MILIEUX TELLURIQUES
Mais ces étendues mornes, où les Eskimaux campent au milieu des glaces, ne leur fournissent que bien avarement les ressources nécessaires à [l'existence. Il n'est donc guère probable que ces tribus aient eu pour lieu de naissance les contrées de la grande froidure, habitées aujourd'hui par elles, à moins que le climat local se soit refroidi peu à peu, obligeant les aborigènes à se modifier sans cesse, à changer leur genre de vie pour s'accommoder à la nature ambiante. On présume que
les habitants du Grand Nord ont été graduellement refoulés de régions plus tempérées vers les rivages de l'océan Polaire et nombre d'archéologues voient en eux des Magdaléniens suivant le retrait des glaces dans la direction du nord. Dans leurs voyages, les Eskimaux furent
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évidemment guidés par les facilités de la chasse et de la pèche : ils ont accompagné les bœufs musqués, les baleines, les morses et les phoques. Là où manquaient ces animaux, là aussi manque tout vestige d'habitations innuit, notamment dans l'archipel polaire du nord-ouest \
Lorsque l'histoire mentionne les Eskimaux pour la première fois, plusieurs de leurs peuplades occupaient encore des contrées d'un clima, moins âpre. Il y a neuf siècles, quand les Normands débarquèrent, beaucoup au sud du pays des Innuit actuels, sur les côtes du Helluland (Terre-Neuve) et du Vinland (Nouvelle-Ecosse?), les hommes qu'ils eurent à combattre n'étaient point des Algonquins, chasseurs à peau rouge, mais des Skraellinger, c'est-à-dire des Karalit, purs Eskimauv, apparentés à ceux de l'archipel polaire.
De nos jours, la limite est presque partout assez bien marquée entre les deux races et correspond avec les traits de la nature : « Là où sont les arbres, là est l'Indien; là où commence la mousse, là commence TEskimau >>, dit le proverbe. Dans l'Amérique orientale, des guerres d'extermination ont donné à cette frontière naturelle la consécration du sang versé. « La terre est trop petite pour porter les deux races », disait un Innuit au voyageur Boas 2 . N'est-ce pas jlà le langage que l'on
1. Gunnar Isachsen, Petermanns Mitteilungen, VII, 1903. — 2. Petermanri's Ergânzungsheft, n° 80.
FROIDURE ET NEIGE
se répète entre ennemis de race et de classe, d'un bout du monde à l'autre?
L'action du milieu se montre avec évidence jusque dans l'apparence physique des Innuit purs, car elle est plus difficile à constater chez les Groenlandais du sud. qui sont presque tous métissés de Danois et soumis à des institutions religieuses et politiques d'origine étrangère. Les vrais Innuit ont la tète allongée, mais sans fortes saillies; leurs oreilles sont collées sur la tète, sous une chevelure épaisse et grasse ; leur nez, large et de faible relief, ne dépasse guère la rotondité des joues; leurs petits yeux se cachent sous des paupières épaisses et bridées légèrement; les pieds, les mains, de forme arrondie, ne laissent point se dessiner extérieurement les muscles.
Eux-mêmes, sous leurs épais costumes en peaux et en fourrures, apparaissent comme des boules et semblent rouler en marchant.
De même que l'homme de cheval, maquignon, palefrenier ou jockey, prend une figure chevaline, de même l'Eskimau, pêcheur de cétacés, offre d'une manière étonnante la physionomie du phoque, figure plate avec les quelques poils de la moustache hérissée, expression douce, légèrement effarée, aspect huileux de l'ensemble. Il a aussi I 3*