‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 1Chapitre 260 sur 338 · CONTRASTE DES' DEUX VERSANTS · texte numérisé non relu

CONTRASTE DES' DEUX VERSANTS

leurs, elle quittera le pays sans laisser de traces. De l'autre côté, les peuples cantonnés en leur massif de montagnes ou parqués en leurs bassins de culture, bien limités, se composeront de bergers et d'agriculteurs résidants ayant un genre de vie stable, des institutions permanentes, des rapports déterminés avec les nations limitrophes. L'histoire les embrasse volontiers. dans ses descriptions et ses

Musée de l'Ermitage, h St-Pétersbourg.

SCYTHES ARMÉS DE LANCES, d' APRÈS LE VASE De'kIIL-OBA

récits, tandis qu'elle reste longtemps ignorante des hordes fugitives et lointaines qui s'agitaient au delà du Caucase.

Aux origines de l'humanité consciente, les monts d'entre Caspienne et Pont-Euxin présentent donc deux faces à caractère bien distinct, le côté de la civilisation relative, celui de la barbarie; la lumière au midi, et l'ombre sur le versant du nord. Cependant des échanges pouvaient avoir lieu de l'une à l'autre région, mais plus encore par une voie détournée que directement par les passes des montagnes. On a constaté, durant le cours des siècles, que les mouvements de migrations et de conquêtes se sont faits très fréquemment de l'Asie antérieure et des plaines Sarmates — la Russie méridionale — en se propageant à l'ouest par la Thrace européenne, le long des rives de la mer Noire. Jadis les Kimmériens et les Scythes, de même que les Turcs à une époque plus récente, firent ainsi le grand circuit en suivant les côtes, conformément à la « loi du moindre effort ».

Pourtant, si âpre d'accès, si difficile à l'escalade que soit le multiple

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rempart du Caucase, placé obliquement entre les deux mers, sur une longueur d'un millier de kilomètres et séparant l'une de l'autre des contrées fort différentes par la nature du sol et le climat, des peuples en fuite ou dans l'élan victorieux des expéditions guerrières vinrent fréquemment se heurter contre ces monts et tentèrent de les franchir. C'est en des occasions tout exceptionnelles, lors des grands ébranlements nationaux, qu'aux échancrures favorables dans les hautes arêtes, des bandes armées cherchèrent à forcer un passage ou que se produisit un mouvement de migration lente.

La première de ces portes naturelles — le Darial — s'ouvre vers le milieu de l'isthme, mesuré de l'est à l'ouest au lieu le plus étroit, où l'on compte environ 5oo kilomètres de mer à mer. Des deux côtés, de la Cis-Gaucasie à la Trans-Caucasie, on s'élève vers le point faible de la chaîne par une large vallée, au nord celle du Terek, au sud celle de la Kura, les deux fleuves les plus abondants du Caucase ; les alignements des montagnes ne présentent dans la région du seuil qu'une centaine de kilomètres d'épaisseur. Le point le plus haut du col, dit aujourd'hui le « mont de la Croix » — Krestovaya Gora — (2 263 mètres), n'atteint pas la limite des neiges persistantes, qui. dans certaines parties du Caucase, ne se trouve qu'à 3 5oo et même à 4 000 mètres d'altitude. La route à suivre pour traverser la montagne en cet endroit est d'autant mieux indiquée que la chaîne du nord, prolongement de l'arête majeure du Caucase occidental, est complètement coupée par les eaux du Terek ; il n'y a là qu'une seule crête à traverser et le voyageur qui a remonté par gorges et vallées le long du fleuve et contourné l'énorme massif du Kàzbek franchit un étroit rempart et descend déjà dans la vallée d'un affluent de la Kura.

Or, dès les origines de l'histoire, on constate que des populations de provenance iranienne, les Osses ou Ossètes, qui se donnent euxmêmes le nom d'Iron, s'étaient solidement établies sur la voie de passage et occupaient les deux parois d'entrée et de sortie. Grâce à cette prise de possession, les Osses purent défendre cet important chemin du Caucase, qui devait être un centre d'attraction par excellence pour les peuples migrateurs ; mais le danger dut être parfois très pressant, surtout à l'époque où le déluge des barbares descendait vers le midi, et «c'est ainsi qu'il y a environ quatorze siècles, les deux empereurs

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