HAUTE VALLÉE DU NIL
cents ans plus tard, Amenophis III (Amenholep), le « Soleil Seigneur de Justice », également rappelé par des inscriptions à la mémoire des hommes, pénétra aussi en conquérant dans la presqu'île de Méroé, et la domination directe des Egyptiens sur celte partie de l'Ethiopie paraît avoir duré quatre cents années '.
D'autre part, les souverains du haut Nil ont par deux fois do-
STATUES COLOSSALES DE SESOSTEIS A IBSAMBtTL
Ces statues de Ramsès II décorent la façade du temple souterrain dont on voit l'enlrt'e au milieu et au bas de la gravure. L'entaille dans le roc mesure 38 mètres de long sur 28 mètres de haut.
miné l'Egypte. Les prêtres d'Ammon s'étaient établis à Napata, qui alors servait de capitale à la basse Ethiopie; cette ville, heureusement située, se trouvait dans le « Jardin de la Nubie », entre la troisième et la quatrième cataracte, près de l'endroit où la grande route des caravanes venant de Méroé et du haut pays rejoint le Nil, évitant ainsi un vaste circuit par Abu Hamed. De là, ces dominateurs astucieux préparaient l'asservissement politique de l'Egypte. Les rois
1. Abeken; Mariette; Ollivierde Beauregard, Bulletin de la Société d' Anthropologie de Paris, séance du 7 avril 1892.
232 l'homme et la terre — libye, Ethiopie
de la vingt-deuxième et de la vingt-cinquième dynastie furent des ELhiopiens, et c'est à ces derniers que les envahisseurs assyriens disputèrent l'Egypte, devenue simple proie de guerre, sans force et sans volonté.
Il est probable que les conquérants égyptiens des grandes époques d'expansion guerrière réussirent à escalader directement les hauts escarpements de la citadelle d'Ethiopie en remontant au sud-ouest la vallée de l'Athâra ; en tout cas, il est certain qu'ils abordèrent par les côtes de la mer Rouge, aux mêmes endroits par lesquels l'armée italienne essaya vainement, il y a quelques années, de conquérir ces hautes terres abyssines. Les inscriptions nous racontent cette annexion de l'Ethiopie montagneuse au monde égyptien. Il y a trente- cinq siècles, les Pharaons de la dix-huitième dynastie faisaient occuper ces hauteurs par leurs généraux et même le fameux Sésostris, avant son avènement au trône, y pénétra en lieutenant de son père. Les deux royaumes de Tekerer et d'Arem, qui ont conservé leur nom jusqu'à ce jour, — Tigré, Àmhara, — étaient assujettis au prince régnant à Thèbes.
Les pylônes de Karnak mentionnent aussi des noms de villes dont plusieurs subsistent encore : Adulis, la moderne Zullah, était le port où débarquaient les armées conquérantes; Adua possédait le rang de capitale, qu'elle a souvent repris depuis cette époque, tandis qu'Aksum, cité maintenant ruinée, n'existait pas encore lors de l'arrivée des Egyptiens : ceux-ci la fondèrent à la gloire de leurs souverains 1 ; Coloé et son lac, que Th. Bent a retrouvés sur un plateau à plus de 2000 mètres d'altitude, étaient probablement une annexe estivale de la commerçante Adulis.
L'influence égyptienne, quoique très mélangée, eut donc une certaine importance, même par un contact direct, dans le mouvement de la culture en Ethiopie ; mais on ne saurait douter que l'action primordiale du dehors ait été exercée par les Hymiarites, habitants du massif de montagnes qui se dresse à l'angle de l'Arabie et fait face au puissant relief africain. Entre les deux contrées, analogues par le relief, le climat, les productions, mais séparées par un étroit fossé de plages désertes et d l eaux parsemées d'îlots et de rochers, une force