LIEUX DE BATAILLES
riques, se profile dans le ciel parallèlement à la route qui longe la base méridionale des monts. D'après les ouvrages sacrés des Iraniens, l'Àlbordj est la première montagne qui sortit des mains d'Ormuzd, et le dieu lui confia le devoir de verser les eaux et de faire naître les
N° 54. Elburz oriental, Mazanderan.
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51° E. de Gr
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hommes. La religion iranienne voit dans l'Albordj le pays des sept parties symétriques de la Terre, qui correspondent aux sept cieux des planètes et aux sept cercles de l'enfer, aux sept couleurs de l'arc-enciel, aux sept métaux de l'intérieur des roches et aux sept jours de la semaine, aux sept péchés capitaux et aux sept vertus cardinales. Car
l'homme eut de tout temps l'idée du nombre, du rythme, de l'harmonie ; mais, dans sa puérilité première, il en chercha les lois dans la répétition identique des faits et en de grossières analogies, non dans la correspondance intime des causes et des effets. « Le Mont des Génies » ou Demavend donnait à l'ensemble de l'Albordj une personnalité
D'après une photographie de J. de Morgan (Mission archéologique en Perse). SOTTRCE D'EAU CHAUDE A TTJNEKABUM (MAZANDERAF)
divine, grâce peut-être à des éruptions de laves, et certainement à ses neiges, à ses colonnes de vapeurs, à ses déluges soudains, à ses flots d'eaux thermales jaillissantes. C'est l'ancien mont du Kaçyapa (kaspion oros) « qu'éclaire d'abord le soleil », dont le nom se communiqua à la mer « Caspienne », étendue à sa base.
A l'est du Demavend, les brèches sont nombreuses : c'est la région des « Cent portes » ou des « Cent pylônes », les Hekatompyles, où des « centaines » de sentiers descendaient vers les bords de la Caspienne, offrant en cette partie de son pourtour une zone assez large de campagnes très fertiles, le Mazanderan actuel. Aussi la ville de Hekatompylos,
ROUTE LONGEANT L'ELBURZ 375
que de Gobineau identifie avec la moderne Damghan, devint-elle à
N° 55. Elburz occidental, Ghilan.
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Les mots Kyzil-Uzen et Sefid-rud doivent être intervertis; le Kyzil-Uzen est la branche maîtresse
de gauche du Sefld-rud.
diverses reprises, sous la domination des Parthes, la capitale du monde
376 l'homme et la terre. — iranie
iranien. Commerçants, colons, agriculteurs s'y groupèrent en un centre vital, déjà fameux dans la plus haute antiquité, puisque la tribu des Parniens qui en possédait les comptoirs était signalée comme très riche jusque dans l'Inde lointaine 1 .
A l'ouest du formidable volcan, au contraire, la chaîne de l'Elburz présente très peu de brèches. Sur l'étroit littoral de la Caspienne il n'y avait guère de chemin : de ce côté, l'avenue côtière qui s'ouvrait devant les voyageurs était coupée de torrents rapides, interrompue par de vastes promontoires d'une escalade difficile, habitée de (populations guerrières très disposées à rançonner les passants. Pratiquement cette série de défilés sinueux, qui se prolongent sur un espace de 800 kilomètres entre les déserts transcaspiens et les plaines de la Transcaucasie, reste fermée aux émigrations ethniques : malgré l'apparence que cette corniche du littoral prend sur la carte, il ne faut point la considérer comme formant une voie historique de signification majeure. Presque tous les étrangers qui s'aventurèrent sur ce rivage furent obligés de s'arrêter en route, soit pour combattre les montagnards du pays de Ghilan et -chercher à s'emparer du sol sur lequel ils s'étaient hasardés, soit pour franchir la chaîne de l'Elburz et rejoindre, sur le versant opposé, la grande route des nations qui longe la face méridionale des monts.
A l'est de la Caspienne, la voie médiane de l'Asie se bifurque : une moitié suit la base méridionale du Caucase iranien, tandis que l'autre descend au nord dans les plaines. En cet endroit, les cassures des monts donnent accès à plusieurs sentiers qui se dirigent vers l'angle sud- oriental de la mer et vers le cours inférieur de la rivière Gurgen. Le point géographique occupé actuellement par la « Ville des Etoiles » ou la « Ville des Mulets » — Astrabad ou A sterabad — est un lieu historique par excellence, où devait naître une station de caravanes, où elle devait renaître aussitôt après le passage destructeur d'un conquérant. On essaya naturellement de fortifier l'entrée de l'escalier des monts, et l'on voit encore au delà du Gurgen les traces d'une muraille qui, partant des bords de la Caspienne, se prolonge au loin dans le désert et que les indigènes attribuent au héros légendaire, Alexandre aux deux Cornes. La persistance même de ce nom de Gur-
1. Hermann -Brunnhofer, Urgeschichte der Aryer in Vorder und Central- Asien, Erster Band, p., 131.
GHILAN, HYRCANIE
gen ou « des Loups » appliqué à un faible cours d'eau, souvent presque tari, prouve l'importance capitale qu'eurent ces points stratégiques, car le Gurgen n'est autre que le Hirkhan, dont le nom fut donné à toute l'Hirkhanie (Hyrkania), c'est-à-dire aux régions qui s'étendent de l'Inde à la Caspienne ou « mer d'Hyrcanie » .
Toutefois, les portes historiques ouvertes à travers cette partie du
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D'après une photographie de J. de Morgan (Mission archéologique en Perse). ' PONT DE LEÏS SUR LE KYZIL-TJZEN (GHILAN).
diaphragme de l'Asie n'ont qu'une valeur secondaire. Les seuils du Gurgen mènent à des espaces déserts ou faiblement peuplés qui, pendant la période connue de nous, furent presque toujours occupés par des pillards. Les chemins latéraux, à droite, à gauche, sont dangereux ou du moins pénibles à parcourir. A droite, c'est-à-dire vers l'est, les montagnes auxquelles on peut donner le nom d'ensemble de Caucase iranien ou de Caucase des Turkmènes se profilent en plusieurs arêtes parallèles, qu'il faut contourner au nord par une succession d'étapes coïncidant avec les oasis ou du moins les terres humides situées à l'extrémité septentrionale des vallées. Pareil voyage était beaucoup plus long et en outre plus périlleux que le parcours de la route méridionale, longeant sur le plateau d'Iran la base des arêtes bordières. Le lieu de passage par excellence entre les deux versants du dia-
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phragme asiatique devait donc se trouver à l'endroit où les deux fleuves parallèles, dits aujourd'hui le Murgh-ab et le Heri-rud, traversent de part en part les arêtes du Paropamisus. Là des vallées fertiles occupent les deux versants, et deux cités qui, depuis, furent parmi les plus populeuses de la Terre, d'un côté Herat, de l'autre Merv, purent prendre naissance. Là les traversées de sables infertiles sont beaucoup moins longues que dans les autres régions bordières de l'Iranie, et même l'on peut, en se dirigeant au nord-ouest, gagner le cours de l'Oxus et ses campagnes riveraines par des contrées qu'arrosent des gaves abondants, descendus des montagnes voisines. En cet endroit, tout le système du relief asiatique se trouve évidé comme par un vaste golfe où les populations se sont massées en nombre et où, de temps en temps, la pression des migrations et des conquérants a dû refouler les habitants de l'autre côté des montagnes : là se dessine la grande courbe du chemin naturel de l'Asie médiane.
L'étude de l'Ancien Monde dans son ensemble relativement à l'Iran nous montre d'une manière évidente l'importance capitale de cette route historique de la Perse comme tronc commun des principales voies géographiques que nous allons énumérer.
Le continent d'Afrique n'avait jadis de rapports avec l'Asie que par ses côtes nord-orientales et par le pays des Hymiarites à l'entrée de la mer Rouge : c'est donc par l'isthme de Suez ou par le détroit de Babel-Mandeb que l'influence africaine devait se propager jusqu'à l'Iran, en passant par le bassin de l'Euphrate. Les contrées méditerranéennes, prolongeant leur axe vers File de Cypre et le golfe d'Alexandrette, pointaient également vers le haut Euphrate et les plateaux iraniens. La mer Noire, où venaient aboutir les voies de l'Europe entière par le Don, le Dniepr, le Dniestr, le Danube, est bordée de chemins dont la ligne de convergence atteint le socle persan j)ar la Transcaucasie et les seuils voisins de l'Ararat. Enfin, des chemins rayonnent de la Perse vers toutes les contrées de l'Orient : l'un en contournant la base orientale des grands plateaux pamiriens pour gagner la porte de la Dsungarie, et tous les autres par les défilés et les seuils des hautes terres de l'Asie centrale : ce sont les routes par lesquelles, de toute antiquité, se fit, avec l'Extrême Orient, le précieux trafic du jade et autres substances de grande valeur sous un faible volume. Et toute
VOIES HISTORIQUES DE L'iRAN 379'
cetle immense ramure des voies historiques, se développant de l'est à l'ouest à travers le monde, avait un passage commun suivant comme un fil conducteur le versant méridional des monts de la Caspienne, sur le socle iranien.
On le voit, les terres du plateau persan sont incontestablement
N° 56. Routes du plateau d'Iranie.
E.de Gr.
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^—'"•'•..Routes mineures.
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devenues, par le fait même de leur relief géographique, un chemin nécessaire de la civilisation qui se propage d'un bout du monde à l'autre, mais on pourrait croire que d'autres régions offrent des avantages analogues dans les pays du Nord où s'étendent des plaines infinies souvent parcourues dans tous les sens pendant le cours des âges par des peuples migrateurs. Il est vrai, les exodes, les magnifiques chevauchées sont encore bien autrement faciles que sur le plateau d'Iran dans
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les terres d'en bas, steppes ou déserts de la Dsungarie, de la Sibérie et de la Russie orientale, mais ces régions n'étaient guère habitées que par des nomades dont l'état de culture ne pouvait facilement se modifier à cause de la grande uniformité des conditions de la vie. Les envahisseurs venus de l'Est ou de l'Ouest s'y perdaient comme dans une mer ; d'un côté à l'autre de l'immense plaine, le déplacement des nations s'accomplissait sans que leur civilisation eût été changée ; sortis nomades et incultes des portes de la Dsungarie, ils se présentaient à celles des Carpates avec des mœurs identiques : la secousse morale qui devait opérer une révolution dans leur existence ne se produisait qu'à des milliers de kilomètres de leur pays d'origine.
Il en était tout autrement, nous l'avons vu, sur les hautes terres de l'Iran, grâce au contraste que ce pays présente avec toutes les régions circonvoisines. Que les émigrants vinssent des plaines de la Mésopotamie ou des vallées caucasiennes, des sables du Turkestan ou du bassin de FIndus, ils se trouvaient par cela même transportés en un milieu tout nouveau, et le chemin qui leur était tracé d'avance leur offrait l'occasion d'apprendre, de se transformer même sous l'influence d'une civilisation différente de la leur. On peut comparer la voie septentrionale de la Perse, entre Meched et Hamadan, à une espèce de laminoir dans lequel les populations ont soumis leurs idées et leurs mœurs, comme des métaux ductiles, à une élaboration nouvelle, de sorte que, entrés barbares dans le pays, ils en partaient initiés à un degré supérieur de civilisation. De là l'importance capitale de la Perse dans l'ensemble de l'histoire humaine ! Ce n'est pas sans raison que tous les peuples occidentaux et orientaux, Européens, Américains, Hindous, Chinois, regardent vers les contrées de l'Iran comme vers un pays d'ancêtres. Les légendes qui montrent les premiers hommes descendant de ces monts ont un fond de vérité.
Au Nord du diaphragme qui relie l'Elburz au Pamir et dont les chaînons intermédiaires portent différents noms souvent employés dans un sens peu précis : Monts du Bord, Caucase iranien, seuil des Turkmènes, montagnes du Khorassan, Paropamisus, Hindu-kuch, les bassins fluviaux, que forment les glaces et les eaux descendues du versant occidental des énormes massifs, plateaux et montagnes du Tian-chan et des Pamir, constituent les contrées les plus avancées vers l'est qui, de ce côté du monde, aient reçu des populations civili-
VOIES HISTORIQUES DE L'iRAN
sées. Même à l'époque où l'eau y était plus abondante, ces territoires restaient « imparfaits », pourrait-on dire, en comparaison de la Mésopotamie; ils étaient jusqu'à un certain point des ébauches incom-
N° 57. Pays des Turkmènes.
KIZ-JiL, - KU M
E.de Gr.
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500 Kil.
plètes de la nature, puisque des montagnes et des déserts les privaient de leurs relations normales avec le reste de l'Ancien Monde. Limitées au nord, au nord-ouest et à l'ouest par les régions sableuses ou argileuses de parcours difficile, ces contrées se rattachent pourtant aux campagnes du sud par les vallées herbeuses des monts intermédiaires. Elles peuvent être considérées comme des ganglions qui se succèdent I 20
382 l'homme et la terre. — iranie
sur un filet nerveux, se développant en sinuosités à la base des plateaux, traversant le diaphragme montagneux de l'Asie pour passer des plaines sibériennes dans la dépression de la Perse septentrionale et descendre à l'ouest vers le bassin commun du Tigre et de l'Euphrate. Certes les terres qu'arrosent le Sir et l'Amu ne sont pas un centre de convergence pour les voies historiques comme l'est jBabylone, par exemple, où aboutissent les voies de l'Arabie et de l'Afrique, de la Phénicie et de l'Asie Mineure, des pays de la Méditerranée et de la mer Noire, du Caucase et de toutes les contrées de l'Hyrcanie lointaine, de l'Iran et de l'Inde ; toutefois, on y reconnaît des nœuds de ramifications secondaires, ayant aussi une importance fort grande dans l'économie générale du monde, puisque ces vallées sont traversées par des chemins de commerce, mettant l'Orient en communication avec l'Occident.
Un premier bassin fluvial, très septentrional, celui du Tchu, emmène le trop plein de l'Issik-kul, ou « lac Chaud ». Il mérite à peine d'être mentionné comme lieu de séjour, n'étant, pour ainsi dire, qu'une indication géographique, un trait d'attente : ses eaux sont bues par les sables, et le désert y pénètre, ne laissant aux agriculteurs, c'est-à-dire aux civilisés, qu'un espace trop étroit.
La zone de peuplement ne commence qu'avec le Iaxartes des Grecs, le Silis des anciens Scythes, connu de nos jours sous le nom de Sîr ou Sîr-daria. Ce premier fleuve est moins riche que son rival du sud en relations naturelles avec le reste du continent. Né dans le cœur même du ïian-chan, il parcourt par ses affluents supérieurs des combes neigeuses et de sauvages défilés : la contrée appartient à un climat trop rigoureux pour que la population ne soit pas très clairsemée et puisse avoir d'autre industrie que le soin des troupeaux. L'agriculture, condition première de la civilisation, n'est possible que dans la plaine de Ferghana, ancien lac au alluvions horizontales, parfaitement arrosée par les eaux abondantes du Sîr et de ses affluents nombreux. Ce bassin est une autre Lombardie par la beauté et la variété de ses cultures, par la magnificence de ses horizons de montagnes qui limitent les cultures au nord et au sud, comme d'autres Alpes et d'autres Apennins. Le pays, l'un des plus charmants du monde, renommé dans les contrées de civilisation iranienne par la douceur et la clarté tranquille de son atmosphère, est « tout bleu », dit le voyageur Ujfalvy,
IRAME EXTERIEURE
délicieusement nuancé d'une teinte de turquoise : le ciel est bleu; de même l'eau des lacs et des ruisseaux, le plumage des corbeaux et des merles, les pierres des champs et les murs des édifices.
Mais cette magnifique plaine n'a pu acquérir autrefois grande valeur
N° 58. Montagnes et Territoires de l'Asie centrale.
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