‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 1Chapitre 16 sur 338 · SUCCESSION DES AGES · texte numérisé non relu

SUCCESSION DES AGES

leurs armes en Aéritables objets de luxe : ce fut le temps avantcoureur de la période qui vit naître l'industrie des métaux. Ces deux dernières étapes de la pierre taillée et de la pierre polie sont celles que Ton désigne ordinairement sous les noms de « paléolithique » et de « néolithique ».

Mais quelles furent les étapes du progrès entre les périodes successives de l'humanité première ? On ne peut répondre encore que par des hypothèses diverses, car en pleine préhistoire, pendant les cycles de durée inconnue — myriades ou millions d'années — qui se sont écoulés depuis que YHomo sapiens a pris possession de la planète, les changements du milieu ont été souvent si considérables qu'ils ont constitué de véritables révolutions, soit brusques et violentes, soit à longue période et d'autant plus sûres dans leurs effets. En conséquence, les indigènes ont eu à subir dans leur histoire dès vicissitudes correspondantes : tantôt il leur a fallu se déplacer, tantôt modifier leur genre de vie dans le lieu même d'origine; parfois la race, détruite presqu "entièrement, a dû recommencer son existence, reconquérir péniblement les résultats acquis déjà par ses ancêtres, comme si des humanités diverses s'étaient mises successivement à l'essai de la vie.

Ainsi des éruptions de laves, des tremblements de terre et des effondrements, des inondations de fleuves et des invasions de la mer ont souvent changé la forme extérieure du relief terrestre, détruisant les peuples en partie ou même en totalité. Combien nombreuses sont, par exemple, les traditions de déluges qui auraient recouvert tout le monde habitable ! A l'histoire chaldéenne du déluge universel reproduite dans la Genèse se joignent des traditions analogues venues de la Chine, de l'Inde, de l'Egypte, du nouveau monde, spécialement de toutes les contrées basses exposées à la dévastation par les crues des fleuves. Ailleurs, notamment dans les régions volcaniques, dans les « pays du feu », d'autres légendes, également justifiées par les événements antérieurs, racontent les pluies de pierres, les écroulements de montagnes, les apparitions soudaines ou les disparitions des lacs, les engouffrements des cités.

L'alternance des périodes glaciaires, ou plutôt le va-et-vient du front de glace entraînant l'ensevelissement des zones terrestres sous les neiges, les glaces et les débris pierreux, s'est produite également I 2

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depuis que l'homme émergea de l'animalité première. En réalité, l'his-. toire de la Terre ne comporte qu'une seule période des glaces, celle qui dure encore pour le Groenland et les archipels polaires; mais, suivant les alternances du climat, la masse congelée avance ou recule, et c'est ainsi que, de saison en saison, de cycle en cycle, chaque lieu de la zone bordière des glaces peut avoir sa « période », se trouver envahi pour un temps, puis se dégager de nouveau.

Les progrès et les reculs de la glace déterminent donc des révolutions pour l'ensemble des plantes et des animaux, qui doivent battre en retraite ou qui peuvent reprendre la marche en avant. Ainsi, chacune de ces oscillations marque une étape très différente dans la civilisation des peuples limitrophes du glacier.

Or, si la date des divers avancements du glacier polaire reste encore inconnue, la limite précise que les moraines d'avant-garde ont atteinte dans leur voyage vers le sud est, en maints endroits, marquée de la manière la plus nette : on reconnaît les apports pierreux du « Grand Nord >>, du Grœnland, du Spitzberg, de la Scandinavie sous les * alluvions plus récentes et le tissu des racines de la forêt et du gazon. Les cartes que divers géologues ont dressées en Europe -et dans l'Amérique du Nord coïncident d'une manière remarquable et nous montrent combien le domaine du genre humain dans l'hémisphère •septentrional se trouvait alors relativement étroit en comparaison de ce qu'il est de nos jours. Il l'était d'autant plus que les grands massifs de montagnes, Alpes, Pyrénées, Caucase, avaient alors des fleuves de glace beaucoup plus étendus et que de moindres saillies, Vosges, Morvan, Cévennes» Carpates, déversaient aussi dans les glaciers leurs courants de glaçons, de roches et de boue.

Prenons pour exemple une des contrées de l'Europe les mieux étudiées par les géologues et les archéologues, la région des Pays-Bas <jue parcourent l'Escaut et la Meuse dans leurs plaines inférieures. En ces contrées, la coïncidence de périodes industrielles humaines avec des phénomènes d'irruptions glaciaires se serait produite à cinq reprises, nous disent les savants : par cinq fois, pendant cet espace de temps, les glaciers arctiques auraient refoulé les eaux, les forêts et les clairières habitées devant leurs murs de cristal 1 .

1. Rutot, Etat actuel de la Question de l'Antiquité de V Homme, Bulletin de la Société belge de géologie, 1903.

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