‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 2Chapitre 285 sur 364 · CIVILISATION ÉTRUSQUE · texte numérisé non relu

CIVILISATION ÉTRUSQUE

de commerce avec tous les peuples de la Méditerranée ; ils connais-

N° 187. Etrurie.

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D'après G. Dennis, les Douze villes étaient Veii, Falerii — pour ces deux cités, voir la carte n» 189, page 449 — , Tarquinii, Volsinii, Caere, Volaterrae, Rusellae, Vetulonia, Ëlnsium, Arretium, Cortona, Perusia. ^D'autres archéologues soutiennent les prétentions de Fsesulae, Gosa, Capena, Pisae, Saturnia, Populania, Luca, Luna et autres villes. Les croix marquées Sur la carte indiquent des emplacements de tombeaux.

saient les passages des Alpes qui leur permettaient l'accès du Grand

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Nord et les foutes liquides de la mer qui porte encore leur nom — « Tyrrhénienne » - — : ils exploitaient les mines si merveilleusement abondantes de l'île d'Elbe et disposaient d'artistes et d'artisans nombreux pour élever leurs temples, sculpter et fondre leurs statues, peindre leurs fresques et leurs poteries. Mais déjà ils étaient tombés sous la main de fer des prêtres qui les muraient peu à peu dans leur caverne sépulcrale.

La théogonie des Etrusques ressemblait fort à celle des Grecs. Certaines divinités des Hellènes avaient été purement et simplement introduites dans le Panthéon toscan ; nombre de dieux nationaux et topiques avaient été partiellement hellénisés, ainsi que les formes de leur culte et l'idée qu'on se faisait de leur personne. Un Jupiter, un Zeus trônait aussi dans le ciel des Rhasena et, comme celui de l'Olympe, consultait le Destin, les grands « Etres voilés», quand il lançait les carreaux de sa foudre pour détruire ou pour épouvanter ; il s'entourait également d'une cour de douze grands dieux à voix consultative, les « Constants ».

Mais si les analogies étaient fort grandes quant aux cadre des religions, grecque et toscane, la différence intime, le contraste même s'étaient graduellement accrus par suite de la domination que les représentants des dieux avaient fini par conquérir sur les Etrusques, arrivés à la période de leur déclin. La peur était -devenue par excellence le caractère distinctif de la foi religieuse. Un « Jupiter mauvais », Va-Dovis ou Va-Dius, travaillait dans les hauteurs du ciel au malheur des humains, et d'innombrables génies du mal, surtout des morts inassouvis, cherchaient à nuire aux vivants. De là ces précautions que l'on prenait pour ne pas être vu par eux et que prennent encore les Florentins actuels, vêtus de cagoules afin que l'esprit du défunt ne les reconnaisse pas.

Pour conjurer ces dangers incessants, qu'annonçaient des présages de toute nature et qui menaçaient l'homme de tous les points de l'espace, l'intercession du prêtre était indispensable : on avait besoin de ses prières, de ses incantations, de ses gestes d'appel ou d'exorcisme, des sorts qu'il jetait ou détournait, des offrandes, même des sacrifices humains par lesquels il pacifiait les dieux. De pareils services ne paraissaient pas trop chèrement achetés par le présent du pouvoir politique. Les villes de la confédération étaient régies par une aristo-

THEOGONIE ETRUSQUE.

cratie religieuse, et c'est parmi ces « princes de l'Eglise » , les lucumons, que l'on choisissait les rois. Il en résultait un esprit formaliste, de conservation à outrance. Les vieux usages, les antiques cérémonies, les formulaires de longue tradition devaient être fidèlement observés. Tout était réglé avec un soin minutieux sans lequel la colère des dieux était inévitable. Ce sont tous ces rites qui passèrent dans le culte

W. Alinari-

TOMBES ÉTRUSQUES, DANS LE VOISINAGE li'OBVIETO

des Romains et que l'on observa longtemps avec tant de rigueur, même à l'époque où la pensée, partiellement affranchie, ne permettait plus à deux augures « de se regarder sans rire ». Le vol des oiseaux, la palpitation des entrailles d'animaux égorgés, le repas des volatiles du temple étaient des événements de premier ordre qui pouvaient décider du succès d'une bataille ou de la destinée des empires. Même le sacrifice de soi-même devait être accompagné d'un rituel spécial pour être agréable aux divinités : les Decius avant de se jeter au milieu des rangs ennemis se dévouent aux dieux infernaux en pro- II 23

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nonçânt certaines formules sacramentelles. Le cérémonial des tribunaux, des palais, celui des temples et des demeures privées, que les Romains observèrent presque sans changement durant des siècles, avait été également emprunté aux Etrusques. On peut dire qu'à tous les points de vue, le peuple romain se nourrit de la substance des Rhasena, comme ces insectes qui trouvent leur alimentation toute prête dans la cellule d'éclosion qui leur a été préparée.

Les commencements de Rome furent ceux d'autres colonies fondées par des fugitifs ou des aventuriers. En un pays de coteaux dominé au sud par le massif superbe des volcans éteints du Latium, étaient ép&rses de petites bourgades, à côté desquelles on a trouvé des tombeaux très anciens, datant d'au moins 3o ou 3i siècles'. Parmi ces habitations villageoises, une petite enceinte carrée, sur une colline des bords du Tibre, tel fut le premier réduit, souvent précaire* des « Romes » ou « Rèmes », dont les descendants devaient conquérir le monde. Quels furent les fondateurs de ce « bourg de défense », entouré d'autres villages fortifiés où s'étaient cantonnées des tribus, alliées ou ennemies, appartenant à un même type de civilisation peu stable, à la fois agricole et guerrière? La légende et les interprétations que suggèrent certaines expressions de la langue permettent de croire que ces premiers Romains, ou du moins ceux qui leur donnèrent la première cohésion politique, furent des émigrants ayant quitté les montagnes voisines à la recherche d'un meilleur sort et réunis beaucoup plus par les communes fatigues que par la parenté d'origine. Souvent l'insuffisance des pâturages sur les pentes et les sommets, l'accroissement des familles, le manque d'industrie et de commerce avec les habitants des plaines rendaient les migrations nécessaires. Quand la nourriture se faisait rare, les jeunes hommes avaient à périr ou à se livrer aux expéditions aventureuses pour échapper à leur prison de montagnes. Voués à Mamers, le dieu de la guerre, qui était aussi à cette époque la divinité des champs 5 , ils descendaient de leurs hauteurs, non sans avoir été consacrés par des cérémonies qui devaient écarter le danger, charmer les esprits mauvais et le destin. Groupés en bandes,

1. O. Montelius, JRojha prima di Romolo et Remo, Acad. dei Lirtcei, cité par Bollettino d. Soc. Geogr. Ital. 1899, p. 637.— 2. Michel Bréal et Anatole Bailly, Dictionnaire étymologique laiin, p* 1S3.

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