‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 2Chapitre 218 sur 364 · CAMÉE GSEC, TÊTE DE PALLAS ATHÉNÉ · texte numérisé non relu

CAMÉE GSEC, TÊTE DE PALLAS ATHÉNÉ

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l'eau vive, ni la permission d'allumer son feu au foyer du voisin-». Ne pas montrer la route à celui qui s'égare était un crime que les Athéniens flétrissaient par l'exécration publique 1 . Certes, c'est en grande partie au bon accueil fait aux exilés étrangers qu'Athènes doit son étonnante pléiade d'hommes grands par la pensée et par l'action. Dans l'énumération des Athéniens illustres, on constate l'existence de très nombreux descendants d'exilés, entr'autres Solon, le législateur même, Périclès, Miltiade, Thucydide, Platon 2 . C'est ainsi, dans une proportion bien autrement puissante, que, plus de vingt siècles après, les réfugiés protestants de France et d'Italie donnèrent une âme à la petite et insignifiante ville de Genève, pour en faire une citadelle contre Rome, et que. plus tard, les philosophes persécutés trouvèrent un asile dans la minuscule république des Provinces- Unies et contribuèrent à l'animer de cette virilité qui lui permit de contrebalancer la puisssance du « Grand Roi ». Et l'essor de Berlin ne date-t-il pas en grande partie de l'activité intelligente qu'y déployèrent les immigrés huguenots ?

Grâce à Ces pratiques de bon accueil envers les étrangers, Athènes se trouva facilement en relations suivies d'amitié avec nombre de cités helléniques, différentes par la race, le dialecte et les traditions; ces alliances s'accrurent naturellement des liens qui l'unissaient à toutes ses « filles » , les colonies éparses sur les rivages de la mer Egée et sur les côtes plus lointaines ; c'étaient autant d'Athènes nouvelles confédérées à la mère-patrie par l'origine, le langage, les oracles et les dieux. Quant aux Spartiates, ils ne cherchaient guère d'alliés, mais surtout des sujets ou des mercenaires, et même, quand ils étaient accompagnés dans leurs invasions par d'autres Doriens appartenant à la même souche originaire, ils ne les guidaient point aux batailles comme frères, mais comme chefs.

Etudiées dans leur ensemble, les deux cités contrastaient donc, moins par les conditions géographiques du milieu que par l'ambiance artificielle créée à l'une des deux communautés. Sparte était une ville de guerre et ne pouvait devenir autre chose ; Athènes s'était développée surtout en une ville de paix, d'industrie, de commerce, de science et d'art. Même les institutions qui, dans les deux Etats,

1. F. Laurent, Histoire de l'Humanité^ — 2. Daily, De la Sélection ethnique, Revue d'Anthropologie.

MŒURS ATHENIENNES

portaient le même nom, différaient d'une manière essentielle. Dans l'Attique, l'esclavage n'était point ce qu'il était en Laconic, quoiqu'il impliquât aussi cette chose atroce, la possession d'un homme par un autre homme. Les gens de la campagne, d'origine grecque, étaient en réalité de simples métayers, dont la vie différait peu de celle que menaient naguère la plupart des paysans français. Les esclaves de la maison, pour la plupart gens de la Thrace ou de l'Asie Mineure, achetés aux navigateurs, étaient plus asservis, d'abord à cause du contact immédiat avec leurs maîtres, puis en vertu de leur origine étrangère; cependant, l'histoire d'Athènes nous montre qu'ils étaient très libres en paroles et qu'ils se géraient souvent en égaux des citoyens, bien différents par leur attitude de ces malheureux Hilotes., qui devaient s'avilir par ordre, jouets des enfants brutaux de la race noble. Quant aux esclaves appartenant à la cité d'Athènes, c'étaient de véritables fonctionnaires, jouissant de privilèges malériels qu'auraient pu leur envier les citoyens pauvres. Enfin, nombre d'esclaves athéniens se rachetaient par leur travail ou recevaient la liberté en présent de leurs maîtres; parfois, notamment dans les batailles, quand ils avaient mérité l'admiration de toni. ils entraient directement au rang de citoyens. La forme ordinaire de l'émancipation d'un esclave consistait à le vouer à un dieu: dès lors, il devenait sacré, libre par conséquent. Ainsi que le fait remarquer Laurent dans son Histoire de l'Humanité, l'hellénisme l'emporte de beaucoup à cet égard sur le christianisme. Les serfs

Bibliothèque Nationale. ■

MOXXAIEî GRECQUES

Cl. Giraudon.

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voués à l'Eglise n'en restaient pas moins esclaves, et l'on sait qu'en France les derniers affranchis furent des prisonniers de la glèbe appartenant aux moines de Saint-Claude.

L'histoire écrite commença pour la Grèce lorsque s'était déjà constitué cet antagonisme des deux Grèce, aristocratique et démocratique, représentées l'une par Sparte, l'autre par Athènes. Un premier personnage, bien identifié et fixé dans son cadre historique, Phidon, apparaît en Argolide et frappe des monnaies à son effigie pour le commerce avec l'Asie Mineure et la Phénicie ; on croit pouvoir reconnaître encore sur des médailles pi'imilivcs de la Grèce une image copiée de i'Astarté tyrienne, qui rappellerait l'époque de Phidon. de vingt-six à vingt-sept siècles avant nous 1 . Puis, dans Athènes, nous voyons en plein relief le « tyran » Pisistrate qui, grâce aux dissensions des grandes familles et non sans l'aide de mercenaires étrangers, réussit à s'emparer du gouvernement et cherche aussitôt, suivant la constante politique des maîtres intelligents et perfides, à faire dévier les passions du peuple vers un autre but que la liberté. C'est Pisistrate : peut-on dire, qui fut le véritable fondateur du « panhellénisme » : détournant les ambitions des Athéniens, il leur persuada de lutter pour la constitution d'une grande Grèce au lieu de rêver à leur propre indépendance. Le premier, il fit recueillir les textes connus des chants homériques et les fit colligcr en un tout qui devint V Iliade, le plus précieux des livres grecs, et donna aux Grecs de toutes origines et de tous dialectes la conscience de leur unité de civilisation en face de l'Asie persane. Joignant l'exemple au précepte, il rattacha très étroitement au gouvernement d'Athènes l'île de Delos, le grand lieu de pèlerinage des insulaires de la mer Egée ; il prit même pied sur la terre d'Asie au cap Sigée (Kum-Kalessi ou Ienicheri) à la porte de l'Hellespont et s'empara du sol sacré qui recueillit les cendres de Patrocle et d'Achille. C'était un défi adressé directement au « Roi des rois » qui ne devait pas tarder à répondre. Autre événenement très grave, Pisistrate tourna l'esprit des Athéniens vers la furieuse acquisition des richesses en s'emparant des mines de Thracc. très productives en or et en argent.

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