PASSAGE A L EST DU CAUCASE
Il y a deux mille années, une armée de travailleurs, sous les ordres de Mithridate, s'installa sur ce littoral pour y tracer une route en corniche comme celle qui suit le rivage de la Méditerranée entre Nice et la Spezia : c'était le seul moyen d'unir les deux moitiés
N° 76. Vallées fermées du Caucase occidental.
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soKil.
de l'immense empire, au nord et au sud du Pont-Euxin ; mais cette route n'eut son effet que pendant un petit nombre de décades, car les empereurs de Rome, ni ceux de Bysance, ne prirent aucun souci de l'entretenir ; les Russes ne la rétablirent qu'après un abandon de vingt siècles.
Au massif de montagnes, un dans sa formation, correspond une population une par ses origines, ses mœurs et son histoire, mais que le cantonnement en petits groupes a puissamment différenciée. A.
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l'exception des Svanes du haut bassin de llngur, et des Karatehaï, « gens du Torrent Noir », des vallées septentrionales voisines de l'Elbruz, tous les habitants des montagnes de l'ouest appartenaient au groupe des nations plus ou moins mélangées que l'on désignait jadis sous le nom générique de Tcherkesses ou Circassiens. Il est vrai que les Kabardes (Kabardin, Kabertaï) de l'est, les Adighé clu nordouest, les Abazes ou Abkhazes du versant méridional présentent entre eux de notables différences provenant du sol, du climat et des relations de commerce, mais ils constituaient un groups ethnique parfaitement reconnaissable. Telle était, d'une manière générale, la distribution des peuples dans le Caucase avant l'arrivée des Russes, et l'on peut dire en toute certitude qu'à l'époque antéhistorique, les conditions du milieu, analogues à celles de nos jours, déterminaient un groupement de même nature chez les rares habitants.
Quelle que fût l'origine de telle ou telle tribu des montagnes, la nature de la contrée condamnait la plupart des indigènes à une existence entièrement isolée. Les vallées du Caucase, n'offrant qu'une porte du côté de la plaine et limitées de tous les autres par les neiges, des glaciers inaccessibles, constituaient autant de domaines distincts, parfois même de véritables prisons, d'immenses chausseirapes dans lesquelles des peuplades se trouvaient enfermées, gardant leur individualité particulière. Telle vallée de la Svanétie (Souanétie, Svanie) ou du Daghestan était un monde véritablement clos où •quelque famille emprisonnée vivait inconnue des nations du dehors; formant à elle seule une petite humanité ignorant la grande humanité du vaste monde.
En aucune autre région montagneuse de l'Europe et de l'Asie, on ne constate l'existence de tant de groupes humains se distinguant nettement des uns des autres et se refusant à reconnaître des liens de parenté pourtant incontestables. C'est que nulle autre contrée que le Caucase ne présente en même temps et au même degré des caractères d'ordre plus différent, n'exerce, par la richesse naturelle •de sa flore et la douceur de son climat, une si grande force d'attraetion, ne détient, par la forme de ses bassins à difficile issue, une telle puissance de fixation .
Un passage de la Géographie de Strabon (liv. XI, ch. n, p. 16), très ■fréquemment cité, relate que, d'après les récits des marchands,