COLONISATION GRECQUE
Le grand mouvement des migrations qui fut la conséquence des invasions doriennes eut donc à maints égards des résultats heureux
N° 163. Territoire de Milet.
27° E.de Gr
TsKil.
C'est sur le versant sud du Mykale (Mycale, aujourd'hui Samsun), entre la montagne, la rivière et Priène, qu'eut lieu, en l'an 479 avant le début de l'ère chrétienne, la bataille navale et terrestre où les Grecs, sous Xantippe, défirent les Perses.
Milet, Samos, Myus (Myonthe) et Priêne, villes mentionnées sur la carte, firent partie des << douze cités ioniennes ». Les autres étaient Ephèse, Lebedos, Glazomènes, Erythrée, Kolophon, Phocée, Teos et Ghios. Leur centre religieux était le sanctuaire de Poséidon à Priène. La confédération, dissoute par Cyrus, se reforma après la conquête d'Alexandre et persista plusieurs siècles; on retrouve encore son nom sur une monnaie de l'époque de Valérien (m e siècle).
dans l'histoire de la civilisation grecque, puisqu'il étendit de beaucoup le domaine de la race et de la langue : toute la moitié du bassin de la
300 l'homme et la terre. — grèce
Méditerranée se trouva ainsi conquise à l'influence partie de la petite péninsule hellénique. Que de cités d'origine barbare se vantèrent d'avoir eu pour origine des colonies grecques : jusqu'aux Irlandais de nos jours qui, par fierté nationale, se donnent sérieusement le nom de Milésiens ! À l'étranger, loin des villes conquises, des champs ravagés, les diverses sous-races entre lesquelles se divisait la nation grecque. Doriens, Ioniens, Achéens, Eoliens, apprenaient à se détester moins, à se sentir davantage les fils de la même mère Hellade, et des mélanges nombreux eurent lieu entre les descendants des frères ennemis. Ainsi, les Doriens qui continuèrent leur migration par delà les mers, en Crète, à Rhodes, dans les presqu'îles de l'Asie Mineure, jusque dans la Cyrénaïque, cessèrent bientôt de ressembler aux hommes de leur race qui en représentent le mieux l'âpre génie, les durs guerriers Spartiates : ils changèrent avec le milieu. On peut en juger par le plus célèbre des Doriens, Hérodote, le glorieux fils d'Halicarnasse. C'est dans le doux dialecte ionien qu'il écrivit ses Histoires, c'est vers Athènes, comme vers la patrie de sa pensée, qu'il revenait après ses longs voyages dans les diverses parties du monde connu, et lorsqu'il mourut, il s'occupait à fonder une colonie athénienne dans la Grèce de l'Italie, sur l'emplacement de l'ancienne Sybaris, démolie par les Crotoniates. Mais si l'expansion de la race hellénique fut un des heureux résultats indirects de l'invasion dorienne, les conséquences directes dans les pays immédiatement frappés en furent terribles et firent brusquement reculer la culture chez les populations conquises à la pointe de la lance et que la haine de l'oppresseur réduisait à la servitude. Les Doriens, envahisseurs barbares, ont trouvé naturellement des historiens, adorateurs de la force, qui se sont rangés du côté des vainqueurs, précisément parce qu'ils ont vaincu et qu'il est profitable d'aduler les puissants, même ceux qui sont morts depuis des milliers d'années. Il est certain que le régime imposé par Tes Spartiates fut atroce et que le peuple des Hilotes, de libre et policé qu'il était avant la conquête, devint un lamentable ramassis d'esclaves : jamais il ne put se relever de son abjection et jamais ses maîtres ne purent atteindre à l'idée de la liberté civique ; bien que Grecs, ils restèrent vraiment «barbares». Comme un corps étranger introduit dans un organisme sain, ils développèrent dans le monde grec des maladies redoutables. On peut dire que de toutes les causes de mort déposées
REGRESSION DES HELLENES
dans la civilisation hellénique, c'est leur action qui fut la plus funeste. Le régrès de l'Hellade se manifesta surtout de la manière la plus évidente dans les contrées du nord, Epire et Thessalie, que les Doriens avaient traversées en entier dans leur invasion triomphante. Ces régions, qui tenaient une si grande place dans la mémoire et dans la religion des Grecs et où se maintenait dans leur pensée le siège de leurs dieux, cessèrent d'être considéi'ées comme appartenant au monde hellénique. La force des populations du nord pour toute initiative
Cl. Bonfils.