‹ L'Homme et la Terre, 1905, tome 2Chapitre 96 sur 364 · FLORE ET FAUNE · texte numérisé non relu

FLORE ET FAUNE

GAVAGE DES OIES d'aPBÈS ON BAS-BELIEF ÉGYPTBBK

aux jambes rayées (Equus tœnopius Heaglin), bondissant sur les rochers de l'Etbaï, qui devint le compagnon de l'homme dans ses voyages à travers les solitudes et qui prit et prend encore en Egypte une si grande part à la vie domestique. Quant aux chevaux à front bombé, desquels sont descendus les chevaux barbes, c'est aux envahisseurs touraniens que Piètrement en attribue l'introduction, par la voie de l'isthme au nord-est du delta * .

D'après le résultat de ces recherches zoologiques et botaniques, il reste constant que l'Asie et l'Afrique eurent l'une et l'autre une part considérable dans le développement historique des Egyptiens. Sans doute les premiers animaux vivant dans la familiarité des riverains, le chien, le chat, la gazelle, la demoiselle de Numidie, les oies et les canards, les grues, cigognes et tourterelles, étaient de provenance africaine, mais dès les

premières époques, on remarque sur les monuments égyptiens la figuration du bœuf, originaire d'Asie. Les bœufs d'un bas-relief de Giseh, très remarquables par la grande dimension de leurs cornes en forme de lyre, la hauteur du garrot et l'obliquité de la ligne dorsale qui descend du train antérieur à la croupe, sont très certainement des bœufs asiatiques, et les méprises que l'on a faites au sujet de deux prétendues races bovines en Egypte, proviennent de ce que les archéologues ont confondu les taureaux de l'unique espèce avec des bœufs à courtes cornes s .

Les moutons, les chèvres, qui furent introduits à des âges anciens de la civilisation égyptienne sont également d'origine asiatique et vinrent après le bœuf, mais antérieurement à l'introduction du cheval. C'est pendant la période de l'histoire relativement récente que le chameau fut amené sur les bords du Nil, où il paraît maintenant tout à fait indispensable comme élément de paysage.

1. Revue d'Ethnographie, t. Il, 1884, pp. 369-388. — 2. Piètrement, Les Chevaux dans les Temps préhistoriques et historiques, Bull, de la Soc. d'Anthrop. de Paris, 1896, pp. 657 et suiv.

148 l'homme et la terre. — Egypte

La poule fut aussi une acquisition moderne, relativement à celle des canards et des oies. Ainsi l'Egypte s'enrichit successivement de toutes ces conquêtes de premier ordre dans le monde animal : mais dès les origines elle semble avoir possédé presque toutes les plantes alimentaires que mentionnent les anciens auteurs.

Les plus vieux monuments que nous aient légués les riverains du Nil n'ont peut-être que soixante-dix siècles, mais ils appartiennent à une époque dont la civilisation est si remarquablement développée à certains égards, caractérisée par des institutions si complexes, que l'on doit admettre en toute exactitude une longue durée de culture pendant les âges antérieurs 1 . La croissance d'une nation est fort lente, comme celle d'un chêne prodigieux, poussant au loin ses racines dans la profonde terre. On peut donc rejeter à des milliers d'années en arrière les premiers linéaments mythiques, au sens incertain, de la protohistoire égyptienne. Du reste, à l' encontre de certains spécialistes qui tiennent toujours comme un article de foi à l'antériorité de la civilisation égyptienne sur toute autre, il n'est plus permis de traiter séparément de l'antiquité des groupements nilotiques et mésopotamiens. L'influence chaldéenne a été l'un des facteurs de la société égyptienne à ses débuts et J. Oppert n'a pas dû se tromper de beaucoup en faisant remonter au delà du dixième ou onzième millénium avant l'ère chrétienne les premières associations humaines aux bords de FEuphrate.

Cependant, quelques chronologistes, tout en parlant de l'ancienneté immémoriale de la nation nilotique, ont été amenés à réduire de beaucoup la durée de la monarchie égyptienne, telle que l'établissaient les annales transmises par les prêtres et que la constata le grand-prêtre d'Heliopolis, Manéthon, pour renseigner son maître, le Ptolémée Philadelphe.

L'impuissance d'embrasser par la pensée de longs siècles d'une histoire à laquelle manquent tous les détails explique partiellement cette abréviation cursive; mais on doit y ajouter aussi, chez quelques écrivains, le désir de subordonner les chroniques d'une nation profane à celle du peuple sacré des Hébreux. Il leur faut à tout prix

1. G. Maspero, Histoire ancienne des Peuples de VOrient classique, p. 44.

Page 1