Cari Ritter, West-Asien, vol. IX, p
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tenant de siècle en siècle. Les annales mentionnent , il est vrai r les Lur et les Bakhlyari comme assujettis tantôt au Ghaldéens, tantôt aux Assyriens, aux Elamites ou aux Perses ; mais quelques offrandes apportées en grande et respectueuse cérémonie suffisaient à la vanité des suzerains, et ceux-ci, satisfaits de l'hommage, se gardaient bien d'attaquer les Bakhlyari dans leur multiple forteresse aux cent remparts, aux défilés impraticables. Au contraire, les princes akhéménides, dans tout l'éclat de leur puissance, payaient un droit de passage aux Cosséens ou Bakhtyari quand ils voulaient se rendre d'Ecbatane à Babylone ou de Pcrsepolis à Suse\
Ces montagnards redoutés restent d'autant plus facilement maîtres chez eux qu'ils ont gardé plus de mobilité dans leurs allures, étant successivement nomades comme pasteurs de bétail, puis résidants fixes comme agriculteurs ; ils transhument du haut en bas de la montagne, plusieurs fois par année, suivant les saisons, et peuvent, à l'occasion, se grouper en troupes considérables ou se disperser comme des chamois entre les précipices. A ce genre de vie ils ont gagné un grand esprit de liberté, un fier sentiment d'indépendance égalitaire qui les portent facilement à mépriser des voisins moins favorisés par la nature. Leur nom de peuple, qui signifie « heureux », « vaillant », « invincible », témoigne des causes qui leur ont valu la liberté et leur ont donné la belle fierté d'allure et la clarté du regard. Ils consentent parfois à servir comme volontaires dans l'armée persane, mais à condition de rester ensemble et de ne pas être distribués en divers régiments. Dès que leurs droits héréditaires sont lésés, ils se mettent en insurrection et souvent ils descendirent en vengeurs sur les cités des alentours. lis n'accueillent aucun fonctionnaire dans leurs montagnes, mais ils sont très gracieux et prévenants pour l'étranger, et quelques Anglais, même une Anglaise, depuis 1890, ont profité de cette bonne hospitalité pour aller passer chez eux la villégiature estivale.
Quoique les Bakhtyari se ressemblent beaucoup, par suite des conditions du climat et du genre de vie imposé par la nature, quoiqu'on leur trouve « comme un air de famille », ils appartiennent à des groupes ethniques différents, et c'est encore le relief orographique de la contrée qui explique ces diversités. On trouve quatre
1. Strabon, d'apjès Néarque, livre XI, chap. xin, 6 ; Amen, Anabase, VII, 15 ; Perrot et Chipiez, v, 499.
INDEPENDANCE DES BAKHTYARI
nationalités distinctes chez les Suisses : Allemands, Français, Italiens, Romanches ; il en existe au moins autant chez les JJakhtyari. Les uns paraissent être de purs Aryens, d'autres sont incontestablement d'origine sémitique. La plupart sont considérés comme étant de sang turc ; enfin, il en est qui ont plutôt le type mongol, et de nombreuses sous-variétés indiquent le mélange en des proportions changeantes
N° 51. Route de Babylone à Ecbatane.
ÎOOKil,
Mais ces peuples d'origine multiple parlent tous des dialectes à type persan, grâce au génie iranien qui les a civilisés. La grande variété des populations dans le pays des Bakhtyari s'explique par le mouvement des guerres qui se sont produites autour de leurs massifs. Suivant les vicissitudes des victoires et défaites, des tribus et des armées de nationalités très différentes ont été refoulées des avant-monts ou des plateaux et se sont cantonnées dans ces forteresses naturelles du pays d'Elam : des traditions locales racontent la venue de ces groupes originairement distincts et souvent superposés en suzerains et en vassaux suivant un mode féodal. L'induction historique rapproche I 19*
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maintenant les termes Bakhtyari, Bactriane et la famille des Bak pénétrant en Chine, mais les inscriptions des conquérants mentionnent rarement ces habitants des hautes cluses qui ne recherchaient pas la vie plus facile des plaines, et qu'épargnaient aussi les horreurs de la guerre. Les annales des grands empires, élamite, babylonien, assyrien, mède, perse, ignorent ces résidus humains vivant à l'abri de la gloire.
A part ces populations et 'quelques autres moins considérables, auxquelles le relief de la contrée permet de se maintenir dans un isolement relatif, les habitants des hautes terres iraniennes devaient, par la facilité des contacts et des croisements, s'unir sans peine en un seul corps de nation. Mais cette unité politique correspondant ù l'unité géographique du plateau n'implique nullement l'unité de races parmi les éléments ethniques venus spontanément ou amenés des régions diverses du pourtour. Au contraire, ces éléments présentaient originairement de très grands contrastes, et il ne pouvait en être autrement puisque les contrées avoisinantes diffèrent beaucoup par le sol et le climat ; montagnes de l'Arménie et plaines basses de la Chaldée, vallées arides du Mekran et rivages brûlés du golfe Persique, régions sablonneuses où coule l'Oxus et steppes de la Caspienne, autant de pays à natures opposées ayant pour habitants ici des agriculteurs, là des nomades, ailleurs des pillards, gens les plus divers par le langage, les traditions et les mœurs, nègres et Sémites, Aryens et Touraniens.
Mais ces habitants de toute provenance, que les événements complexes de l'humanité ont fait se rencontrer sur le plateau de l'Iranie occidentale, y ont subi une transformation plus ou moins rapide de leur nature première, et toute la masse humaine formée de ces éléments divers a été repétrie en une pâte nouvelle. Les montagnards descendus des hautes vallées neigeuses, les riverains montés du littoral aride et brûlant se sont, les uns et les autres, mais en sens inverse, accommodés au climat, nouveau pour eux, de ces terres baignées dans un air léger.
En son entier, la Perse se trouve comprise dans la zone dite tempérée, quoique certaines parties de ses côtes, le long des mers indiennes, doivent une température brûlante à la direction des vents, au manque de pluies et à leur exposition aux ardeurs du midi. D'à-