‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 2Chapitre 81 sur 364 · A. Ular, Les Mille et Une Nuits · texte numérisé non relu

A. Ular, Les Mille et Une Nuits

CIVILISATION HYMIARITE 123

pour héritier comme centre d'ébranlement dans l'histoire du monde; mais les colonies sabéennes essaimèrent en grand nombre vers diverses parties de la côte orientale de la mer Rouge, et jusqu'en Syrie, dans les montagnes du Hauran. Les villes, villages, simples châteaux abandonnés qu'on voit au sud de Damas, sur presque toutes les hauteurs, dans presque tous les vallons, et qui ont valu au pays lé) nom de « Désert des Villes », datent de l'époque de lamigration sabéenne. Ainsi qu'en témoignent quelques rares inscriptions, ce sont des Hymiarites qui fondèrent toutes ces belles cités d'un grand aspect, et ce sont eux qui, sous le protectorat romain, établirent en ces endroits, jusqu'à l'époque musulmane, un centre de civilisation rayonnant au loin. Le voyageur Oppenheim démontre que les édifices du Hauran, de construction gréco-romaine en apparence, offrent cependant plusieurs traits d'origine sabéenne, surtout dans l'ornementation. L'architecture, dite arabe, qui doit être attribuée à la Perse en très grande partie, provient également pour différents détails de l'art sabéen du Hauran. Damas, la grande cité voisine, est le centre de culture où se mélangèrent tous ces éléments ' .

Néanmoins les Hymiarites du Yemen restèrent encore en assez grand nombre dans le pays et y maintinrent leur civilisation, attestée par les centaines d'inscriptions que les Halévy, les Glaser et d'autres savants voyageurs ont recueillies. On a des raisons de croire que l'architecture actuelle de la cité capitale, Sana, des autres villes du Yemen et de celles du littoral arabique jusqu'à Djéddah ressemble fort à celle que pratiquaient les anciens Hymiarites. En effet, les maisons de la contrée ne conviennent point aux Arabes de nos jours, que les ordres de Mahomet forcent à cacher leurs femmes aux regards indiscrets; et l'abondance des fenêtres, même des balcons, ne peut s'expliquer que par l'existence antérieure de mœurs très différentes de celles qui prévalent actuellement*.

La grande cité du Yemen est remarquable par ses hautes maisons carrées, ornées avec une grande variété et un goût très original. Le rez-de-chaussée, construit en moellons de basalte, n'a qu'une seule ouverture, porte à cintre surbaissé, inscrit dans une arcade ogivale,

1. Max Oppenheim, Vont Mittelmeer zum Persisçhen Golf durck den Hauran, die Wuste und Mesopotamien. — 2. D. Chamay et A. Deflers, Excursiots au Yémen, Tour du Monde» pp. 281 et suiv.

mais il est surmonté de deux ou trois étages en briques cuites au feu, percés de hautes et étroites baies cintrées et garnies de moucharabiés en bois découpé. Les ouvertures circulaires placées au-dessus des baies et des balcons sont garnies de vitraux, décorées de rinceaux très divers par les dimensions et les motifs : tous les reliefs blanchis à la chaux ccnlrasknt avec le fond noir ou rose du basalte ou de la brique. Actuellement presque toutes les fenêtres sont bouchées ou masquées par des treillis : elles ne servent à rien, pas plus que les balcons. Mais elles servirent autrefois, et la femme sabéenne, que rien n'obligeait à se dissimuler comme la musulmane, apparaissait à ces fenêtres et sur ces balcons pour y prendre l'air et jouir du spectacle de la rue.

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