‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 2Chapitre 122 sur 364 · POUVOIR DES PRÊTRES ET DES ROIS · texte numérisé non relu

POUVOIR DES PRÊTRES ET DES ROIS

les fonctions qui lui avaient été confiées \ Il est vrai que l'un de ces rois finit par prendre son rôle au sérieux et, commandant à ses troupes de cerner le « temple d'or », fit massacrer les prêtres et leurs novices 2 . Ainsi la lutte s'était établie entre prêtres et rois pour la conquête du pouvoir et pour celle de la suprématie divine, qui, par son action sur l'imagination craintive des sujets, transformait leur conduite d'obéissance en servilité. Les rois, qui étaient prêtres eux-mêmes, l'emportèrent dans ce conflit, et pendant une grande partie de l'histoire de l'Egypte, le véritable cafte, du moins sous sa forme officielle, ne fut autre chose que l'adoration basse des rois, divinisés de leur vivant même, par le seul fait de la possession du pouvoir souverain. D'ailleurs, en inscriptions solennelles, ils ne négligent point de se présenter comme de réelles divinités, et la masse colossale de leurs statues, dressées en pierres indestructibles, n'a d'autre sens que de les montrer à la foule sous leur aspect de dieux. Souvent leurs traits, nobles et tranquilles comme s'ils étaient éclairés déjà par la lumière de l'éternel repos, n'ont rien de personnel et ne trahissent point l'individualité terrestre, mais il y eut aussi des rois qui, croyant réellement à leur divinité, se firent représenter sous leur vraie forme ; ainsi des figures royales, frappées incontestablement d'idiotisme, nous ont été conservées 3 .

Ce culte de l'adoration perpétuelle des rois, se transformant pratiquement en un asservissement complet des âmes et des corps, rejeta les populations dans les espérances chimériques de l'au delà.

Les esprits étaient hantés par l'idée d'une fin, mais d'une fin qui serait en même temps un recommencement, et nul autre peuple que celui d'Egypte n'a plus brillamment brodé sur ce thème, ceux du moins des Egyptiens qui gardaient le loisir d'avoir des croyances, car comme partout et toujours, la masse des sujets se contentait de vagues aspirations, des pratiques de la magie courante, des incantations, des gestes, des formules toutes faites qui ne diffèrent guère de peuple à peuple ni d'époque à époque.

Nos cerveaux ont quelque peine à se figurer la lumineuse

1. Ollivier de Beauregard, En Orient, Etudes ethnologiques et linguistiques. — 2. Diodore de Sicile, t. II, liv. 1. — 3. Fr. Lenormant, Les premières Civilisations, L'Antiquité égyptienne à l'Exposition de 1867.

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(khu), distincte de l'âme (ba), différente elle-même du double (ka), toutes émanations de l'individu après sa mort, au même titre que l'image et l'ombre perpétuant la mémoire du défunt en d'autres civilisations. Le « double » des Egyptiens était un second exemplaire du corps, le reproduisant trait pour trait, en une matière aérienne et colorée. C'était pour lui que se préparait la bonne demeure, ou la demeure éternelle, pour lui que les parois de la tombe se couvraient de serviteurs affairés — car la peinture d'un serviteur est bien ce qu'il faut à l'ombre d'un maître 1 — , pour lui, la momification et les soutiens artificiels qu'on lui procurait sous forme de statues, pour lui que des fellâhin par centaines de mille entassaient pierre sur pierre.

Le « double » était lié à la tombe, l' âme ». circulait librement, habitait parmi les dieux, visitait un autre « pays du Nil » , un royaume d'Osiris, par delà le sommeil delà mort. Il est bien, parfois, question d'un enfer, mais l'idée de sanction reste confuse, les croyances des Egyptiens ne différaient guère sur ce point de celles des chrétiens de nos jours ; pourtant, ils ne croyaient pas qu'une faute temporelle, si grande fût-elle, pût mériter un supplice éternel 2 .

La religion des Egyptiens ne fut pas cet immuable ensemble de croyances que les historiens grecs et, d'après eux, les égyptologues classiques s'étaient imaginé d'abord : elle évolua. Après la sollicitude pour le sort du « double , le fidèle concentra ses aspirations sur une seconde vie, il demande < l'haleine pour son nez , il trouve la béatitude dans la phrase de bienvenue prononcée par Osiris : « Je te donne les renouvellements indéfinis ». L'Egyptien d'alors ne croyait pas à la résurrection, mais à une série sans fin de renaissances 3 .

De tous les documents légués par l'antique Egypte, celui qu'on peut considérer comme la « Bible » , comme le livre sacré par excellence, comprenant le fond même de la religion, est le « Livre des Morts » que l'on plaçait dans les bandelettes des momies et qui suivait le « double » dans le royaume de l'Occident. On possède plusieurs formes de ce livre, et les variantes sont nombreuses, mais quelles que soient les différences des formules et des invocations,

1. G. Perrot, De la Tombe égyptienne. Revue des Deux Mondes, 1881. — 2. E. Amélineau, Résumé de VHistoire d'Egypte, p. 56; — E. Maurice Lévy, Note manuscrite. — 3. A. Gayet, Coins d'Egypte ignorés.

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