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BASTION DU MITE D'HADRIEN, AUX ENVIRONS DE CHESTERS

que le parler populaire, débarrassé en partie de ses éléments slaves, se rapproche de ses sœurs latinisées de l'Occident : la Dacie est, avec les Espagnes et les Gaules, la seule province dont la population se soit romanisée au point de garder à travers les siècles la langue du vainqueur. Encore de nos jours, dix-huit siècles après Trajan, les descendants des Daces font dater leur histoire du jour ou il franchit le Danube, au bord duquel on voit ses routes entaillées dans le roc.

L'Empire était arrivé à la plus haute puissance et à la plus grande cohésion politique et militaire qu'il pût atteindre, sauf du côté des II 27

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Germains, où des rivières et des forêts, bordées de forts aux lieux stratégiques, contenaient les tribus âpres au pillage, et du côté des Parthes, où une longue frontière indécise changeait continuellement, suivant la pression des peuples limitrophes et les hasards dé la guerre; lé- monde romain, coïncidant presque avec le monde civilisé, se présentait en son unité superbe, bien limité par l'océan ou par le désert, se confinant avec des territoires dont les habitants ne pouvaient être considérés par les légions que comme de véritables barbares.

C'est ainsi que vers l'extrémité nord-occidentale de l'Europe, au milieu des brouillards éternels, les Romains avaient négligé d'occuper l'Irlande, et qu'ils avaient, au nord de la Grande Bretagne, reculé devant l'œuvre difficile d'envahir la contrée des Pietés, vaste amas de rochers, coupé de vallées profondes. Pour annexer à leur domaine ce territoire pour eux sans valeur, il eût fallu en occuper les points stratégiques et le sillonner de routes difficiles à construire : ils préférèrent élever un mur de défense dans la partie la plus étroite de l'île pour laisser aux Pietés comme une sorte de bauge et protéger les régions du centre et du midi qui sont devenues l'Angleterre proprement dite. Dès les premiers temps de la conquête, Agricola commença la construction d'un mur en terre battue bordé d'un fossé profond qui longe au sud la vallée de la Forth et qui allait rejoindre la Clyde : il n'en reste plus de vestiges bien nets que dans les parcs seigneuriaux, où Ton en conserve avec soin les pentes gazonnées. Mais ce mur, dit d'Antonin, d'après le prince qui l'acheva, était trop aventuré dans la direction du nord ; et celui qu'Hadrien fit élever plus tard laisse complètement en dehors de l'ancienne Bretagne des Romains le massif des Cheviot-Hills et toute la région de l'Ecosse méridionale, aux limites bien tracées. Du firth de Solway à la bouche de la Tyne. près de Wallsend. « Fin de muraille 1. le rempart continu, flanqué de retranchements et longé de fossés constituait une très sérieuse ligne de défense, non seulement par les obstacles artificiels qu'il opposait à l'ennemi, mais aussi parle double fossé naturel que formaient, au Sud, les rivières Tyne, affluent de la mer du Nord, et Irthing, qui se déverse dans le canal d'Irlande. Aussi les barbares du nord devaient-ils naturellement chercher à forcer le passage en suivant le faîte de séparation des eaux : de cette manière, ils arrivaient de plain pied, précisément, dans la partie la moins peuplée de l'isthme, où les surprises étaient les plus faciles.

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C'est au seuil, à Thirlwall, à six kilomètres au nord-ouest de Carvoran-Haltwhistle, que se pratiquèrent la plupart des brèches, et ce nom même, d'après quelques étymologistes, serait dû à cette circons-

N° 204. Basse Ecosse et Murs Romains.

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tance : la. première syllabe dériverait du mot anglo-saxon thirlian, qui a le sens de pénétrer •• 1 .

Des solitudes de sable ou de rochers, avec la seule interruption formée par la vallée du Nil, limitaient tout le front méridional de l'Empire, des bords de l'Atlantique aux rives de l'Euphraté ; mais par delà même cette fin naturelle des terres habitables, on trouve les traces des conquérants du monde.

1. Camden, Britannia; G.-G. Chisholm, Scottish ge^graphical Magazine, sept. 1897, p. 478.

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Les Romains avaient pénétré dans le désert ; ils connaissaient les terres sableuses on pétrées, parsemées d'oasis, « comparables aux taches d'une peau de panthère » ; Cydamus, la moderne Ghadâmès, qui avait été connue des Grecs, puisque Duveyrier y découvrit une inscription en caractères helléniques, fut occupée par les Romains sous le règne d'Auguste et resta au moins pendant deux siècles et demi en leur pouvoir : sous Alexandre Sévère, il s'y trouvait encore un détachement de la III e légion Augusta, dont la fraction principale était cantonnée à Lambessa 1 . A cette époque, il devait donc exister des puits de distance en distance le long de cette route, car s'il y avait eu manque d'eau sur cette ligne, Cydamus eût reçu de Tripoli (Oea) sa garnison romaine. Le puits bien connu des caravaniers, dit Bir-er- Resouf-Cherf (Beressof), situé dans le désert, à moitié chemin de Lambessa à Ghadâmès, paraît avoir été construit par les Romains ; très probablement, il en existait d'autres plus au sud, qu'il s'agirait de déblayer et d'utiliser à nouveau 2 .

Toutefois, si les aigles de Rome avaient pénétré dans les oasis lointaines et même poussé des reconnaissances jusque dans les régions a voisinant le lac Tzadé (E. Gallois), s'il est vrai que des monnaies aux effigies d'Helena Augusta et de Constantius Ceesar se soient infiltrées dans les bassins du Congo et du Zambèze, les légions laissèrent aussi, presque sans les entamer, des enclaves ethniques dans la région côtière, autant d'éléments de désagrégation future, lors du relâchement de la puissance centrale. Ainsi le mont Ferratus, le Djurjura de nos jours, leur résista constamment : on ne trouve, chez les Gaouaoua, pas une seule ruine de tour ou de maison, pas même un tombeau romain \ Il est surtout un mot duquel on abusé, celui de « grenier . Sans doute, la province primitive d' « Afrique », plus peuplée que maintenant — mais nous ne savons en quelles proportions — , subvenait à l'alimentation de Rome, qui contenait dans ses murs un million ou un peu plus d'un million d'habitants durant l'époque de sa plus grande prospérité ; toutefois il ne paraît pas, d'après les recherches des économistes, que la quotepart de cette province dans les exportations de blé pour l'Italie

1. H. Duveyrier, Les Touareg du Nord. — 2. Cazemajou et Dumas, Bulletin de la Société de Géographie, 2 e trimestre 1896, p. 152. — 3, E. Masqueray, Formation des Cités chez les Populations sédentaires de V Algérie, pp. 113, 114.

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