CLIMAT DU YEMEN
au nord par l'Euphrate et le Liban se trouvait bloquée par la guerre, les communications de la Babylonie avec l'Egypte durent se faire par le sud et prendre pour station à demi-route les montagnes de l'Arabie Heureuse. De nos jours, ces contrées qui se regardent de l'un à l'autre continent sont évidemment dans une période d'extrême régression, puisque la route transversale de rivage à rivage n'est plus utilisée que pour un trafic insignifiant, tandis que la grande ligne longitudinale, de Suez à Perim, est entièrement monopolisée par les navires des marins européens , d'où l'on daigne à peine jeter un regard sur ces monts, sites d'une antique civilisation.
Du massif de l'est à celui de l'ouest, tous deux connus chez les Egyptiens sous le nom collectif, de Punt qui fut appliqué peu à peu aux contrés limitrophes, les migrations ou du moins les expéditions se succédaient fréquemment, ainsi qu'en témoigne la parenté des races, des langues, des mœurs et des cultes. On peut même vraisemblablement attribuer à des émigranls descendus de ces montagnes les premiers travaux de cultiire dans la basse vallée du Nil ; l'adaptation du sol de l'Egypte à la société qui y vécut supposé une longue période
MAISON D'ARCHITECTURE HYMIARITE A DJEDDAH (Voir page 123.)
de préparation dont les ancêtres des Hymiarites auraient été les pionniers. On considère aussi le Yemen comme le pays natal des ouvriers qui, il y a. plusieurs milliers d'années, travaillèrent aux mines d'or du territoire de Sofaia. Toutefois, restant dans le domaine historique, il faut constater que sont encore peu nombreux les renseignements précis permettant d'affirmer dès relations directes de l'Arabie Heureuse, d'une part avec la Mésopotamie, d'autre part avec les monts africains où naît le Nil bleu, et le désert de Nubie. Le nom le plus ancien que l'on puisse citer est celui du roi Hammurabi. Certains indices relevés par l'archéologue Pinches dans des textes cunéiformes permettent de supposer que ce personnage, conquérant et législateur, était d'origine hymiarite 1 . Hammurabi, contemporain de l'Elamite Khador-Laomer, s'empara de Babylone, il y a quatre mille ans, et en fit, pour la première fois dans l'histoire, la capitale d'un royaume uni : à cette époque lointaine, les populations de l'Arabie méridionale, servies peut-être par des conditions climatiques plus favorables que celles de nos jours, étaient donc politiquement assez puissantes pour qu'il leur fût possible d'intervenir dans les destinées de la Mésopotamie par là force des armes.
Dix ou onze siècles après, la légende nous parle d'une fastueuse reine de Saba, la resplendissante Balkis, qui visita Salomon, attirée par son grand renom de sagesse, et lui « posa 'des questions difficiles 2 », merveilleusement résolues par lui, et à son grand profit, puisqu'en partant la reine lui donna « cent vingt talents d'or, des épices en très grande abondance et des pierres précieuses ». Les généalogies légendaires de l'Arabie et de l'Abyssinie rattachent plusieurs familles actuelles à Salomon et à la reine de Saba, entre autres celle du « roi des rois », l'empereur d'Ethiopie.
Le nom de « Sabéens » donné fréquemment à la population qui obéissait aux souverains trônant dans la ville de Saba est encore souvent employé pour désigner les adorateurs des astres, surtout des planètes, auxquelles on attribuait une influence décisive sur la destinée des hommes et des empires. Pareil culte était bien fait pour se développer sur le haut observatoire des monts Yemen, d'où l'on contemple
1. A. H. ISayce, Patriarchal Palestine, VII. — 2. Livre des Rois, chap. X. v. 1 à 10.
CIVILISATION HYMIARITE
presque toutes les nuits l'ensemble .pur du ciel étoile, au-dessus de l'immensité des eaux et des sables. L'astrologie sabéenne, propagée mystérieusement de comptoir en comptoir, d'oasis en oasis, de peuple en peuple, contribua beaucoup à donner dans l'esprit des hommes un caractère presque sacerdotal' à cette nation si peu connue de l'Arabie «Heureuse». On s'imaginait volontiers qu'une haute puissance magique correspondait à la richesse et à l'excellence de ses denrées.
Les chapitres qu'Hérodote consacre à ce délicieux pays des parfums, qui « répand comme une odeur divine » 1 , sont parmi les plus étranges de ses Histoires et témoignent chez ses informateurs d'un parti pris de mensonge mêlé à la plus riche fantaisie. Des récits de petits serpents ailés au corps bigarré qui volent en nuées autour des arbres producteurs d'encens, de chauves-souris féroces, au cri strident, qui défendent les plantations de cannelle, et d'oiseaux formidables qui enlèvent des
quartiers de charogne pour les laisser retomber dans leurs nids, où les pelures de cinnamome se maçonnent avec l'argile, toutes ces fables bizarres ne pouvaient naître que chez des marins imaginatifs, sollicités par les circonstances mêmes de leurs voyages à raconter des prodiges invraisemblables aux auditeurs ébahis : ces récits donnent un avantgoût du flot de fables gréco-égypto-assyro-irano-indoues qui, parcourant et reparcourant l'immense espace entre le Sahara et le Gobi, entre le Brahmaputre et le Guadalquivir, et s'enrichissant de l'esprit inventif de chaque narrateur, devint sous la plume des scribes arabes
PIERRE TOMBALE D HYMIARIE