II PRÉFACE
gir encore, nous aurions mauvaise grâce à formuler des règles d'évolution ù l'inconnu, à battre le brouillard dans l'espérance de lui donner une forme précise et définitive.
iNon, mais nous pouvons du moins, dans cette avenue des siècles que les trouvailles des archéologues prolongent constamment en ce qui fut la nuit du passé, nous pouvons reconnaître le lien intime qui rattache la succession des faits humains à l'action des forces telluriques : il nous est permis de poursuivre dans le temps chaque période de la vie des peuples correspondant au changement des milieux, d'observer l'action combinée de la Nature et de l'Homme lui-même, réagissant sur la Terre qui l'a formé.
L'émotion que l'on éprouve à contempler tous les paysages de la planète dans leur variété sans fin et dans l'harmonie que leur donne l'action des forces ethniques toujours en mouvement, cette même douceur des choses, on la ressent à voir la procession des hommes sous leurs vêtements de fortune ou d'infortune, mais tous également en état de vibration harmonique avec la Terre qui les porte et les nourrit, le ciel qui les éclaire et les associe aux énergies du cosmos. Et, de même que la surface des contrées nous déroule sans fin des sites de beauté que nous admirons de toute la puissance de Kêtre, de même le cours de l'histoire nous montre dans la succession des événements des scènes étonnantes de grandeur que l'on s'ennoblit à étudier et à connaître. La géographie historique concentre en drames incomparables, en réalisations splendides tout ce que l'imagination peut évoquer.
A notre époque de crise aiguë, où la société se trouve si profondément ébranlée, où le remous d'évolution devient si rapide que l'homme, pris de vertige, cherche un nouveau point d'appui pour la direction de sa vie, l'étude de l'histoire est d'un intérêt d'autant plus précieux que son domaine incessamment accru offre une série d'exemples plus riches et plus variés. La succession des âges devient pour nous une grande école dont les enseignements se classent devant notre esprit et même finissent par se grouper en lois fondamentales.
La première catégorie d'événements que constate l'historien nous montre comment, par l'effet d'un développement inégal chez les individus et dans les sociétés, toutes les collectivités humaines, à
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l'exception des peuplades restées dans le naturisme primitif, se dédoublent pour ainsi dire en classes ou en castes, non seulement différentes, mais opposées d'intérêts et de tendances, même franchement ennemies dans toutes les périodes de crise. Tel est, sous mille formes, l'ensemble de faits que l'on observe en toutes les contrées de l'univers, avec l'infinie diversité que déterminent les sites, les climats et l'écheveau de plus en plus entremêlé des événements.
Le deuxième fait collectif, conséquence nécessaire du dédoublement des corps sociaux, est que l'équilibre rompu d'individu à individu, de classe à classe, se balance constamment autour de son axe de repos : le viol de la justice crie toujours vengeance. De là, d'incessantes oscillations. Ceux qui commandent cherchent à rester les maîtres, tandis que les asservis font effort pour reconquérir la liberté, puis, entraînés par l'énergie de leur élan, tentent de reconstituer le pouvoir à leur profit. Ainsi des guerres civiles, compliquées de guerres étrangères, d'écrasements et de destructions, se succèdent en un enchevêtrement continu, aboutissant diversement, suivant la poussée respective des éléments en lutte. Ou bien les opprimés se soumettent, ayant épuisé leur force de résistance : ils meurent lentement et s'éteignent, n'ayant plus l'initiative qui fait la vie; ou bien c est la revendication des hommes libres qui l'emporte, et. dans le chaos des événements, on peut discerner de véritables révolutions, c'est-àdire des changements de régime politique, économique et social, dus à la compréhension plus nette des conditions du milieu et à l'énergie des initiatives individuelles.
Un troisième groupe de faits, se rattachant à l'élude de l'homme dans tous les âges et tous les pays, nous atteste que nulle évolution dans l'existence des peuples ne peut être créée si ce n'est par l'effort individuel. C'est dans la personne humaine, élément primaire de la société, qu'il faut chercher le choc impulsif du milieu, destiné à se traduire en actions volontaires pour répandre les idées et participer aux œuvres qui modifieront l'allure des nations. L'équilibre des sociétés n'est instable que par la gêne imposée aux individus dans leur franche expansion. La société libre s'établit par la liberté fournie dans son développement complet à chaque personne humaine, première cellule fondamentale, qui s'agrège ensuite et s'associe comme il lui plaît aux autres cellules de la changeante humanité. C'est en