CI. Bonflls
BAAIiBEK, COUPOLE DE DTJBIS, DATANT DE L EPOQUE KOMAINE
rythme des changements politiques et sociaux qui s'accomplissaient entre Famont et l'aval de la Mésopotamie. S'il est vrai, comme il paraît très probable, que la caste des marchands phéniciens, primitivement établie dans une île persique, l'antique Tylos, se soit déplacée vers la Méditerranée avec la civilisation elle-même, les émigrants durent suivre la voie historique de l'Euphrate et, par conséquent, aborder le littoral syrien par delà le pays des Hittites, près de l'endroit où se trouve l'île d'Arvad; l'occupation de la côte dut se faire graduellement par voie de conquête, de refoulement
et de lente assimilation. Les éléments ethniques descendus du Liban participèrent aussi à la fondation de la puissance phénicienne, ainsi que nous le montre l'origine de Byblos, décelée par son nom assyrien «ville des Montagnards ». Peut-être ces « Cretois » ou Philistins qui, lors de l'établissement des Hébreux dans le pays de Canaan, s'étaient massés sur le bord de la mer à l'ouest de Jérusalem, avaient-ils été les premiers occupants de la côte de Syrie; d'autres inférences lés font pourtant venir d'Egypte à une époque relativement récente ■.
Les points du littoral phénicien étaient nombreux où les marins et les gens du négoce pouvaient trouver les mêmes avantages à la fois pour le milieu local et pour les relations lointaines. De distance en distance, l'étroite bande de terres cultivables s'élargit au confluent des vallées fertiles, que dominent des terrasses boisées ; des sources jaillissent à la base des monts, et les ruisseaux se divisent en rigoles aménagées par les riverains pour l'irrigation de leurs jardins ; des baies en demi-cercle offrent leurs plages aux embarcations, et en quelques endroits les ruines d'un ancien littoral effondré forment un brise-lame d'îlots et d'écueils qui protègent les grands navires contre les vents du large.
Un certain rythme naturel d'équidis tance s'établit entre ces indentàtiôns de la côte : peut-être les convenances des voyageurs, la mesure de leurs pas, de leurs coups d'aviron furent-elles pour quelque chose dans cet espacement régulier des ports choisis sur le littoral ; car, en maint parage, on eût pu hésiter entre des criques également favorables. En moyenne, ces ports sont éloignés les uns des autres d'une journée de marche ou de navigation à la rame: le piéton, le matelot qui avaient fourni la besogne journalière pouvaient se reposer à l'escale traditionnelle, près des barques ramenées au moyen de rouleaux sur le sable des plages 4 .
À l'époque où l'île d'Arvad ou « du Refuge » portait une prospère cité phénicienne sur son étroite plate- forme, dont le pourtour ne dépassait pas i 3oo mètres, la nation hittite de l'intérieur lui fournissait les denrées d'exportation et lui demandait les marchandises de Gypre, de l'Egypte et de l'Asie Mineure. A sa défense naturelle, là mer et les écueils, la ville ajoutait ses multiples rangées de navires
1. G. Maspero, Histoire ancienne des Peuples de VOrient, pp. 312, 313. — 2. Hantz Prutz, Aus Phœnizien.
Cl. Bonflls.
INSCRIPTION DE NABTJCHODONOSOB SUR LES BOBDS DU NAHE-EL-KELB, l' ANCIEN LYCUS
LITTORAL PHÉNICIEN, ARVÂD 41
que les nombreuses troupes ' des conquérants venus de l'intérieur étaient impuissantes à combattre ; des fontaines d'eau douce, jaillissant dans le port même, au milieu du flot salé, permettaient aux marins, en cas de siège, de se passer des aiguades du littoral.
Mais les faubourgs de trafic et d'entrepôt, les fermes, les maisons de campagne avaient dû, par suite du manque de place, s'établir de l'autre côté du détroit, le long de la rive continentale, donnant ainsi naissance à des villes filiales qui, dans les périodes de richesse et de peuplement, dépassaient en importance le roc exigu de la cité mère et tendaient naturellement à vivre d'une vie indépendante, tandis que, dans les époques troublées, elles avaient à redouter tous les hasards des guerres, des sièges et des assauts.
Cette partie de la côte était précisément une de celles qui se trouvaient le plus exposées aux violences de l'invasion conquérante, car les montagnes y sont interrompues à l'est par une très large brèche où passent les routes qui se dirigent vers la moyenne vallée de l'Oronte, dans laquelle se succédèrent les capitales d'empire. C'est là que les Hittites possédaient, il y a 3 5oo ans, la puissante cité de Hamath, et là qu'ils se heurtèrent contre les armées égyptiennes dans les plaines de Kâdech. L'escale maritime qui faisait face à ces villes devait subir le contre-coup de ces conflits, et maintes fois les dévastateurs en démolirent les édifices. Il resta pourtant de très précieux débris, notamment un temple où un bassin taillé dans le roc portait le bateau sacré, « l'arche » de salut, symbole par excellence de la richesse des Phéniciens \
Plus au sud, et mieux située encore qu'Arvad pour la facilité des communications entre les riches campagnes de l'Oronte et le littoral méditerranéen, une étroite saillie de la côte, prolongée au loin vers le nord-ouest par un môle d'îlots et d'écueils, avait également reçu sur sa terrasse verdoyante une ville d'entrepôt et de commerce dont l'histoire nous montre sous un aspect très favorable le haut degré de prudence politique qu'avaient atteint les communautés phéniciennes. Les trois cités commerçantes d'Arvad, de Sidon,et de Tyr s'étaient mises d'accord pour fonder et pour gérer à frais commun le comptoir qui fut désigné, en vertu de son origine, sous te nom de « Triple ville »,