‹ L'homme et la terreChapitre 115 sur 279 · Vase en bois · texte numérisé non relu

Vase en bois

l’hOï^IME et la teuhe

aussi, et nombre de sauvages se garderaient bien de manger en public', peut-être aussi pour éviter que de mauvais esprits n’en profdent pour entrer dans le corps Enfin, la pndeur et les vêtements qu’elle impose peuvent avoir pour origine le régime de la propriété, là où la femme appartient absolument à son maître b C'est lui qui voile son esclave et, dans les contrées où cette appropriation complète de la femme est le mieux entrée dans les mœurs, dans l’Orient islamique, par exemple, c'est le visage que l’asservie doit surtout cacber ; il importe de ne manifester ni expression, ni physionomie, ni pensée.

Mais indépendamment de toutes les causes secondaires ou indirectes, on peut admettre que le désir de plaire et, en deuxième lieu, celui de susciter la passion, furent chez les primitifs les causes premières de ce besoin d’ornements qui, pendant le cours des siècles, a créé le costume des peuples civilisés et fini par en recouvrir le corps entier, même à ne laisser paraître — ainsi chez les femmes musulmanes, entourées d’un véritable suaire — que la vague lueur des yeux. Ce n’est pas la pudeur qui fit naître le vêtement et lui donna scs dimensions actuelles, c’est au contraire l’ornement primitif et spécial du sexe qui localisa d’abord et développa la pudeur, évolution subséquente des conventions établies. La susceptibilité des sentiments, en grande partie factice, devint des plus aiguës en vertu de l’univèrsalité de la coutume. Mais que la forme du vêlement change par l’effet de la mode, et la pudeur se déplace aussitôt +. La même femme qui découvre scs épaules et sa gorge dans un bal, tout en gardant sa modestie naturelle, mourrait plutôt que de se montrer ainsi devant les passants.

D’ailleuis, un sentiment aiialogue à celui de la pudeur proprement dite se manifeste dans toute occasion où l’usage commande. La femme Icngua ou bolocudo ([u’on eût surprise sans disque labial se fût crue déshonorée, de même qu’un chambellan de nos jours appal’aissant au milieu d’une fête officielle sans habit chamarré de décorations. L’Indienne des bords du Rio-Negro, passant un jupon ou saya devant Alfred AVallace, était aussi honteuse que le serait une femme

I. Karl von der Slcincn, Central-Drjsilien. — 2. Elle Reclus, Notes manuscrites. — 3. Havelock Ellis, Humanité nouvelle, 10 octobre 1899. — L Westemark, History oj Iluman Marriage, p. 192; — Ernst Grosse, Anfange der Kunsl, pp. 98 et sniv.

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