L. J. Morié, Histoire de VEtkiopie, I, pp
Erathosthènes et avec des inscriptions hiéroglyphiques, celles des ruines du temple d'Ahydos, par exemple. D'ailleurs, il existe des monuments d'architecture sur lesquels un même roi se trouve mentionné, en des contrées distinctes l'une de l'autre, où l'on s'imaginait précisément que des dynasties contemporaines auraient vécu indépendantes 1 . Il n'y a pas le moindre doute que Manéthon ne se soit trompé plus d'une fois, mais les erreurs ne sont pas toutes du même sens. S'il semble logique d'admettre que la 17 e dynastie, la première du nouvel empire thébain, était contemporaine des derniers rois pasteurs qu'elle combattit, il est certain que pour la 7° et la 11 e , les durées traditionnelles de 70 jours et de 43 ans sont insuffisantes ; les monuments ont révélé l'existence de vingt-deux rois de cette dernière dynastie, dont neuf Entef et six Mentahotep, alors que Manéthon n'en connaissait que seize. Il est donc parfaitement rationnel d'accorder une valeur historique à la succession des divers personnages royaux énumérés par Manéthon ; ils luraient occupé le trône pendant une période cinquante ou soixante ? ois séculaire, et Menés serait devenu roi 5833 ans avant l'ère vulgaire des chrétiens 2 .
Cette période, si longue qu'elle soit en comparaison de la durée du genre humain d'après les légendes juives, est évidemment bien peu de chose dans l'évolution d'un peuple qui en était arrivé à un degré très élevé de civilisation r et qui cependant avait vécu longtemps sous la domination des prêtres dans un âge de développement fort lent, parfois stationnaire ou même régressif. Aussi les fastes égyptiens admettent-ils qu'avant les dynasties humaines, plusieurs milliers d'années de protohistoire se passèrent sous le règne des héros et des dieux.
Un précieux document, dit « papyrus de Turin », d'après la bibliothèque où il est conservé, divise ces temps de l'ancienne Egypte en trois périodes comprenant ensemble plus de dix mille années et symbolisant sans doute dans la pensée des annalistes égyptiens la puissance des forces primitives de la terre et du ciel. Les sept grands dieux, figurés par les sept astres par excellence, auraient régné les premiers, puis seraient venus les douze dieux présidant aux douze mois et les trente demi-dieux .correspondant aux trente jours du mois; la domi-
1. Ernest Renan, Mélanges d'Histoire et de Voyages, pp. 32 et suivantes. — 2. G. Rodier, Antiquité des Races humaines, p. li.
PÉRIODE PROTOHISTORIQUE 151
nation de ces forces élémentaires était donc réglée par les mouvements des astres, preuve que les savants égyptiens connaissaient la marche du soleil sur le plan de Fécliptique. Si les périodes dont ils ont allongé leurs annales ne correspondent pas à l'histoire de leur propre pays, parce qu'ils en ignorent les éléments, du moins racontent-ils réellement l'histoire du ciel.
Peu de temps après l'époque de la protohistoire, mentionnée dans les annales de Manéthon comme ayant vu Menés fonder la première
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Cl. David Gardiner.
PYBAMIDES DE GISBH
dynastie à Memphis, près de la bifurcation des bouches fluviales, la royauté se trouvait assez forte, assez puissamment établie sur l'asservissement de tous pour que les souverains aient pu faire construire à leur glorification les prodigieuses masses des pyramides. Ces étonnants colosses prouvent que l'influence des Babyloniens était alors très considérable à la cour des rois d'Egypte et dans les temples des dieux, car ces premières pyramides ne sont pas bâties en pierre dure comme il serait naturel de s'y attendre en une étroite vallée que des rochers dominent de part et d'autre. Elles sont maçonnées en briques, exactement comme les tours à degrés de la Mésopotamie, où la nature
152 l'homme et la terre. — Egypte
du sol rendait nécessaire l'emploi de ces matériaux. L'origine babylonienne de ce genre d'édifices serait d'autant plus difficile à contester que la forme la plus ancienne de la pyramide d'Egypte, telle qu'elle est encore conservée à Sakkarah, est celle d'un temple à gradins, comme les observatoires de la Chaldée 1 .
D'autres indices nous montrent combien les Sumériens de la Mésopotamie, visitant les bords du Nil, 70 ou 80 siècles avant notre génération, eurent d'influence sur les populations d'Egypte : ce sont eux, dit Fiv Hommel, qui dressèrent les Egyptiens au Travail des métaux et leur enseignèrent la culture des céréales. Une forte proportion des mots égyptiens de l'ancienne période sont de racine suméro-akkadienne et, dans les deux contrées, la généalogie des anciennes divinités est identique : les noms même se confondent. Plus tard l'écriture cunéiforme des Assyriens pénétra jusque dans les temples et les bibliothèques de l'Egypte, ainsi qu'en témoignent les tablettes trouvées à Tell-el-Amarna, près de Minieh; à celte époque les cours échangeaient des correspondances régulières des bords du Tigre à ceux du Nil; pour les rois du moins, le service de la poste était créé.
Mais, quelque grande qu'ait été l'influence babylonienne sur la civilisation de l'Egypte et sur ses procédés scientifiques, les riverains du Nil n'en gardaient pas moins leur originalité. Ainsi la division sexagésimale de la Chaldée, qui fut si importante clans le monde de la science et qui est encore la division la plus usuelle en géographie, ne paraît pas avoir été introduite dans les méthodes ordinaires des arpenteurs et des calculateurs égyptiens. Le « papyrus de Londres , qui date d'environ trente-huit siècles, et la table à calcul de Giseh, étudiée par Brugsch et considérée par lui comme beaucoup plus ancienne, indiquent pour les opérations matbématiques un autre multiplicateur, 320, qui renferme les facteurs deux et cinq mais n'est point divisible par trois 2 .
Le pouvoir égyptien, de quelque origine qu'il fût, chercha toujours à se garantir des incursions violentes venant d'Asie et, dans le voisinage des lacs Amers, on maintint longtemps une grande muraille de défense 3 que le roi Snefru, fondateur de la quatrième dynastie,
1. Fr. Homme!; — R. Von Ihering, Les Indo- Européens avant l'Histoire, trad. O. de Meulenaere, p. 113. — 2. Aus dem Morgenlande, Die atteste Reckenkunst, pp. 35 et suiv. — 3. Wiedmann, Die Urzeit Mgyptens und seine atteste Bevôlkerung.