‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 1Chapitre 245 sur 338 · Hache · texte numérisé non relu

Hache

une de celles qui entrèrent le plus profondément dans la vie des nations et les poussèrent le plus avant vers des voies nouvelles. Ainsi la forme de labourage, devenue en ces temps modernes le symbole de l'esprit conservateur par excellence, fut, aune certaine époque, un événement révolutionnaire. En outre, ce changement dans les pratiques du laboureur eut, paraît-il, pour conséquence d'entraîner la substitution d'un aliment à un autre dans la nourriture des populations iraniennes. La céréale qui, jusqu'alors, avait fourni le pain de

IRANIE

l'homme était le millet 1 ; mais lorsque l'agriculteur eut à sa disposition un instrument qui lui permettait de retourner le sol plus facilement et sur une plus grande profondeur et largeur, d'autres plantes nourricières, le froment et l'orge, dont les botanistes cherchent la patrie dans les montagnes de l'Iran et de l'Asie Mineure, l'emportèrent peu à peu dans

Plan r ,. ix-

1 alimentation.

La perspective des âges rapproche les événements qui se sont accomplis dans une époque lointaine; et, par suite, l'historien risque fort de se tromper en voyant sur un même tableau, dont les plans se confondent, les découvertes successives réalisées en ces temps éloignés. Mais s'il est vrai, comme on l'admet volontiers, que l'utilisation des animaux domestiques et l'invention de la roue aient à peu près coïncidé avec le perfectionnement du labourage et l'acquisition d'une nourriture plus riche, l'homme du monde aryen aurait été alors engagé en un cycle merveilleux de progrès dans les arts, la science et la pensée.

On comprend que nos ancêtres, pleins d'un enthousiasme naïf pour les victoires qu'ils venaient de remporter sur le destin, aient évoqué de leur cerveau une religion nouvelle, celle de l'agriculture, avec ses fêtes du Labour, des Semailles et de la Moisson. «Quelle est la bonne obéissance à la vraie foi ? » dit un passage de FAvesta. « C'est la vigoureuse culture du blé », répond Ormuzd. « Quand le blé pousse,

Vue lonôitudinale Coupe longitudinale

D'après une photographie de J. de Morgan (Mission archéologique en Perse).

CASES MAZDÉENNES D'EXPOSITION DBS COUPS

1. Hahn, Demeter und Baubo, Die Haustiere und ihre Beziehungen zur Wirtschaft des Menschen.

RELIGION MAZDEENNE

Les démons ont peur: quand on le scie, ils hurlent d'épouvante; quand on le moud, ils disparaissent ».

Le culte primitif du Feu, du Labour, de la Charrue, des Bœufs domestiques et du Pain vivifiant naquit du sentiment de la reconnaissance en même temps que d'un émerveillement bien justifié, et cette vénération première ne dut contribuer en aucune façon à l'abai ssement intellectuel de l'individu ; dans les pratiques de ces religions, rien ne pouvait dégrader le fidèle.

La corruption et l'abêtissement ne se firent sentir qu'avec l'observation forcée des rites et La sotte répétition des formules: le culte ne devint cause de régression mentale qu'à partir du moment où il tomba sous La direction des prêtres conservateurs, qui, pour la peine, ne manquèrent pas de se faire octroyer la dîme, la quinte ou même jusqu'à la tierce des biens. À ces croyances des Iraniens primitifs, que l'on découvre d'une façon très nette dans l'Àvesta et dans les autres livres liturgiques de la Perse, se mêlèrent naturellement toutes les religions du naturisme et de l'animisme. Vdmiration du ciel et des nuages, vénération de l'eau vivifiante qui jaillit du rocher et qui tarirait bientôt au soleil si on ne la cachait en des canaux souterrains, peur des génies mauvais qui naissent des émotions irraisonnées de l'homme, tous ces sentiments faisaient partie de la religion iranienne avant que fût formulé le mazdéisme, adoration du « très Haut >-, du « très Sage > , qui prit une si grande im-

Dessin de S. Roux, d'après une photographie.

MENDIANT VOYAGEUR (Perse)

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portance en Iranie et dans l'histoire de la pensée humaine et qui, englobant toutes les formes religieuses précédentes, y ajouta la notion de l'antagonisme absolu entre le Bien et le Mal.

Il importe peu que le fondateur, un Zaratvastra, Zarathustra, Zadutch ou Zoroastre quelconque, ait été un personnage réel, né dans la Bactriane, à Rhagae ou dans l'Atropatène, ou bien un type légendaire, créé postérieurement. Etait-il, d'après une étymologie plausible, mais incertaine, « le bon laboureur »■ ? à quel titre le considérait-on comme le premier prêtre, le premier guerrier, le premier cultivateur, c'est-à-dire, comme le représentant de toutes les classes victorieuses et soumises? nous ne savons : il suffît que son nom symbolise la religion essentiellement dualiste de l'Iran.

Si les religions primitives du Feu, du Labour, de la Nature, des Génies ne sont pas nécessairement liées, dans les phénomènes de leur naissance et de leur développement, à des conditions géographiques spéciales, il n'en est pas de même du mazdéisme tel que le proclama Zoroastre. Ce culte doit certainement, en grande partie, son caractère si net à la nature de l'Iran.

Sans doute, la conscience d'un combat éternel de deux forces n'a rien de spécial à la Perse, et chaque nation, chaque individu le retrouve en soi. Nous voyons sans cesse, en nous et autour de nous, le rythme de toutes choses et de leurs contraires : lumière et ténèbres, santé et maladie, joie et tristesse, rires et larmes, amour et haine, vie et mort. De même, l'homme se dédouble volontiers en esprit et matière, quoique l'unité de sa nature lui soit, par sa vie même, démontrée d'une manière évidente. On parle aussi des sexes comme s'ils étaient des principes opposés. Enfin, au point de vue politique et moral, toutes les sociétés se décomposent en partis et en ço/, en amis et ennemis, en citoyens et étrangers, en Grecs et Barbares, même en Fils du Ciel et Diables de l'Enfer.

Mais la Perse nous présente, en dehors de l'individu, cette lutte des deux principes sous des formes matérielles qui devaient la remémorer sans cesse aux fidèles. D'abord le grand fait géographique du contraste précis entre le haut plateau et les plaines basses :

1. D'après A. V. Williams Jackson — Zoroaster, the Prophet of Ancient Iran — Zar-uchtra signifie « le chameau sauvage », mots qu'il serait difficile d'expliquer symboliquement.

RELIGION MAZDEENNE

steppes turkmènes d'un côté et campagnes de la Mésopotamie de l'autre, contraste que devaient accentuer davantage les mœurs hostiles des nations en contact, ici les Iraniens, là les ïouraniens. Enfin, sur le plateau même se produit l'opposition brusque entre les jardins des cités et les sables ou les salines. En mainte partie de l'Iran, chaque

N° 67. Empires et Centres.

l.de Gr.

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ville s'entoure d'une zone ondoyante qu'elle doit proléger par une muraille de pierre pour arrêter les dunes. Telles sont les conditions que symbolisent les personnages épiques de Rustem l'Iranien et d'Afrasiab le Touranien, de Féridun, le roi très bon, et de Zohak le tyran, dont les épaules se redressent en serpents avides de cervelles humaines.

Et, clans le mythe religieux, le contraste se continue par la création des jumeaux divins nés dans la même matrice, égaux en puissance, et

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