‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 2Chapitre 154 sur 364 · DÉFILÉ DBS AMBASSADEURS AMENANT DES ANIMAUX INCONNUS A L'EGYPTE · texte numérisé non relu

DÉFILÉ DBS AMBASSADEURS AMENANT DES ANIMAUX INCONNUS A L'EGYPTE

ET PRÉSENTANT LES TRIBUTS, LINGOTS ET SACS DE POUDRE D'OR, PLUMES D'AUTRUCHE, ETC.

On sait seulement que, trente-cinq siècles avant nous, une flotte égyptienne ayant pénétré dans les mers du Sud, en rapporta des singes, dont le nom, kafa, a une certaine analogie avec l'appellation sanscrite de Kapi — hébreux Gôf, grec tci9tix.oç — et semble nous ramener ainsi vers les pays de l'Inde 2 .

Lorsque le pouvoir à la fois royal et divin des Pharaons fut très solidement établi et que la masse de la population dut absolument se conformer à la volonté du maître, celui-ci ne manqua pas, suivant le mode de toutes les autorités jalouses et soupçonneuses, de chercher à faire le vide autour de ses peuples pour les soustraire aux influences du dehors, les priver de toute alliance possible avec l'étranger, détruire en germe toute velléité de révolte. La nature géographique du pays se

1. En Orient, Etudes sociologiques et linguistiques. — 2. Dûmiehen, Die Flotte einer segyptischen Kônigin...; — Hermann Brunnhofer, Vont Aral bis zur G'anga, IX.

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prêtait facilement à cette politique. L'Egypte, ramenée sur elle-même par la forme et le relief de son territoire que des- solitudes sablonneuses ou marécageuses enveloppent de tous les côtés, devait tendre à se concentrer dans son existence continentale et à se détourner spontanément de la mer. Les rois-prêtres jouissaient ainsi de la complicité du milieu pour tenir leurs sujets à l'abri des dangereux novateurs, porteurs d'idées et incitateurs de révolutions. Sous cette double influence, peut-être spontanée de la part de la nation, très consciente de celle des maîtres, la mer avait fini par être maudite, exécrée, vouée aux dieux terribles, et les naufragés étaient représentés comme de justes punitions d'en haut.

On avait oublié la part qu'avait eue la mer aux origines de la nation et de la culture égyptiennes, aux âges où des Méditerranéens étaient venus de l'Ouest et du Nord pour débarquer sur les plages du Delta, et où les populations des deux massifs similaires de l'Hymiarie et de l'Ethiopie étaient entrées en relations suivies à travers le détroit, jetant, pour ainsi dire, un pont sur la mer, vers le milieu de la voie historique entre la vallée de l'Euphrate et la vallée du Nil, La mer Rouge S'éloigna, pour ainsi dire, dans la direction de l'Orient, et c'est de la fin de la onzième dynastie, il y a certainement plus de quarante siècles, que date la première expédition officielle racontée par les annales comme ayant été dirigée vers ce golfe lointain. Lorsque, sous le règne d'un Pharaon Sanch-Kak, le fonctionnaire et courtisan Hannon fut chargé de traverser la nier Arabique et de conduire des soldats vers le pays des Aromates pour rapporter au roi de ces gommes précieuses, l'expédition, que tant d'autres de même nature avaient précédée dans les âges inconnus, fut considérée comme un événement presque prodigieux. Hannon fit graver sur des rochers le récit de son exploit : « Jamais, dit l'inscription, jamais il ne s'était fait rien de pareil depuis qu'il y a des rois..... depuis les temps du soleil » 1 .

Pourtant, aux longues époques d'oppression où les lois et, par suite de la routine, les mœurs elles-mêmes s'accordaient pour interdire aux Egyptiens la navigation maritime, d'autres la pratiquaient à leur place. Les villes de Phénicie ayant, durant la plus grande

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