CONTINENT AFRICAIN
mais c'est en étudiant dans les descriptions des voyageurs sympathisant avec les peuplades qu'ils traversent leur vie actuelle, leurs traditions, leurs coutumes et leur manière de penser.
C'est à peine si l'on commence à connaître le préhistorique
N° 149. Ethiopie, centre de culture.
(Voir pages 232 et suiv.).
3fl°
E.de Gr. 36°
woKii.
africain. En dehors de l'Egypte et de la Maurétanie, on a signalé des haches, des couteaux, des grattoirs grossiers çà et là dans le grand continent, au sud de l'Orange, au pays des Somal, dans le bassin du Congo et près de Tombuctu, mais toutes ces trouvailles sont trop isolées, trop éloignées les unes des autres pour qu'on puisse en conclure à l'existence d'une seule et même industrie
240 l'homme et la terre. — libye, Ethiopie
de la pierre 1 . De plus, l'absence d'outils de bronze fait supposer que la plupart des peuples libyens ont passé, presque sans transition, de l'usage des os et du bois à celui du fer, dont le mode d'obtention a été découvert en plus d'un endroit par les indigènes eux-mêmes. Plusieurs observateurs ont cru remarquer dans l'Uganda, sur les rives du Niger et jusque sur la côte d'Ivoire, des analogies entre les sculptures et décorations locales et celles de l'ancienne Egypte.
D'ailleurs, nous pouvons dire en toute certitude que l'état social et politique de la Libye, il y a trois mille ans, devait être beaucoup plus rapproché de ce qu'il est aujourd'hui dans la même contrée que ne l'est l'ancienne situation de l'Europe et de l'Asie comparée à leur état actuel.
La forme lourde, à peine organisée du continent laissait les populations soumises aux conditions locales : les influences de tribu à tribu, de peuple à peuple ne suffisaient pas pour amener le développement continu, régulier, conscient, d'une civilisation commune ; les changements moraux, sociaux, politiques, s'accomplissaient avec une grande lenteur. La réaction de la volonté humaine sur le milieu restait insuffisante. Certainement la vie des Akka dans leurs forêts, celle des bergers Somal sur leurs rochers arides ou des Nuêr sur leurs îles d'herbes flottantes ne peuvent guère s'être modifiées pendant le courant des siècles. L'existence de vastes régions favorables à la culture sur la zone littorale du golfe de Guinée et sur une part considérable du Soudan, même de la zone équatoriale, dut faciliter à cette époque, comme elle le fit depuis pendant toute la période historique, la formation de grands empires avec des capitales populeuses et des centres d'échange très actifs \
Si les écrits ne nous apprennent rien sur l'histoire des populations libyennes, du moins quelques monuments de pierre témoignent de communications anciennes entre les peuples de l'Asie antérieure et des habitants de l'Afrique autres que les Egyptiens et les Ethiopiens. Au sud ouest des bouches du Zambèze, les contrées de l'intérieur sont parsemées de ruines qui, à l'époque des premières explorations portugaises, représentaient encore en maints endroits les restes de véritables
1. J. Deniker, Les Races et les Peuples de la terre, p. 492. — 2. Léo Frobenius Geographische Eulturkunde, p. 9.
CIVILISATION DE ZIMBABYEH 243
édifices, bien supérieurs en architecture aux constructions informes élevées par les indigènes de nos jours. Parmi les voyageurs modernes, Cari Mauch le premier, en 187 1, retrouva l'un de ces fameux débris, témoignage d'une civilisation avancée : Zimbabyeh, c'est-à-dire « Résidence Royale » ' , tel est le nom que les naturels donnaient à ce groupe de constructions antiques, situé sur des collines du haut Sabi, à 000 kilomètres environ à l'ouest de Sofala. Les fragments de bâtisses, réparties sur près d'un kilomètre carré, comprennent l'« acropole » et nombre de petits édiculcs, dont le « temple elliptique », de 60 mètres sur 80, qui contient une tour conique, primitivement de 12 mètres de hauteur de maçonnerie pleine.
Dans les édifices les plus anciens d'entre Zambèze et Limpopo, tous ces murs sont construits en granit, avec des matériaux de petite dimension, bien taillés et juxtaposés sans mortier. Les parements extérieurs sont généralement décorés, quelques rangées de pierres plates étant disposées suivant un motif simple, et, fait qui témoigne d'une grande habitude de ces travaux, il a été pourvu au drainage des terrains enclos avant toute édification. Les constructions se développent suivant des lignes courbes, sinueuses même, avec des portes étroites, des redans et fréquence de couloirs étroits encadrés de hauts murs. Il est certain que les maçons de ces travaux comprenaient admirablement la défense des places, mais d'autres détails de leur œuvre — les tours et les monolithes — indiquent des pi'éoccupations religieuses ; de même que les excavations innombrables montrent la recherche de l'or comme ayant été la raison profonde de l'occupation du pays.
La légende attribuerait-elle avec raison les nombreuses ruines cle la contrée aux architectes d'un souverain puissant régnant autrefois sur un très vaste royaume de l'Afrique orientale? Lors de l'arrivée des Portugais sur lés rivages de la mer des Indes, un Monomotapa, c'està-dire un Muené Motapa ou « Seigneur Auguste » tenait en effet tout le pays entre ses mains, et vraisemblablement une partie des constructions datent de cette période, mais on les distingue assez nettement de celles édifiées une vingtaine de siècles auparavant. Sans aucun doute, la région fut encore à une époque récente beaucoup plus peuplée qu'elle ne l'est de nos jours. Les admirables et fécondes vallées de
1. D'après Keâne et Th. Bent; « Maison de Pierre », d'après Selous.