‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 2Chapitre 266 sur 364 · TEMPLE DE NEPTUNE A PŒST.UM · texte numérisé non relu

TEMPLE DE NEPTUNE A PŒST.UM

de la force. Dans une même Olympiade les sept vainqueurs du stade furent tous des Crotoniates. Un Philippe de Crotone fut, après sa mort, placé parmi les héros. Un autre athlète, le célèbre Milon, fut au vi e siècle avant l'ère vulgaire six fois victorieux à Olympie, sept fois à Delphes, neuf fois aux jeux néméens, dix fois aux jeux isthmiques. Puis ces villes des vaillants et des forts devinrent surtout fameuses par leur volupté, par leur amour des jouissances grossières, par le lâche abandon de toute noble initiative. Les jeux solennels de Crotone et de Sybaris furent là lointaine origine des hideux combats de gla-

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diateurs qui devaient plus tard ensanglanter les arènes des Romains 1 .

La position géographique de Sybaris présentait des avantages exceptionnels, puisque la ville, située au bord d'une rade partiellement abritée, occupe l'issue d'une vallée qui se ramifie au loin dans les montagnes par des vallons fertiles et qui se poursuit jusque dans le voisinage du rivage tyrrhénien; en réalité, Sybaris était à l'extrémité orientale d'un seuil de passage à travers la péninsule italienne, et, grâce à cette position, elle avait pu devenir un entrepôt pour le trafic de la côte occidentale, C urnes, Pouzzoles et Naples. Le détroit terrestre de Sybaris jouissait d'avantages analogues à ceux du détroit maritime de Messine et permettait à maint trafiquant d'éviter une longue et pénible navigation littorale autour de la pointe extrême de l'Italie contre laquelle se heurtent violemment les vents et les courants hostiles.

Les alluvions du Grati, aussi bien que la méchanceté des hommes, ont fait disparaître les vestiges de l'ancienne cité commerçante, mais de l'autre côté du golfe, Tarente, qui fut également exposé aux guerres et aux assauts, a pourtant survécu, grâce à des avantages locaux qui la faisaient renaître après chaque désastre. Non seulement Tarente a sur tous les ports de la Grande Grèce le privilège de se trouver le plus avant dans l'intérieur des terres, au fond même du golfe qui porte encore son nom, mais elle possède aussi une rade et un port tout exceptionnels qui la rendaient fameuse dans le monde des marins, de Tyr à Gadès. La rade dite « Mer Grande » est elle-même un port, bassin circulaire de plus de vingt kilomètres en circonférence, que deux pointes de terre et deux îles défendent au large : la « petite mer », qu'une flèche de sable et un îlot calcaire séparent de la « grande », jadis bien accessible par une porte de flot naturelle, était également assez vaste pour recevoir de puissantes flottes. Au nord, à l'est, au sud-est s'étendaient les belles campagnes des Messapiens et des Apuliens et s'ouvraient les vallées des Samnites, d'où provenaient en abondance les denrées d'échange avec les précieuses marchandises de l'Orient, apportées par les Phéniciens et les Grecs : aussi Tarente était-elle devenue le plus riche entrepôt de toute la péninsule italienne, et par son argent, aussi bien que par ses armes, elle avait subjugué de nombreuses tribus guerrières dans les montagnes de l'ouest ; ses tro-

1. Edmond Deraolins, A quoi tient la Supériorité des Anglo-Saxons, p. 30.

STBARIS, TARÉNTE

phées brillaient au sanctuaire de Delphes. Mais l'orgueil même amena son désastre, puisque le jour vint où elle osa se mesurer avec Rome, devenue puissante à son tour. Ses murailles furent rasées et ses habi-

N° 182. Grande Grèce.

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tants vendus en esclavage : le sable se déposa dans le goulet du port et les asphodèles germèrent au milieu des ruines.

4 Parmi les Tyr et les Sidon nouvelles qui, trouvant déjà la place prise par les Grecs dans la Méditerranée orientale, avaient surgi plus à l'ouest, aucune, même la vieille Utique, ne jouit d'un milieu aussi favorable que Carthage, Kart-Khadachathon, la « nouvelle Forteresse »

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par excellence, pour se développer en une puissante individualité politique et se créer un vaste empire d'exploitation commerciale. A cet égard, la fille dépassa la mère, Carthage fut plus grande que Tyr.

Tenus d'abord en hôtes dans le pays des Libyens, il y a peut-être vingt-sept siècles, à une époque où les Grecs n'avaient pas encore de puissantes colonies dans la Méditerranée occidentale et où Rome n'existait pas, les colons phéniciens durent commencer par se faire très humbles, très petits comme il convient aux faibles, et la légende nous les montre d'abord implorant des propriétaires de la contrée la concession d'un simple pied de terre, de l'espace que pourrait couvrir une seule peau de bœuf ou que pourrait en circonscrire une mince lanière découpée dans cette peau; un calembour involontaire, comme il en naît toujours entre peuples parlant des langues [ différentes, explique ainsi le nom de Byrsa, qui, en punique, n'a d'autre sens que celui de « Citadelle ».

Mais ces marins, partis de l'Orient lointain, étaient à la fois porteurs de marchandises précieuses, d'objets éclatants qui plaisaient aux peuples à demi barbares de la contrée, et 'd'une civilisation héréditaire qui les rendait de beaucoup supérieurs à leurs nouveaux voisins par les connaissances, l'ingénieux emploi des ressources de la nature et le funeste génie dans l'art de gouverner les hommes. De suppliants qu'ils avaient été, les Carthaginois devinrent bientôt des maîtres; après avoir payé le tribut, ils se le firent rembourser, double et triple ; ils eurent bientôt dépassé les limites marquées par la prétendue « lanière » en peau de bœuf et conquis tout le pays environnant.

Parmi tant de colonies phéniciennes fondées loin de la mère patrie, Carthage devait prendre le premier rang, car elle est incontestablement celle dont la position géographique est la plus avantageuse, non seulement au point de vue des conditions locales et régionales mais aussi relativement à l'ensemble du monde alors connu. L'antique Byrsa de la légende avait d'abord pour elïef la splendeur du paysage environnant, le superbe promontoire aux roches abruptes qui porte maintenant les maisonnettes blanches de Sidi-bu-Saïd, la langue de terre verdoyante qui se développe comme une ceinture entre la mer et le lac dit aujourd'hui de Tunis, puis, au delà, les montagnes qui bleuissent dans Féloignement et que domine un sommet à la double corne. Le massif de hauteurs sur lequel s'élevait la ville

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