est aux difficultés de la lutte pour l'existence, qui demande l'emploi de la force, et au résultat des conflits qui se produisent dans les familles elles-mêmes.

L'entremêlement des traditions et des idées montre que partout, même chez les populations essentiellement patriarcales, se maintiennent encore quelques restes de l'ancien matriarcat, très bizarres parfois, comme chez les Ba-Luba du Kasaï, où les femmes sont de vraies esclaves, acquises à prix d'argent, mais où elles président pourtant comme '(anciennes» à la bénédiction des semailles 1 . Ailleurs, notamment dans les sociétés berbères, la femme, serve elle-même, n'en protège pas moins l'étranger, comme une divinité. De même, dans notre moyen âge. la main d'une femme remplaçait le contact d'un autel. Les traces en sont devenues tellement faibles dans les sociétés modernes, fondées sur le droit du mari ou du père, que la vertu elle-même, virtus était considérée naguère comme le monopole du mâle 2 . Et naturellement cette prétention exclusive à la vertu dut engendrer tous les maux : jalousie féroce du mari propriétaire, brutalité dans l'éducation des enfants, brùlement des veuves, pratique et finalement devoir de l'infanticide.

On sait ce que certaines contrées de l'Inde guerrière étaient devenues sous ce régime. Au cours même de nos civilisations toutes récentes, jusqu'en plein « siècle des lumières », n'avons-nous pas vu les Radj putes ou «Fils de Rois», ces types de l'honneur traditionnel, se marier invaiùablement par la voie du rapt, laisser brûler leurs mères sur le bûcher paternel, et tuer presque toujours leurs filles, dans la crainte de ne pouvoir les marier avec assez de richesse et d'éclat ? »

On constate, dans ce cas, combien le groupement social formé par le clan, la tribu ou la nation et consolidé par la morale traditionnelle a plus d'influence que les sentiments naturels manifestés dans le mariage et dans la parenté. Ces affections, ces convenances personnelles ont à s'adapter aux conventions dictées par l'opinion publique

1. Garmijn, Bulletin de la Société belge de Géographie, nov. 1905. — 2. G. de Greef. Le Transformisme social.

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ou sont impitoyablement écartées. La volonté 'commune du groupe s'impose par dictature, et d'autant plus puissamment que la tradition est de plus longue provenance et moins raisonnée : « C'est ainsi que l'on a fait de tout temps » \ II y aurait donc mort rapide de toute association par manque de renouvellement si les vicissitudes de la vie ne se chargeaient de modifier les groupements par des associations croisées ou de violentes disruptions.

Sous sa forme primitive, la société commençante des hommes, que les besoins de l'entr'aide et de la lutte ont reliés en une seule bande, n'a pas encore eu le temps de se constituer en un ensemble bien défini et les individus n'y sont pas encore rattachés d'une manière très solide. La grandeur de ces groupements varie : chez les Aeta de Luzon, Blumentritt les évaluait à 20 ou 3o associés ; dans l'Australie centrale, ils sont de 3o à 5o (Fison); au Brésil, les Botocudo s'associaient à 80 ou 100 compagnons; les Bushmen de l'Afrique méridionale étaient plus nombreux, de 100 à 200 (Burchell).

Mais la horde n'est, pour ainsi dire, que la matière humaine dans laquelle la société plus savante, groupée eh clans, en tribus, en nations, puise ses éléments pour s'organiser, conformément aux mille combinaisons qui conviennent au genre de vie et à l'idéal des communautés en formation.

A cet égard, la variété des constitutions est infinie et les individus ont à s'y accommoder de la façon la plus différente, suivant les milieux, les croisements, les alliances et les conquêtes. L'intégration des groupes secondaires dans les unités nationales plus vastes tend à se faire toujours de manière à sauvegarder les individualités ethniques traditionnelles, mais l'héritage du passé se modifie constamment.

On sait comment les tribus des Peaux-Bouges et celles de l'Australie cherchent à conserver la mémoire et l'orgueil de leur origine par les totem et les kobong, c'est-à-dire par les symboles des animaux ou des plantes dont les diverses tribus portent le nom révéré \ -

C'est principalement chez les peuples chasseurs que la tradition

1. Fison and Howitt, Antkrop. Insiitute, 1884 ; Starcke, Famille primitive.

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