‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 1Chapitre 170 sur 338 · EX-VOTO EN FER FORGÉ A SAINT-LÉONARD (TYROL · texte numérisé non relu

EX-VOTO EN FER FORGÉ A SAINT-LÉONARD (TYROL

agissantes de la nature : tout vit, ainsi qu'en témoignent la plupart des langues ; elles donnent un caractère sexuel : « il «, « elle ■ à tous les objets. Avant l'invention du neutre, qui est

d'origine moderne, tou.te forme extérieure était représentée par un substantif masculin ou féminin 2 .

A ces âmes de la Terre qui assiègent l'homme de toutes parts se joignent les âmes de ceux qui ont vécu, de ceux qui ne sont pas encore : le « naturisme » devient <i animisme » ou plutôt se confond avec lui, car la mort frappe incessamment autour d'elle, et les souffles mystérieux, les « âmes », les « esprits » des êtres expirants vont se confondre avec les énergies, de nature également inconnue, qui sortent de la terre et des arbres.

L'homme se voit constamment environné par ces forces de diverse origine, mais de pouvoir égal : toutefois, les maladies, la mort intervenant dans son existence par de soudaines et parfois terribles apparitions, il se laisse facilement porter par son instinct à reconnaître en elles les plus redoutables déesses. Les Géorgiens traitent les fléaux pestilentiels de « grands seigneurs », et s'adressent à eux en un langage flatteur 1 .

1. J. Lubbock, Anthropological Review, oct. 1869. — 2. Max Miïller, Essais de Mythologie comparée, trad. G. Perrot, p. 72. — 3. Sakhokia, Bulletin de la Société d' Anthropologie de Paris, séance du 16 avril 1904.

290 l'homme et la terre. — FAMILLES, classes, peuplades

Le sauvage veut conjurer la mort quand elle se présente en ennemie pour lui enlever des compagnons, des amis, des parents; il l'invoque comme alliée, comme prolectrice pour abattre l'animal qu'il poursuit, le fauve qui l'attaque ou l'adversaire haï. Ce sont les âmes des morts, sorties de tous les cadavres tombés autour de lui, qu'il sent, qu'il perçoit tourbillonnant dans l'air en un voisinage propice ou inquiétant, suivant l'état de paix ou de guerre qui prévaut dans la population. On voit ces âmes, on les entend si bien que, pour leur échapper, ceux qui les craignenl cherchent à les égarer dans la forêt, fermant les chemins, déplaçant les cabanes, murant ou bloquant

ORNEMENTS SACRÉS DES PIROGUES DU VILLAGE DE LIKILIKI (ILE D'UALAN, CAROLINES),

recueillis lors du voyage de La Coquille (1822-1825).

les portes, changeant de costume pour n'être point reconnus, abandonnant même l'ancien langage pour en parler un nouveau '.

Parmi ces âmes en peine, il y en avait heureusement beaucoup qui arrivaient à se loger. Les parents du mort étaient souvent avertis en songe de l'endroit oîi s'était rendu le corps, de la transformation qu'il avait subie. Parfois ils entendaient sa voix dans un arbre et comprenaient qu'il s'y était réfugié; d'autres se révélaient dans un animal de la forêt, qui avait pris la ressemblance de l'être disparu. Une transmigration des âmes s'accomplissant de la vie précédente en d'autres vies nouvelles, tout objet de la nature environnante, la roche ou la source, la plante ou la bête, pouvait devenir l'asile du fugitif. Une seule chose était certaine, la continuité de la vie, fait que les sau-. vages comprenaient d'ailleurs de la manière la plus simple; sans

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