GAULOIS ET ROMAINS
de culture. C'est ainsi qu'après la conquête romaine se créa une unité nationale qui n'existait pas auparavant. La langue du vainqueur était en même temps celle qui apportait des formules de lois précises, une littérature déjà riche, une rhétorique élégante dans les discours du forum ; elle fournissait un parler d'usage entre les barbares qui ne se comprenaient que difficilement, aussi devint-elle bientôt la langue
Cl. Èonflls.
ATHÈNES — THÉATKE d'hÉBODB ATTICTJS
de tous les Espagnols, de tous les Gaulois, de tous les Bretons policés, et, peu à peu, l'idiome des maîtres pénétra dans la foule assujettie. D'ailleurs, si opprimée que fût celle-ci, elle ne pouvait songer à se redresser contre la toute-puissante Rome : tout au plus, à l'époque des compétitions impériales, prenait-elle part aux séditions suscitées parmi les défenseurs mêmes de l'empire.
Mais cet empire était si vaste que dès le règne de César, il offre une tendance à se diviser en deux moitiés : l'Orient et l'Occident. Lors de la brouille définitive entre César et Pompée, celui-ci ira camper en Epire, puis en Thessalie, attendant la bataille décisive ; après le II . 26
502 l'homme et la terre. — rome
meurtre de César, le monde romain est réellement partagé pendant quelques années entre Octave et Antoine, les deux héritiers. Octave commande à Rome et, comme dominateur de l'Occident, passe ses premières années à consolider sa puissance sur les Espagnols, les Gaulois, les Germains les plus rapprochés des frontières, les Illyriens ; il nettoie la mer des pirates et il se prépare patiemment à se débarrasser de son rival, le maître de l'Orient. Celui-ci qui réside dans Alexandrie, auprès de la divine Cléopâtre, a tout un cortège de rois autour de lui, et son pouvoir s'étend jusque par delà Babylone, dans le pays des Parthes. Enfin, treize années après la mort de César, se produit l'inévitable choc : les deux flottes, les deux armées sont eh présence; mais il semble qu'Antoine, le despote de l'Orient, eût déjà pris quelque chose du fatalisme de ses sujets, accoutumés depuis des siècles à la défaite : ayant peut-être les ressources nécessaires pour la victoire, il se laisse vaincre sans grande résistance et finalement se tue. L'empire romain, après s'être déjà scindé, se reconstruit, et, cette fois, avec assez de cohérence pour que l'union se maintienne pendant quelques siècles encore. ^
De quel élan la foule romaine se <; rua dans la servitude » lorsque* après la bataille d'Actium, Octave devint le maître du monde, les vers de Virgile le racontent ! Les horribles proscriptions, les guerres étrangères et civiles qui avaient dévasté l'Italie et toutes les régions méditerranéennes inspiraient à tous un immense désir dé. paix, un besoin immodéré de repos : l'ordre à tout prix, même sous la main d'un despote, tel était l'universel désir des populations. On .avait déjà vu le prosternement de tous lorsque César, sans qu'il lui convînt de prendre le titre de roi, avait daigné s'élever au-dessus des hommes et rappeler ses origines divines. « ... Notre maison réunit au caractère sacré des rois , qui sont les plus puissants parmi les hommes, la sainteté révérée des dieux, qui tiennent les rois, euxmêmes dans leur dépendance... >•, disait-il déjà à trente-deux ans, au début de sa carrière politique, avant que trois millions de cadavres dus à ses vingt années de guerre eussent ajouté à sa gloire 1 . Octave, lui, ne s'arrête pas en chemin. Il change de nom, désormais il est
1. A. Lefèvre, L'Histoire; — Vacher de Lapouge, Les Sélections sociales.