PISCINE ROMAINE, PRES DE PÉBIGUETJX
aboutissait à des mers désertes qui, lors de la conquête romaine, devaient rester encore pendant quinze siècles des « eaux sans rivages ». Au lieu de se continuer vers l'Ouest et de se renouveler avec une énergie sans cesse renaissante, le mouvement ne pouvait au contraire que s'amortir longtemps sur des plages délaissées. Il fallait que l'Amérique fût découverte pour que la Rochelle et Bordeaux pussent propager au loin la vie qu'elles avaient reçue. Au nord de la « Province », la voie « rhodanienne »,plus difficile à suivre, avait en revanche, pour les Romains en particulier et pour tous les Méditerranéens en général, l'avantage de les conduire au delà du tronc continental vers les pénin-
VOIES GARUMNIENNE ET SÉQUANIENNE 489
suies et les îles océaniques, unissant ainsi des terres complètement distinctes, destinées à réagir les unes sur les autres par leurs civilisations respectives. Cette route naturelle, qui, par la vallée du Rhône et de la Saône, va rejoindre celle de la Seine en utilisant les seuils peu élevés des monts de l'Autunois et du Dijonnais, devint nécessairement, par les événements qui s'y accomplirent, l'axe même des Gaules, le tronc duquel se ramifient les branches.
Toutefois, il ne faut pas considérer cette voie majeure comme une
THÉÂTRE ROMALN AUX BAUCHARDS (CHARENTE)
route proprement dite, comme un chemin régulier franchissant une brèche unique de l'un à l'autre versant. Il en est de ces voies historiques comme des sentiers des prairies et des montagnes qui, suivant les conditions du sol et des pentes, tantôt se recourbent et s'infléchissent, tantôt montent ou descendent, ou bien se dédoublent, se divisent de mille manières suivant les inégalités et les obstacles du terrain. En certains endroits, la route semble oblitérée et ne se composé plus que de vestiges mal raccordés, comme les raidillons qui se perdent dans les pierres à l'escalade d'un rocher. Ainsi se sont formés, à la traversée des hauteurs, divers chemins secondaires, se succédant
490 l'homme et la terre. — home
du sud-ouest au -nord-est sur une largeur d'une centaine de kilomètres et ne dépassant nulle part 5oo mètres en altitude. Les commerçants phéniciens, les Grecs peut-être, suivirent, bien des siècles avant César, ces voies de communication entre le littoral de la Méditerranée et le versant océanique. Àlésia défendait un des seuils et l'on disait cette ville fondée par Melkarth, l'Hercule tyrien, le dieu de la force par excellence, puisque les hommes trouvaient leur intérêt à se laisser subjuguer 1 . Du côté du nord-est par les hautes vallées de la Saône, de l'Oignon, du Doubs, la route majeure « rhodano-séquanienne » se bifurquait aussi vers le Rhin et toute la Germanie. Cependant les itinéraires des trafiquants étaient restés complètement ignorés des savants grecs ; ceux ci ne se faisaient aucune idée approximative des routes des Gaules, s'imaginant' avec Hérodote (Livré II, 33) que l'Ister, ou Danube, naissait à la ville de Pyrëne, c'est-à-dire dans les Pyrénées, pour traverser toute l'Europe de l'occident à l'orient.
Si les routés qui donnèrent accès aux Romains sur le versant océanique, et par cela même, inaugurèrent une ère nouvelle de l'histoire, doivent à ces conséquences un intérêt tout spécial, les autres voies naturelles qui rattachent les Gaules aux contrées orientales, à travers la Germanie, déterminèrent aussi des résultats de la plus haute importance, quoique laissés généralement dans l'ombre à cause de l'ignorance dans laquelle on se trouve pour les époques et les détails des événements. Du côté de l'est, les campagnes des Gaules sont accessibles par des portes nombreuses aux peuples navigateurs qui se déplaçaient de l'Orient vers l'Occident ou du Nord-Est vers le Sud-rOuest : à diverses reprises pendant les âges de la préhistoire et de la protohistoire, ces chemins d'accès laissèrent passer des populations très différentes des habitants autochtones ou depuis longtemps établis dans le pays; de nouveaux éléments ethniques modifièrent souvent le fond primitif des Ligures, Ibères et autres tribus qui peuplaient l'espace compris entre Pyrénées et Rhin.
La nature même des contrées à traverser indique la marche des peuples envahisseurs, que des refoulements de guerre, des phénomènes climatiques, un excès de croissance dans les familles ou toutes autres causes suscitant l'esprit d'aventure avaient ainsi mis en marche
ï. Diodore de Sicile, livre V, .24; — F. Lenormant, Les premières Civilisations