‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 2Chapitre 292 sur 364 · André Lefèvre, L'Histoire, p · texte numérisé non relu

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nature les obligeait à vivre en petits groupes épars sur un vaste territoire coupé de précipices, de vallées profondes, et très difficilement pouvaient-ils s'unir en armées et combattre un peuple aussi solidement constitué et bien outillé pour la guerre que l'était le peuple de Rome. Celui-ci s'empare des plaines disputées, celles de la riche Campanie, puis la lutte se poursuit pendant des générations et avec des succès divers dans les défilés et sur les pentes des montagnes. La ténacité des Romains finit par l'emporter : tout en attaquant de front leurs ennemis dans les hautes vallées du Samnium, ils réussirent également à les tourner, à l'ouest par la Gampanie, à l'est par l'Apulie; des deux côtés, ils assiégeaient les hautes terres et les coupaient de . toutes communications avec les villes alliées de la Grande Grèce.

Les guerres de Rome avec les Etrusques et les Samnites permettent d'apprécier à sa valeur la position géographique de la ville par rapport à l'ensemble de la Péninsule. Si les éléments ethniques, déterminés par des milieux antérieurs, étaient favorables à un grand développement de forces dans la république Romaine, l'ambiance géographique était aussi de nature à seconder la fortune de Rome et à lui donner un ascendant victorieux sur les contrées environnantes. Peu de villes furent mieux situées comme centre. Déjà, au point de vue purement local, elle avait l'avantage de se trouver au milieu d'une plaine formant amphithéâtre entre des massifs élevés qui lui constituaient une sorte de rempart, sur un fleuve navigable et déjà gonflé de toutes les eaux affluentes. Rome était donc relativement bien placée pour servir de marché à tout le bassin inférieur du Tibre, et la bouche de son fleuve offrait du moins un certain abri sur cette longue côte dangereuse qui borde en ces parages la mer Tyrrhénienne.

Mais les avantages se révèlent surtout quand on embrasse du regard l'ensemble de la Péninsule. La campagne romaine se trouve exactement à égale distance des deux extrémités de l'Italie, en y comprenant la Sicile, qui est bien certainement une dépendance de la grande terre. Le centre géométrique de la presqu'île italienne tombe, il est vrai, beaucoup plus à l'est, dans le bassin lacustre du Fucinus, mais cette région est en pleine montagne ardue, d'accès difficile, et, des deux pieds de la chaîne, Rome occupe celui de l'ouest, où les plaines sont plus largement

AMPHITHEATRE DE MONTAGNES

ouvertes, et que baigne la plus vaste étendue marine. A cette époque de l'histoire, le mouvement de la civilisation se portait de l'Est à l'Ouest dans le bassin de la Méditerranée, et Rome regardait

N° 190. Arc montagneux dé l'Italie centrale.

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précisément vers ces terres de l'Occident, les Gaules et l'Hispanie, qui, à leur tour, devaient être éclairées par les rayons du soleil levant.

Lés allures du système des Apennins contribuaient aussi pour une grande part aux avantages de Rome comme foyer de domination. Le cirque de collines et de petits monts autour de Rome se trouve lui-même inscrit dans l'ample h émicycle formé par la courbe

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de l'arête principale qui se déploie du massif des Alpes apuanes jusqu'aux monts des Samnites et à l'enceinte de grands sommets au milieu de laquelle se dresse le Vésuve. Or Rome est aussi bien le centre de gravité de ce vaste arc des Apennins que de l'amphithéâtre restreint du Latium.

Que de rivage à rivage, de l'embouchure du Tibre à celle de la. Pescara, l'on mène une ligne passant entre le Gran Sasso et le Mont Amaro, et l'on sera frappé de la symétrie du relief terrestre limité au tronc de la Péninsule ; l'arête montagneuse et le littoral occidental enserrent les champs féconds d'Etrurie et de Campanie et, aux deux extrémités, viennent se souder à la mer, pour ainsi dire : au nordouest, le long de la Rivière orientale de Gênes, au sud, à l'entour du massif dont le plus haut sommet est le mont Cervati. Du côté de la mer Adriatique, la pointe d'Ancône correspond à la « Testa » de Gargano et la plaine d'Emilie aux riches pâturages d'Apulie.

Ce n'est pas tout : Rome occupe également le milieu naturel d'un cercle bien plus vaste, celui dont la demi-circonférence septentrionale est tracée par la puissante saillie des Alpes. Enfin, Rome n'est-elle pas le vrai milieu de tout le bassin méditerranéen, et les limites politiques de ce qui fut l'empire romain ne coïncident-elles pas d'une manière générale avec le versant des terres qui entourent l'immense réservoir de la mer Intérieure? Rome est, dans la géographie historique, l'exemple parfait d'un point vital autour duquel les traits du sol décrivent quatre cercles parallèles. Chacun de ses accroissements en" puissance s'appuyait ainsi sur tous les accroissements antérieurs : chaque progrès s'accomplissait suivant un rythme qui était celui de la nature elle-même. Si Rome a fini par perdre son autorité, c'est que l'axe du monde œcuménique s'est prolongé vers le nord-ouest et que même la Méditerranée a fini par n'être plus qu'une simple annexe du territoire civilisé, désormais tourné vers l'Océan.

Cette disposition géographique des terres dont Rome occupait le centre eut pour résultat- de lui donner pendant des siècles une extrême solidité dans la résistance. La petite nation enfermée dans le vaste amphithéâtre des collines et des monts dut se ramasser sur ellemême, se donner une vigoureuse ossature, et, pour ainsi dire, un squelette dur et trapu. Avant de s'étendre au delà, dans les limites du deuxième amphithéâtre concentrique formé par les Apennins, elle

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